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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Monsieur Le Comte au pied de la lettre » (Philippe Annocque)

Si le Plume de Michaux était kidnappé par de diaboliques oulipiens, il ressemblerait à M. Le Comte.

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Monsieur Le Comte

Publié en 2010, le cinquième ouvrage (le deuxième chez Quidam) de Philippe Annocque nous invite à suivre quelques instants des singulières pérégrinations d’un possible anti-héros nommé monsieur Le Comte, sur une centaine de pages enlevées.

Créature pourtant peu sympathique et hérissée de défauts, jouet de son auteur tout-puissant quoique paradoxalement bien modeste, cette figure de papier promène son regard sans malice et ses délectables jeux de langage dans les méandres de situations quotidiennes ordinaires que l’imagination de l’écrivain – et les fantasmes, mis à contribution, du lecteur – peuvent à tout moment faire basculer dans l’intrigue policière, le thriller, l’horreur, le roman à l’eau de rose, et bien d’autres possibles encore.

Savant et jouissif mélange détonant, dans lequel le nonsense impassible du Plume d’Henri Michaux aurait été concassé et retourné par de diaboliques séides de l’Oulipo, pour une lecture d’une rare drôlerie, occasionnant un bon nombre de vertiges langagiers.

À recommander sans hésiter.

« Monsieur Le Comte n’en était pas loin, de les croire. Il avait vu avec angoisse à la rue Sadi-Carnot de son ordre de mission correspondre dans la réalité une rue juste Carnot, plutôt suspecte. Il avait cependant courageusement poursuivi sa mise en boîtes, et avait constaté avec un regain d’espérance que la diminution de la liasse de cartons dont il avait la charge paraissait sur le point de coïncider avec l’approche progressive de l’extrémité de la rue ; puis, après un suspense que le conteur par respect des consignes syndicales a délibérément refusé de soutenir, le monde entier s’était fissuré, lézardé, crevassé, pour finalement et naturellement s’effondrer autour de lui : en effet, alors que la dernière boîte aux lettres, la sept cent treizième, avait été pourvue de son carton, il en restait encore un, le fameux sept cent quatorzième, incongru, presque obscène, qui maintenant passait tragiquement d’une de ses mains à l’autre, aussi indélébile que la tache à la main de Lady Macbeth, aussi indécollable que le sparadrap à la casquette du Capitaine Haddock. »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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annocque2

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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