☀︎
Information Charybde

Les best-sellers 2012 de la librairie Charybde

Pour l’introduction de ce billet un peu particulier, je vous renvoie sans vergogne au premier de la série, « Les best-sellers 2011 de la librairie Charybde », qui en explique un peu le propos général.

Dans ce palmarès des ventes 2012, cinq livres déjà présents dans le Top 20 de 2011 étaient à nouveau là : « L’oiseau canadèche » de Jim Dodge, « Ainsi naissent les fantômes » de Lisa Tuttle, « L’apocalypse des homards » de Jean-Marc Agrati, « Brûlons tous ces punks pour l’amour des elfes » de Julien Campredon, et « La vierge froide et autres racontars » de Jorn Riel. Je vous dirai donc un mot, à la place, des cinq livres suivants dans la liste. Il s’agissait cette fois de la première année calendaire « pleine » de la librairie Charybde, puisque l’ouverture avait eu lieu en juin 2011.

x


Que trouvait-on en 2012 parmi ces vingt meilleures ventes de l’année ?

x

Le Carre Hoban Monnot

« Cavale blanche », de Stéphane Le Carre, était un peu notre invité surprise de l’année : paru chez un éditeur fragile, qui devait hélas déposer le bilan une année plus tard, ce roman policier breton – heureusement repris désormais par les belles éditions Sixto – tout empli d’embruns et de malheurs à encaisser, fut l’un de nos gros coups de cœur, et nous enchanta de sa prose étonnamment poétique dans un cadre aussi noir d’apparence. Un bel exemple aussi de ce travail aux frontières des genres et des ambiances que l’on semble apprécier tout particulièrement chez Charybde.

« Enig Marcheur », de Russell Hoban, livre résolument inclassable qui mélange minutieusement l’une des plus intenses et poétiques fables post-apocalyptiques que je connaisse avec une méditation ironique et peut-être tendre sur l’histoire et le langage, servi par une traduction proprement époustouflante de Nicolas Richard. L’un de ces livres qui demande certes un petit effort, mais qui transforme durablement sa lectrice ou son lecteur à l’issue. S’inscrivant dans une robuste tradition de science-fiction (l’hommage au « Cantique pour Leibowitz » de Walter M. Miller Jr est indéniable), la sublimant par une écriture audacieuse et forcenée, voici un texte selon notre cœur charybdéen.

« Noche triste », de Stéphane Monnot, huit nouvelles d’un auteur emblématique des éditions Antidata (très appréciées dans notre librairie), huit nouvelles sous endorphines sportives, sous adrénaline indie rock, sous exigence de dépassement de la nostalgie, qui appellent discrètement à ne jamais se résigner et à rêver, toujours, avec un humour souvent insidieux.

Tadjélé Rémy Manet

« Tadjélé – Récits d’exil », de Léo Henry et Jacques Mucchielli, le troisième opus de l’univers de Yirminadingrad, dont les deux premiers, « Yama Loka Terminus » et « Bara Yogoï », étaient déjà deux fleurons du palmarès Charybde 2011, poursuit l’exploration polyphonique de cette marge ultime, de ce confin géographique et temporel s’il en est. Et je dois confesser, avec honte, qu’il reste pour moi encore « à lire », victime de cette procrastination qui en reporte le moment à cette note de blog toujours différée sur l’espace puissant et magique créé par les deux compères (trois, si l’on ajoute bien entendu Stéphane Perger, illustrateur et compositeur à part entière de cette musique unique).

« Le prophète et le vizir », de Ada et Yves Rémy, texte inédit et première incursion de l’éditeur associatif Dystopia Workshop (par ailleurs fort proche des librairies Charybde et Scylla) dans l’écriture de ce couple incroyable que sont Ada et Yves Rémy, auteurs en 1968 et en 1978 de ces deux monuments de la science-fiction française (et de la littérature tout court, tous genres confondus, si l’on est un tant soit peu objectif) que sont « Les soldats de la mer » (réédité par Dystopia Workshop en 2013) et « La maison du cygne » (en voie de réédition par le même canal). Un élément de fantastique classique (« voir l’avenir ») subverti avec malice et brio pour offrir un somptueux parcours d’histoire méditerranéenne et moyen-orientale, qui s’achève avec ironie, à la manière des Mille et Une Nuits, aux confins tunisiens du Chott el-Jérid.

« Haine 7 », de Jean-Luc Manet, poignante novella aux éditions Antidata, à nouveau, associe dans une triste et belle flamboyance le malheur ordinaire, la fatalité glauque, la consolation rageuse du rock le plus raide, et l’espoir d’un sentiment humain au sein de la désolation.

Steinfest

x

« Requins d’eau douce » et « Le grand nez de Lili Steinbeck », de Heinrich Steinfest : avec ces deux romans parus d’abord chez Carnets Nord avant de devenir disponibles en poche chez Folio Policier, nos lectrices, nos lecteurs et nous-mêmes avons eu le plaisir de découvrir un auteur de « polars » (si l’on ose dire – là encore, les frontières entre genres deviennent poreuses) résolument atypique, qui, s’il prétend déployer tous les codes d’un authentique « police procedural » à la sauce autrichienne, n’hésite pas à mettre en scène des policiers, des policières ou des détectives privés joliment baroques et déjantés, entre obsession pour Ludwig Wittgenstein, engouement trépidant pour la course-poursuite apparemment illogique, ou usage créatif de vieux chiens et d’intuitions bien curieuses. Rire sincère, philosophie appliquée, parodie, danse avec les codes : du grand plaisir.

x

Antho 01 Bacigalupi Spinrad

« Anthologie 01 », un travail particulièrement original de l’éditeur associatif Dystopia Workshop, à nouveau, offre une rare occasion de goûter à l’ensemble ou presque des auteurs qu’il défend, avec quatre nouvelles de Jean-Marc Agrati, Robert Holdstock et Gary Kilworth, Jacques Mucchielli, Yves et Ada Rémy, Lisa Tuttle, un entretien avec les trois responsables de Yirminadingrad conduit par Benjamin Dromard, et les premières pages de leur roman « Sur le fleuve ».

« La fille automate », de Paolo Bacigalupi, un grand texte de science-fiction spéculative et captivante, couronné par le prix Hugo (l’une des plus hautes récompenses au sein du genre, celle-ci étant décernée par les lectrices et les lecteurs), le prix Nebula (décerné par les auteurs de science-fiction) et le prix Locus (décerné par les critiques du plus puissant et complet magazine du genre), met en scène une Thaïlande farouchement indépendante, tentant désespérément de tirer son épingle du jeu dans un monde fragmenté et déchiré, mis en coupe réglée par les multinationales agro-alimentaires propriétaires du vivant, avec une écriture d’une précision et d’une beauté à couper le souffle.

« Le temps du rêve », de Norman Spinrad, est le dernier roman en date d’un auteur de soixante-douze ans qui enchante la science-fiction et la littérature spéculative depuis 1969, ayant sans doute commis à lui seul davantage de textes porteurs d’interrogations brûlantes, caustiques et souvent poignantes sur les racines du contemporain que tout autre auteur des quarante dernières années. Ici, comme une vertigineuse adresse du logiciel au « joueur », la mise en marchandise et en « entertainment » de l’intimité du rêve.

Dufour Noui Claro

« L’histoire de France pour ceux qui n’aiment pas ça », de Catherine Dufour, travail inhabituel d’une écrivaine chérie à la librairie Charybde (et dont il faut absolument lire les romans « Le goût de l’immortalité » et « Outrage et rébellion ») nous promène en riant dans vingt siècles d’histoires de dirigeants français, en y déchiffrant astucieusement un arrière-plan social et politique décapant.

« À nos pères », de Tarik Noui, est le deuxième des quatre textes de cette liste que je n’ai pas (encore) lus, mais ma collègue et amie Charybde 1 évoque avec force un « Fight Club gériatrique » tout nimbé d’une étrange poésie toute en souffrance.

« Tous les diamants du ciel », de Claro, le premier écrivain à avoir franchi le seuil de Charybde, deux jours après l’ouverture, poursuit le travail de décryptage d’un vingtième siècle secret déjà à l’œuvre dans « CosmoZ » (2010), et, utilisant expérimentations clandestines du LSD sur une population, flower power, marché du sexe et contrôle paranoïaque des services secrets, atteint un sommet d’écriture, dans la précision d’une symphonie magnifiquement distordue à chaque phrase.

Cassil Genefort Sikelianos

« Le voyage imaginaire », de Léo Cassil, exhumé de l’oubli par les éditeurs d’Attila (que nous continuons à admirer résolument, chez Charybde, sous leur double incarnation, désormais, du Nouvel Attila et du Tripode), est un précieux texte de 1933 déchiffrant la révolution russe et la guerre civile à travers les jeux d’imagination et d’inventivité de deux enfants.

« Omale », de Laurent Genefort, troisième des quatre textes de cette liste que je n’ai pas (encore) lus, constitue d’après mes collègues et d’après les aficionados de Charybde, un époustouflant témoignage de la vigueur créative, de l’héritage vivant de Jack Vance, et du foisonnement de l’imagination à l’œuvre.

« Le livre de Jon », d’Eleni Sikelianos, démontre que, contrairement à nos attentes à l’ouverture de la librairie, un certain type de poésie, audacieuse et intime, crue et tendre, message hallucinant d’une fille à son père héroïnomane, peut plaire en nombre à nos lectrices et à nos lecteurs.

Chamoiseau Zanon Enard

« L’empreinte à Crusoé », de Patrick Chamoiseau, illustre joliment, avec cette intelligente et poétique réécriture de la figure mythique de Robinson Crusoé, la veine antillaise, qui est fort développée chez Charybde, et nous rappelle aussi le souvenir ému d’une bien belle soirée surprise en compagnie de l’auteur si attachant vivant à Saint-Pierre (Martinique).

« Soudain trop tard », de Carlos Zanon, quatrième et dernier livre que je n’ai pas (encore) lu au sein de cette liste, est l’une des nombreuses réussites des éditions Asphalte, qui ont à nouveau séduit nos lectrices et nos lecteurs avec cette folle journée barcelonaise où tout dérape, comme dit mon collègue et ami Charybde 4.

« Rue des voleurs », de Mathias Énard, autour d’un adolescent de Tanger fuyant vers l’Europe, construit une vertigineuse fable contemporaine de l’exil, de l’espoir et de la résignation, avec une terrible justesse de l’écriture.

x


Voici donc vingt livres qui incarnent bien, en effet, cette deuxième année de la librairie Charybde, avec sans doute un peu plus de science-fiction « pure et dure » que la première année, du noir en force, de la poésie, de l’écriture aux limites, du social et du politique ne répugnant pas à user d’humour et d’inattendu. Une liste dont nous restons somme toute très fiers.

Articles similaires :

Les best-sellers 2011

Les best-sellers 2013

Les best-sellers 2014

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :