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Notes de lecture 2015, Revues

Note de lecture : TINA – 8 (Revue)

L’ultime numéro de TINA en version papier, bien que sans doute un peu trop « spécialisé », restait captivant.

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TINA 8

Publié en août 2011, le huitième numéro de la revue TINA (d’après « There Is No Alternative », le fameux slogan thatchérien instrumentalisé en tant de circonstances depuis lors), aux éditions ère, devait être alors le dernier numéro de la belle formule, roborative en diable, associant nouvelles, extraits de romans, articles d’essai et critiques littéraires, dans une veine représentative du travail éditorial mené chez ère, formule inaugurée trente-huit mois plus tôt avec l’excellent numéro un, réaffirmée en janvier 2009 avec un numéro deux tout à fait à la hauteur, continuée en avril 2009 avec un numéro trois qui était toutefois (légèrement) décevant, en août 2009 avec un numéro quatre qui renouait avec l’excellente facture précédente, puis en janvier 2010 avec un numéro cinq du même (beau) tonneau, août 2010 avec un numéro six vigoureux, et février 2011 avec un numéro sept peut-être un peu trop déporté vers l’essai au détriment de la fiction.

Numéro « spécial » entièrement consacré aux questions de genre, avant l’arrêt de la formule papier de la revue (qui a repris en 2015 sous forme électronique, avec un numéro 9 dont je vous parlerai bientôt), ce « Gender surprise », quoique largement captivant, souffre sans doute quelque peu de sa forte spécialisation thématique revendiquée.

Si le « Running Edito » qui parcourt l’ensemble du numéro, présentant un certain nombre de données montrant la forte sous-représentation des femmes dans un certain nombre de « situations » éditoriales ou médiatiques autour du monde des lettres, remplit a priori très correctement son rôle de charpente, plusieurs articles se sont révélés à la lecture nettement « trop pointus » pour moi : « Innommables » de Louis(e) Desbrus(ses), « Boycott#5 » de Vanessa Place (dont j’avais pourtant bien apprécié le court « roman » « Exposé des faits » publié également chez ère), ou « Comptes de faits », à nouveau de Louise Desbrusses, ne parviennent pas à éveiller suffisamment mon intérêt. La courte nouvelle « Contre Couture » de Harold Jaffe, simple à décoder en revanche, peine à surprendre au-delà de l’évidence quelque peu attendue. L’extrait théâtral de « L’incroyable femme qui disparaît », de Coco Fusco, s’il présente quelques jolies fulgurances, reste hélas un peu trop hermétique pour vraiment fonctionner. « PAD », de Steven Zultanski, et son télescopage entre un sexe masculin et le contenu détaillé de diverses armoires de salle de bains, peine à s’élever au-dessus de la performance littéraire quelque peu gratuite.

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Bien que d’un abord délicat, « Dora et Flora : analyse d’un moment crucial dans l’étude de cas », de Divya Victor, s’en sort sensiblement mieux, avec sa brutale parodie d’un cas clinique, parsemé d’éléments que ne renierait sans doute pas un P.N.A. Handschin, que ce soit celui de « Ma vie » ou de « Abrégé de l’histoire de ma vie ». « Yes. And what sex are you now ? » d’Élisabeth Lebovici, si elle tâtonne un peu entre évidence et érudition (avouant d’emblée « Je ne suis pas une grande lectrice de science-fiction »), constitue, autour d’Ursula K. Le Guin, de Joanna Russ, de Donna Haraway ou de Samuel Delany, une approche intéressante du féminisme et de la réflexion sur le genre en science-fiction, même si elle n’échappe pas à quelques vraies naïvetés. « Toupie », de Philippe Joanny, offre une nouvelle vertigineuse où les statuts d’objet et d’animal familier s’entrechoquent, où la notion de servitude volontaire prend un sens neuf et légèrement terrifiant. Le portfolio graphique « Gender Surprise » de la revue Oxo fait sourire, et un peu plus.

Il y a aussi dans ce numéro plusieurs très belles réussites : étrange nouvelle, torturée et bouleversante sous son apparence diaphane, « L’Hôtesse » de Sandy Amerio nous en dit beaucoup sur l’anatomie de la plante verte corporate, sur ce qui se cache derrière le sourire de commande et sur l’horreur de la « Slim Mouth Piece » ; « La Cyborgue, un avenir possible entre nature et culture », de Nathalie Blanc et Agnès Sander, propose une vision pointue et bien documentée, avec plusieurs pistes d’exploration originales, de l’écriture féministe en science-fiction, et de la résonance qu’elle propose par rapport à une réflexion authentique sur l’identité humaine ; l’article « Créer le trouble : les artistes féministes mettent en acte le sexe féminin », d’Amelia Jones, propose une stimulante réflexion, à partir de nombreux exemples réellement analysés et de nombreux autres simplement évoqués, sur l’usage du sexe féminin dans la représentation artistique, radicale ou non.

Capture d’écran 2015-06-29 à 16.22.01

Le cahier critique de TINA, toujours un moment fort de la revue, lit cette fois avec brio « Testament » de Christophe Manon, « Marshall McLuhan » de Douglas Coupland, « Vies potentielles » de Camille de Toledo, « Repas de morts » de Dmitri Bortnikov, ou encore « Avant de disparaître » de Xabi Molia.

Il est bien entendu toujours possible et souhaitable de commander cet ouvrage auprès de votre librairie préférée (par exemple, Charybde, ici). Il peut aussi être commandé directement sur le site des éditions ère, , pour contribuer davantage à aider cet éditeur captivant à poursuivre son précieux travail, contre vents et marées.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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