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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Chalut » (B.S. Johnson)

Auto-analyse et introspection face aux défis de la mémoire, à bord d’un chalutier hauturier.

chalut

Publié en 1966 (en 2007 en France grâce à l’impressionnant Quidam Éditeur, dans une traduction de Françoise Marel), le troisième roman de B.S. Johnson nous propose une étonnante séance de traque mémorielle, dans laquelle le monologue intérieur haché du narrateur tente désespérément, au milieu du bruit et de la fureur des treuils, des brutales ouvertures du chalut sur le pont et des embardées des diesels, en mer de Barents hivernale, de recoller les morceaux de son identité écrasée jusque là par la vie. De la solitude glacée, insomniaque, bruyante et voulue, dans les affres du mal de mer, comme chemin vers la résurrection du moi…

Si de fugaces tranches de vie à bord du chalutier hauturier, ou plutôt des bribes qu’en discerne celui qui est, aux yeux des membres d’équipage, un « plaisancier » (ceci dit sans acrimonie particulière par eux), se glissent dans le récit, l’enjeu pour le narrateur (extrêmement proche du B.S. Johnson « réel ») est bien d’élucider, en fouillant au hasard apparent des libres associations d’idées et des coqs à l’âne provoqués, les éléments de son passé qui ont fait de lui ce qu’il est, un Britannique de la classe défavorisée, élevé par sa mère seule, puis presque abandonné par elle, « pour son bien », à la faveur des évacuations de Londres sous le Blitz en 1940, lourdement handicapé socialement et psychologiquement, en quête inextinguible d’amour et de tendresse allant au-delà de la pure mécanique sexuelle. Ayant peut-être enfin trouvé cette femme salvatrice, la plongée en soi, par cette curieuse méthode que ne renieraient pourtant sans doute ni les tenants de la psychologie introspective ni même le premier Freud, s’imposait…

trawl

L’occasion pour le narrateur et pour le lecteur de parcourir une enfance, une adolescence et de premières années d’adulte marquées par la guerre, la différence sociale, le manque de points d’appui, la raideur du système d’éducation et la morgue hautaine de tous ceux qui ont « davantage » (d’argent, d’éducation, de naissance,…) dans cette Angleterre des années 1940-1950, comme un distant écho aussi d’une autre enfance, écossaise elle, à la même période, celle du narrateur des deux parties centrales du formidable « Lanark » d’Alasdair Gray.

L’introduction rêvée, sans doute, à l’œuvre de cet « éléphant fougueux », comme l’appelle Jonathan Coe, qu’est le trop tôt disparu B .S. Johnson (dont la biographie écrite par Jonathan Coe, justement, est aussi disponible en français chez Quidam).

Il faut goûter ce qu’en dit François Monti dans le Fric Frac Club, ici, et ce qu’en écrit magnifiquement ma collègue et amie Charybde 7, .

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

navire-peche_antwerpenR-Flickr

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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