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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « L’ombre d’un soldat » – Le rêve du démiurge 1 (Francis Berthelot)

Le début d’un cycle étonnant et terriblement attachant.

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l'ombre d'un soldat

Impressionnant auteur du « Rivage des intouchables » (1990, Grand Prix de la Science-Fiction Française en 1991), Francis Berthelot démarrait avec cette « Ombre d’un soldat », publiée en 1994 chez Denoël, le long et souple cycle du « Rêve du Démiurge », comprenant huit volumes à ce jour, le neuvième étant à paraître très prochainement en coédition Dystopia Workshop / Le Bélial. Il faut en profiter pour saluer la réédition intégrale entreprise par nos amis de Dystopia Workshop et du Bélial, qui en publient en novembre 2015 le premier volume, regroupant les trois premiers tomes, « L’ombre d’un soldat », « Le jongleur interrompu » et « Mélusath ».

À travers les yeux d’un enfant, devenant ensuite adolescent, nous suivons ici la révélation, la maturation et l’explosion de secrets et de drames enfouis dans la vie d’un petit village de la Drôme, liés à l’Occupation.

Que la neige tombe sur le passé ou sur le présent, elle a la classe des grandes mystificatrices. La semaine avant Noël, les nuages qui s’amoncelaient sur Montaiguière (1 250 habitants) sont passés insensiblement du blanc à l’ocre sale. Puis, d’un coup, ils ont viré à une espèce de vert-de-gris, rappelant moins la feuille de l’olivier que la crasse des convois militaires. Dans ses profondeurs, on a vu se profiler le spectre des bombardiers et des chars. Mais au moment où leur ombre allait recouvrir la garrigue, le ciel a crevé en flocons diaphanes, comme pour tout lénifier, l’inquiétude des bêtes, la mémoire des hommes, et renvoyer dans les limbes les secrets malséants.

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berthelot demiurge 01

On pense inévitablement au Henry James de « Ce que savait Maisie » et, plus près de nous, au « Je n’ai pas peur » (2001) de Nicolo Ammaniti, pour leur capacité, comme Francis Berthelot, à nous placer derrière les yeux et dans le cœur d’un enfant de 10-12 ans. On pense aussi, peut-être plus curieusement, au Frédéric Fajardie de « La théorie du 1% », lorsque les différentes « vérités » de protagonistes des années 1942-1944 éclatent des années plus tard. Sous un air de roman d’apprentissage tout en mélange détonant de douceur et de rudesse, il nous offre une plongée, nimbée d’un étrange halo de fantastique qui ne dirait jamais son nom, dans des eaux fort troubles qui ont de quoi déstabiliser les histoires officielles que familles et institutions apprennent à broder, pour les enfants et pour les autres, sur les vérités difficiles à admettre.

Fantôme né à Noël, jamais ne voit le ciel. C’est ce que dit la sagesse de Montaiguière lequel, en village conscient de son ancienneté, élève jusqu’au génie l’absurdité de ses dictons.
Pour Olivier, grandir devait être une de des aventures où le monde, à chaque instant, peut se changer en magasin de jouets. Ce n’est plus qu’un cheminement dans un décor de grandes personnes, où le sourire le plus cordial est en toc. En toute justice, il aurait dû être grondé pour avoir pillé le sapin sacré. Personne n’y a prêté attention. Le lendemain, il est allé chercher le reste de ses cadeaux dans la grisaille du petit déjeuner, tandis que les dernières bougies achevaient de s’éteindre. Peut-être aurait-il préféré, en fin de compte, ne rien recevoir du tout. Comme Muriel.
– Vraiment rien ?… s’est-il exclamé, quand elle a retourné les poches de son manteau avec une grimace même pas triste. Pourquoi ?
– Demande à cette saleté de chat… Le jour où je saurai cuisiner, j’en ferai un pot-au-feu.
– Un civet, pas un pot-au-feu, corrige-t-il en digne fils d’aubergiste.
Le chat en question est un costaud nommé Néron, aux poils blancs et roux, que Laurent dresse à garder la maison, sauter sur les intrus et casser les reins de ses semblables. Les nuits de pleine lune, on dit qu’il aboie comme un chien. Qu’il puisse voler un cadeau de Noël et le jeter dans le puits ne surprendrait pas autrement Olivier.

Francis_Berthelot-Imaginales_2010

Avec son style étonnant, à la fois précis, descriptif, et pourtant très nerveux (du tir en rafales courtes, pourrait-on dire), Francis Berthelot réussit d’emblée son pari, et au prix d’une fin sombre et abrupte (mais comment ne le serait-elle pas ?), donne fort envie de continuer !

Il faut lire l’excellente recension de Pascal Patoz sur noosfere, explicitant le lien « transfictionnel » entre le développement du cycle du Démiurge et la science-fiction « pure » de Francis Berthelot.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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