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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « De la guerre » (Perrine Le Querrec)

Bribes filmiques assemblées avec ferveur pour composer, en 107 vers, LE poème de la guerre.

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De la guerre

Publié en 2013 comme un véritable objet d’art, extrêmement soigné dans son pliage astucieux et son emballage élégant, aux éditions Derrière la salle de bains, ce poème de Perrine Le Querrec (que j’ai découverte très récemment, avec enthousiasme, à travers « Le plancher ») recouvre une formidable ambition en 107 vers : rien moins que, s’appropriant avec ruse les rushes d’un montage cinématographique imaginaire, incanter l’essence de la guerre en un puissant instantané polyphonique.

Avec ses cinq marqueurs stratégiquement disposés (panoramique, travelling, panorama, plan large et gros plan), Perrine Le Querrec parcourt en formules saisissantes et mobilise en appels lancinants un ensemble d’abord disparate, mais fusionnant rapidement dans un étonnant creuset, celui des bribes arrachées à l’un des plus gigantesques corpus filmiques qui soient.

Rejoignant ainsi, par une face abrupte et inattendue, les travaux d’un Pierre Bergounioux (dans « B-17 G » ou dans « Le baiser de sorcière »), ou ceux, plus enfouis sous ses propres matériaux composites, d’un Antoine Volodine (dans « Terminus radieux »), elle assemble en fulgurances méticuleuses des emblèmes profondément inscrits dans nos cellules mentales pour réaliser, sous nos yeux légèrement incrédules, LE poème de la guerre.

En quelques mots savamment disposés, « usine », « kolkhoze » ou « fabrication des chars », elle convoque instantanément Efremov, Klimov, Kalatozov ou Eisenstein pour un aperçu côté soviétique, alors que, rusant par exemple avec « gros rouleaux de billets sur la table » ou « merci aux donateurs », elle profile déjà Aldrich, Capra ou Ford pour une vision américaine du conflit, tandis que rôdent aux marges du récit les autres sources mobilisées.

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T 34

Saluer les blindés
départ dans la neige
Un très jeune garçon entre dans une caserne
un très jeune garçon travaille dans une usine
son père venant de décéder
les souvenirs tragiques.

D’une imagination construite sur la densité du matériau, d’un usage rusé de son métier « à la ville » de chercheuse / iconographe, Perrine Le Querrec nous offre un très brillant témoignage de poésie en action.

Orphelins
GROS PLAN enfants aux visages tristes
on les baigne,
on les regarde
ils partent à la cantine

 

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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