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Lectures BD

Lecture BD : « Moi, assassin » (Antonio Altarriba & Keko)

Le crime comme art, en un traitement somptueusement glacial.

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Moi, assassin

Publié en 2014, cinq ans après l’incroyable « L’art de voler », traduit en français la même année par Alexandra Carrasco chez Denoël Graphic, la neuvième bande dessinée scénarisée par l’espagnol Antonio Altarriba, associé cette fois au madrilène Keko au dessin, repose sur des partis pris narratifs et graphiques entièrement différents.

Pour conter le monologue intérieur en légère voix off de ce professeur d’université de beaux-arts pratiquant le crime artistique, en détaillant aussi bien ses théories que son modus operandi, sur la toile de fond de sa vie de famille et de ses démêlés avec les instances académiques, Antonio Altarriba s’est appuyé sur le très rigoureux jeu de noir, de blanc et de rouge proposé par Keko.

L’interaction entre le texte et le dessin fonctionne parfaitement, l’intrication des différents plans du scénario également, le grain de folie s’épaississant peu à peu qui flotte sur l’action est rendu à la fois subtilement et violemment lorsque nécessaire ou approprié.

Il est en revanche curieux de constater qu’un propos « serial killer artistique » ait pu, semble-t-il, engendrer autant de « malaise » chez les lectrices ou lecteurs de bande dessinée (si l’on en croit les nombreux commentaires laissés ici ou là, au fil des blogs ou des forums), alors que le roman noir et le thriller semblaient avoir assez largement « banalisé » cet angle d’attaque de nos décompositions sociales ou morales, sans besoin de remonter aux textes de D.A.F de Sade, dont un extrait du « Voyage d’Italie » figure en exergue de l’album.

Moi assassin 1

L’usage très mesuré du rouge, venant tacher discrètement les valeurs contrastées ou estompées de la planche, crée un climat très particulier, reflétant fidèlement le jaillissement simultané du sang et de l’acte artistique, « surgi de nulle part », en un assaut de gratuité apparente qui peut à l’occasion envahir le dessin entier, notamment lors de la mémorable performance de « bloody painting » pollockien (page 25), mais qui peut aussi se contenter de brefs et inquiétants rappels : une pomme (page 33), les flammes d’un incendie (page 36), une simple griffure (page 47), un bouquet de roses (page 89), ou même un simple logo administratif (page 94).

A l’image des meilleures mémoires littéraires et fictionnelles de serial killers, Antonio Altarriba et Keko ont ainsi particulièrement bien réussi, ici, à retranscrire le délitement d’une personnalité, son ancrage peu à peu déstabilisé dans une normalité longtemps prédominante, et la manière dont la folie d’abord jurée « sous contrôle » s’empare progressivement de l’ensemble de la scène et des feux de la rampe.

Ce qu’en dit Laurent Proudhon dans Benzine Mag est ici, et ce qu’en dit Yves Frémion dans les Petits Miquets est .

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Antonio Altarriba (derrière) et Keko (devant).

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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