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Notes de lecture 2010

Note de lecture : « Le lard bleu » (Vladimir Sorokine)

Délire scientifico-littéraire en Sibérie, fable politique et pornographique, son premier chef d’œuvre.

le lard bleu

Surdoué provocateur, bête culturelle, poly-artiste, Vladimir Sorokine est tout ça. « Le lard bleu », son deuxième roman, publié en 1999, et traduit en français en 2007 par Bernard Kreise à L’Olivier, est son premier vrai passage à l’acte, après la déclaration d’intention réussie de « Roman » en 1994.

En 2068 en Sibérie, un groupe de scientifiques russes parvient à produire une très mystérieuse substance aux incroyables pouvoirs, le « lard bleu » à partir du corps des clones de sept grands de la littérature russe (Tolstoï, Tchekhov, Nabokov, Pasternak, Dostoïevski, Akhmatova et Platonov). Détourné par les services spéciaux, le « lard bleu » est confié à une machine à remonter le temps pour intervenir en 1954 dans les tractations de l’époque entre Staline, Krouchtchev et Hitler…

Témoignant de la stupéfiante maîtrise de l’histoire littéraire russe dont dispose l’auteur, également grand hommage à Rabelais, ce roman lui valut d’emblée d’être poursuivi pour pornographie – et d’avoir jusqu’à aujourd’hui encore de gros soucis avec le régime de Vladimir Poutine…

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lard bleu 2

« Le 2 janvier 2068
Salut, mon petit. Mon lourd garçon, ma tendre salope, mon top-direct divin et abject. Me souvenir de toi a quelque chose d’infernal, rips laowai, c’est lourd au sens propre du terme. Et dangereux – pour les rêves, pour la L-harmonie, pour le protoplasme, pour mon skand-chi, pour mon V-2. À l’époque où je me trouvais à Sydney, chaque fois que je m’insérais dans la circulation, je m’adonnais déjà au souvenir. Tes hanches qui luisent à travers la peau, ta familière tache de «moine», ton tatoo-pro de mauvais goût, tes cheveux gris, tes jingji secrets, tes chuchotis salaces : embrasse-moi aux ÉTOILES ! Mais non. Ce n’est pas un souvenir. C’est mon brain-yueshi provisoire, grumeleux, plus ton minus-posit purulent. C’est un sang vieux qui coule en moi. Mon Heilong Jiang fangeux sur la berge limoneuse duquel tu chies et tu pisses. Oui. Malgré mon Stolz-6 foncier, sans toi la vie de ton AMI est pénible. Sans coudées franches, sans gaowan, sans anneaux. Sans le cri final et le piaulement d’un lièvre : Wo ai ni !
Rips, je te croquerai. Quand ça ? OK. Top-direct.
Écrire des lettres à notre époque est un travail épouvantable. Mais tu connais les conditions. Ici, tous les moyens de communication sont interdits, hormis les pigeons voyageurs. Des paquets nous parviennent à l’occasion, enveloppés dans du W-papier vert. On les scelle avec de la «cire à cacheter». Une belle expression, n’est-ce pas, rips ni ma de ? Les AÉROTRAINEAUX, c’est pas mal non plus. On m’y a baratté six heures durant depuis Atchinsk. Le diesel vrombissait comme ton clone-fighter. On avançait sur une «neige très blanche». «L’Orient-Sibérie est grand», dit Fan Mo. « 

sorokin_web

Que le lecteur inquiet se rassure : l’énorme majorité des bizarres termes de russo-chinois utilisés dans les lettres des ingénieurs bénéficie d’abondantes notes de bas de page et de lexiques…

Pierre Pigot en parle superbement dans le Fric Frac Club, ici, et propose la charmante photographie ci-dessous en illustration significative.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est .

mcguffin-venu-lest-vladimir-sorokine-lard-ble-L-1

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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