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Note de lecture : « Possibles futurs » (Guillevic)

Dernier recueil publié du vivant de Guillevic, « Possibles futurs », malgré quelques fulgurances de très grande classe, peine quelque peu à éviter un sentiment de léger ressassement et d’usure partielle de certaines métaphores.

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Possibles futurs

À cette plaine devant toi
Que diras-tu
Qu’elle ne sache déjà
Pour te l’avoir entendu répéter ?

Et pourtant tu sens, tu sais
Qu’il y a quelque chose de neuf
À lui arracher
Et tu cherches.

Peut-être est-ce à cause de l’âge,
Maintenant, que se forme entre vous
Un nouveau réseau.

Et peut-être
Qu’il s’agit de lui confier,
Qu’entre vous, l’âge
N’a rien changé,

Que le pacte
Est toujours pareil.

Écrits entre 1982 et 1994, les poèmes de Guillevic qui composent « Possibles futurs », paru chez Gallimard en 1996, forment ensemble le dernier recueil publié du vivant de l’auteur, décédé en 1997.

Il est un peu triste d’y constater que, à quelques magnifiques exceptions près, la magie pourtant si coutumière de Guillevic n’opère plus vraiment ici pour moi. Ayant choisi plusieurs « objets » poétiques distincts pour lui servir d’interlocuteurs silencieux et de supports métaphoriques lancinants (« Le matin », « L’oiseau », « Le soir », « Du silence », ou même « Elle »), la puissance de ces adresses scandées semble pâle comparée à celle de l’extraordinaire « Paroi » de 1970, resté difficile à égaler il est vrai dans le déploiement hypnotique de ses coups directs et de ses sous-entendus.

Dans sa belle préface de 2014 pour l’édition de poche, Michaël Brophy souligne à très juste titre, mais peut-être sans en tirer toutes les conséquences, la dynamique traversant le recueil qui, sourdement, orchestre un ultime affrontement feutré entre la persistance d’une promesse émancipatoire dont Guillevic demeure jusqu’au bout un croyant, fût-ce, comme il le dit lui-même, en « naïf », et d’un apaisement – aux légers accents de résignation, pourraient dire les esprits chagrins (dont je fais ici un peu partie) – dans la célébration du « simplement vivre » et de sa beauté, à la fois indéniable et toujours quelque peu paradoxale.

C’est ainsi sans doute dans les variantes mutantes et discrètes de ce conflit de facto, présent ici, que ce recueil, qui ne saurait en effet faire oublier « Terraqué », « Sphère », « Exécutoire », « Carnac » ou « Paroi », trouve sa justesse et sa force secrète, in extremis.

Elle seule
Fait barrage
Aux assauts de l’horizon,

Pour te dégager
De cette hypothèque
Toujours là.

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