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Information Charybde

Les best-sellers 2015 de la librairie Charybde

2015 était la cinquième année d’activité pour notre librairie Charybde, la quatrième année pleine depuis la création en juin 2011.  Avec une progression de 7 % du chiffre d’affaires, avec toujours davantage de clientes et de clients qui ne nous connaissaient pas à l’origine, nous nous demandions à nouveau comment évolueraient nos « meilleures ventes », qui reflètent probablement un subtil équilibre entre goûts des libraires, prosélytisme assumé, envies de notre public et échanges entre toutes celles et tous ceux qui fréquentent le 129 rue de Charenton (75012 Paris).

Alors que l’an dernier, aucune de nos 20 meilleures ventes ne figurait déjà dans le classement correspondant d’une année précédente, 2011, 2012, ou 2013, cette fois-ci Thomas Ligotti figurait déjà au palmarès 2014.


 

Que trouvait-on en 2015 parmi ces 25 meilleures ventes de l’année ?

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  1. « Au-delà des halos » de Laurent Banitz (éditions Antidata) : chez un éditeur qui rend en permanence un bel hommage à la forme courte en littérature, le premier recueil de nouvelles d’un auteur qui manie comme bien peu l’irruption de l’improbable dans l’ordinaire, la marge fantastique qui confine à la folie, ou la sombre jubilation de l’accidentel promu soudainement central.

2. « Neverhome » de Laird Hunt (éditions Actes Sud) : par l’un des auteurs fétiches de la librairie, le récit singulier, captivant et émouvant, hanté par ses fantômes, d’une femme partie sur le front pendant la Guerre de Sécession.

3. « Le dictionnaire khazar » de Milorad Pavić (éditions Le Nouvel Attila) : la réédition immensément méritée et attendue d’un vrai chef d’œuvre de la littérature serbe contemporaine – qui plus est sous forme d’un impressionnant objet-livre – pour accompagner les chasseurs de rêves dans le mystère à facettes de la polémique khazare et du dossier d’un choix médiéval entre les trois grandes religions monothéistes, avec culture, humour et labyrinthes borgésiens en diable.

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4. « Boussole » de Mathias Énard (éditions Actes Sud) : au-delà d’un prix Goncourt qui nous a semblé plus que justifié, le condensé en une folle nuit d’insomnie du mélange culturel entre Orient et Occident, du miracle des influences, des fusions et des inventions réciproques, comme un antidote salutaire aux tentations du prétendu choc entre civilisations. Et une incroyable et poignante histoire d’amour, en prime.

4. « Or noir » de Dominique Manotti (Série Noire Gallimard) : du très grand art d’écriture, d’histoire et d’enquête policière pour mettre en scène la naissance du trading pétrolier en 1973 comme un bien sanglant fait divers.

6. « Le rêve du démiurge – Intégrale 1/3 » de Francis Berthelot (co-édition Le Bélial et Dystopia Workshop) : à l’initiative conjointe du Bélial et de davantage que nos amis (puisque deux des cinq associé(e)s de Charybde en sont partie prenante) de l’assocation Dystopia Workshop, la réédition indispensable, en un seul beau volume, des trois premiers tomes du cycle du Démiurge (« L’ombre d’un soldat », « Le jongleur interrompu » et « Mélusath »), une rêverie historique et humaine d’une singulière beauté, ancrée dans le choc des désirs, des passions, des mensonges et des révélations.

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7. « Le mont 84 » d’Yves et Ada Rémy (Dystopia Workshop) : l’étrange beauté d’une féérie policière et légèrement science-fictive, sous le signe de l’Amour, et au milieu des échos et des ombres portées des « Soldats de la mer » du même incroyable couple d’auteurs.

7. « Charøgnards » de Stéphane Vanderhaeghe (Quidam éditeur) : un témoignage incertain, rescapé d’une humanité disparue, en proie à un profond fantasme corvidé, par un homme se voulant peut-être résistant, avec pour seule arme le langage, en voie d’une dissolution que reflète à merveille une singulière conception graphique de l’objet-livre.

9. « Cordelia la guerre » de Marie Cosnay (éditions de l’Ogre) : le brassage de la substance explosive des pauvretés inexorables et des migrations forcées, de toutes les guerres civiles en gestation, pour réécrire en enquête policière contemporaine, irréelle et néanmoins incisive, le Roi Lear de Shakespeare.

9. « La ménagerie de papier » de Ken Liu (Le Bélial) : dix-neuf nouvelles prodigieuses ancrées dans les interstices entre culture chinoise et culture américaine, brouillant sans relâche les frontières entre le conte traditionnel, la science-fiction, la fantasy, la fable contemporaine, le policier ou le fantastique. Un régal d’éclectisme et de talent.

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Suite 1

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11. « La bombe » de Frank Harris (éditions La Dernière Goutte) : d’une actualité explosive, un roman fiévreux et précis de 1908 sur les événements qui conduisirent à l’attentat de Haymarket Square en 1886.

12. « Le paradoxe de Fermi » de Jean-Pierre Boudine (Denoël Lunes d’encre) : écrite par un agrégé de mathématiques férocement rationnel, la chronique lucide argumentée d’une crise presque anodine devenant de proche en proche effondrement d’une civilisation.

12. « Crash-test » de Claro (éditions Actes Sud) : une rare orchestration poétique des miroirs du langage de la pornographie et du voyeurisme, de l’éveil sexuel contrarié comme choc frontal avec la mécanique du réel pervertie par l’argent qui sourd de chaque interstice, sous le signe de corps projetés en avant en guise de mannequins calculatoires.

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Suite 2

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14. « Pas dans le cul aujourd’hui – Lettre à Egon Bondy » de Jana Černa (éditions de La Contre-Allée) : une formidable lettre lucide, poétique et crue adressée à un ami / amant, un véritable manifeste insidieux et puissant d’une liberté sexuelle et intellectuelle débarrassée des conventions patriarcales plus ou moins dissimulées même dans des lieux et des êtres fort inattendus.

14. « Axiomatique » de Greg Egan (Livre de Poche) : l’un des recueils de nouvelles les plus emblématiques de l’Australien le plus représentatif aujourd’hui d’un courant de science-fiction exigeante, parfois aux limites de l’aride, mais toujours résolument captivante.

14. « Trottoirs » de Jean-Luc Manet (Atelier In8) : le portrait mélancolique et tendre d’un sensible perdant magnifique dans la dureté sans pitié du réel, SDF presque invisible au milieu du déchaînement des avidités et des solidarités toujours plus ténues, entre les 4e, 11e et 12e arrondissements de Paris.

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Suite 3

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17. « Booming » de Mika Biermann (éditions Anacharsis) : l’hilarant et vertigineux western quantique (mais si !) de la Quatrième Dimension ou de la Zone Crépusculaire.

17. « Le roman de Bolaño » d’Éric Bonnargent et Gilles Marchand (éditions du Sonneur) : deux grands blessés de la vie réunis par courrier en une belle quête de mémoire et de sens face au Mal, sous les signes de labyrinthes et des miroirs borgésiens, des faux-semblants et des impostures jubilatoires de la littérature.

17. « Chants du cauchemar et de la nuit » de Thomas Ligotti (Dystopia Workshop) : le choc philosophique et technique d’un grand maître secret du fantastique radical.

17. « Ombres de Chine » d’André Markowicz (éditions Inculte Dernière Marge) : en compagnie d’un incroyable guide, la merveille de la reconstruction d’une poésie résolument contemporaine, bien que radicalement étrangère et vieille de 1 000 ans.

17. « Partages » d’André Markowicz (éditions Inculte Dernière Marge) : un journal de bord riche et éclectique, foisonnant de cultures variées, offrant une rare expérience de convergences littéraires, historiques et politiques, autour de l’art et de la science de la traduction.

17. « Glose » de Juan José Saer (Le Tripode) : un roman parfait, d’une incroyable finesse, pour montrer la multiplicité du réel et de la littérature, sous les apparences sans doute trompeuses d’une conversation à bâtons rompus entre amis au long d’un trottoir argentin millimétré.

17. « L’ancêtre » de Juan José Saer (Le Tripode) : un miracle de subversion anthropologique, à l’écriture magique et envoûtante, pour ébranler des certitudes ethnocentrées, questionner les apparences, imaginer des raisons au-delà du rationnel, et moquer doucement certaines fois croyant déplacer des montagnes.

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Suite 4

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24. « Archives du vent » de Pierre Cendors (Le Tripode) : l’énigme du quatrième film du mythique et secret Egon Storm, un éclatant labyrinthe littéraire, un rare enchâssement de réel improbable et d’imaginaire crédible, une orchestration dont on ne sort certainement pas indemne, mais curieusement transfiguré et interdit.

24. « Quelques rides » de Fabien Clouette (éditions de l’Ogre) : la transmutation alerte et rusée d’un paisible port de pêche et de commerce hésitant à devenir station balnéaire en théâtre de tous les dangers, dans les méandres d’une bourgeoisie perdue qui se cherche sinueusement.

Juste après ces vingt-cinq titres se pressaient encore ceux de Nina Allan, Mathieu Larnaudie, Dov Lynch, Céline Minard, Anne-Sylvie Salzman, et Monique Rivet.

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Suite 5

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Notre BD star en 2015 aura été « L’héritage des Taïronas » de Stéphane Beauverger, François de la Ruquerie et Elvire Decock.

Le jeu de rôle que vous avez préféré aura été « Sphynx » de Fabien Hildwein, devançant d’un cheveu « Perdus sous la pluie » de Vivien Féasson.

Et l’année ne serait pas parfaite si nous ne mentionnions pas notre véritable meilleure vente de l’année, un livre atypique par rapport à l’assortiment habituel de Charybde, dont l’auteure a eu la gentillesse insigne de nous inviter à assurer la présence lors d’une homérique soirée de lancement à proximité de la gare de l’Est : « LOL est aussi un palindrome » de Mathilde Levesque (éditions First). Qu’elle en soit ici à nouveau chaleureusement remerciée !

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lol-est-aussi-un-palindrome

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

4 réflexions sur “Les best-sellers 2015 de la librairie Charybde

  1. Voilà qui est super: vous ne m’avez vendu que 5 ou 6 de cette liste, il faut que je vienne récupérer les autres!

    Publié par le lecteur | 2 février 2016, 12:16

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: NOUVELLE EDITION DU DICTIONNAIRE KHAZAR de Milorad Pavic EN FRANCE (éd. Le Nouvel Attila, 2015) | Maria Béjanovska - 1 janvier 2016

  2. Pingback: Les best-sellers 2016 de la librairie Charybde | Charybde 27 : le Blog - 9 janvier 2017

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