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Notes de lecture 2019, Nouveautés

Note de lecture : « La liberté totale » (Pablo Katchadjian)

Fausse pièce de théâtre et véritable roman de l’indétermination, de la liberté et de l’imagination – et du risque souverain que cela comporte.

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Katchadjian

En seulement deux textes jusqu’alors traduits en français, son « Quoi faire » de 2010 et son « Merci » de 2011, l’Argentin Pablo Katchadjian s’est hissé presque instantanément dans les hauteurs de mon petit panthéon personnel. Il doit sans doute sa notoriété initiale (et quelques sérieux ennuis judiciaires, malgré le large soutien de la communauté artistique, la détentrice des droits de Jorge Luis Borges étant réputée pour une certaine âpreté aveugle, dirons-nous sans jeu de mots et en matière d’euphémisme) dans son pays natal à son insensé retravail de deux œuvres emblématiques du patrimoine littéraire argentin, le « Martín Fierro » (1872) de José Hernandez – d’ailleurs abondamment commenté par Borges lui-même, qui l’utilisera pour nommer l’une des revues littéraires dont il fut à l’origine – et « L’Aleph », de Jorge Luis Borges lui-même, justement. Même sans disposer à l’heure actuelle de versions françaises de « El Martín Fierro ordinado alfabeticamente » (2007) et de « El Aleph engordado » (2009), les traductions de « Qué hacer » par Mikaël Gómez Guthart et Aurelio Diaz Ronda et de « Gracias » par Guillaume Contré nous permettent déjà amplement de détecter en Pablo Katchadjian l’un de ces auteurs qui peut à volonté s’emparer d’une forme, souple ou rigide, poésie, roman ou théâtre, pour, tout en feignant le cas échéant de poursuivre une visée habituelle, nous raconter en réalité tout autre chose. « La liberté totale », publié en 2013 et traduit en novembre 2018 au Nouvel Attila par Mikaël Gómez Guthart, accompagné de somptueuses compositions typographiques de Curtis Putralk, amplifie encore cette sensation, présentant le roman sous une forme entièrement dialoguée mettant en jeu dix interlocuteurs ou interlocutrices, appelés tout simplement A, B, C, D, E, F, G, H, I et J. Et cela suffira largement pour créer une histoire dense, folle et spéculative comme on les aime.

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A – …
B – …
A – Qu’est-ce qu’on fait ?
B – Une folie.
A – Oui, mais j’ai éprouvé la sensation de la liberté.
B – T’as vu ça ? Moi aussi.
A – En plus, il ne l’a pas volé.
B – Ça, c’est clair. Pour tous nos camarades.
A – Pour eux et pour ceux qui allaient arriver.
B – Maintenant il faut qu’on s’échappe.

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Naviguant au près dans des vents justement imprévisibles, entre Franz Kafka et Samuel Beckett dans ses apparences initiales, « La liberté totale » développe une machinerie mystérieuse, dont la simplicité bonhomme du dialogue et le laconisme des descriptions – dites par les protagonistes eux-mêmes, bien entendu, et uniquement lorsqu’indispensable – jouent à fond la carte d’un théâtre de l’absurde, mais portent pourtant, très vite, de redoutables assauts où s’entrechoquent la connaissance philosophique analytique (celle qui demeure historiquement quelque peu désemparée lorsque des penseurs plus hétérodoxes l’invitent à effectuer quelque saut créatif) et l’imagination littéraire pure – cette dernière détenant dans son carquois des flèches étrangement adaptées à un état de liberté totale, précisément. Dans ce travail fondamental de la liberté à l’intérieur du poulailler, on retrouve, soit sous une provocante forme directe , soit dans de rusés et diaphanes filigranes, certaines des questions qui hantent le travail de Pablo Katchadjian, et dont il s’était entretenu avec son traducteur Guillaume Contré à l’époque de la publication de « Merci » en français (à lire ici) : toujours appuyée sur une dialectique maître-esclave aux formes changeantes (et rarement purement hégéliennes, bien entendu) il s’agit pour la narration (aussi formellement expérimentale qu’elle puisse sembler) d’arpenter le terrain des décisions qui mènent de la liberté des possibles à l’esclavage du réel, et vice versa. « Aller et venir » est un maître-mot pour l’auteur, en littérature comme dans ce qu’elle découvre, par le pouvoir de l’imagination traversière, de philosophie et de politique : les personnages de « La liberté totale » sont particulièrement fidèles à ce leitmotiv souterrain de la déambulation et du retour sur ses propres pas, comme la lectrice ou le lecteur le découvriront avec un certain ravissement caustique. Et c’est ainsi que l’on se rapproche encore de cet idéal, celui d’une littérature qui donne à ressentir et à penser plusieurs choses à la fois, éventuellement radicalement distinctes.

A – …
B – Allons-y ensemble.
A – O. K…
B – Elle a l’air jolie.
A – Oui.
B – Elle est seule ?
A – Oui, on dirait.
B – Bonjour !
A – Elle ne va pas t’entendre…
B – Regarde, elle nous salue.
A – Elle vient vers nous.
B – Elle s’est peut-être perdue.
A – Je ne sais pas. Et elle venait d’où ?
B – Je ne sais pas. Et nous, on venait d’où ?
A – On ne peut rien lui dire.
B – Je sais, c’est pour ça que je te pose la question.
A – Si elle nous pose la question, on invente quelque chose.
B – O.K.
A – On est des plombiers.
B – C’est bien, ça.
A – Et on rentrait chez nous et on s’est perdus.
B – Parfait. Elle ne va jamais nous croire, mais je ne trouve rien de mieux.
A – C’est une situation tellement bizarre que rien ne sera crédible.
B – Sauf si on invente quelque chose de très bizarre, dans le genre de ce qu’on a fait…
A – Non !
B – Je ne dis pas qu’il faut lui raconter ce qu’on a fait, mais qu’on était avec ces gens qui nous obligeaient à discuter, et…

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Discussion

3 réflexions sur “Note de lecture : « La liberté totale » (Pablo Katchadjian)

  1. je ne résiste pas au plaisir de republier cet extrait à propos de Pablo Katchadjian. Un grand auteur.
    après tout JL Borges est à tout le monde

    Enfin, pour changer, deux petits ouvrages de poésie « El Martin Fierro ordenado alfabeticamente », poème en forme d’acrostiche, mais qui reflète l’ordre alphabétique, et « El Cam del Ach » petits poèmes. Enfin, « La cadena del Desanimo » est une suite de paroles prononcées par des gens supposés très bien, mais hélas un peu hors de propos.
    Il y a sur le net des extraits (poésie essentiellement) et un autre ouvrage de Pablo Katchadjian, « El Aleph engordado » (2009, Imprenta Argentina de Poesia AIP, 18 p.) tiré à 200 exemplaires, et qui lui a valu une polémique toute borgésienne.
    Aux quelques 4000 mots de l’original « Aleph », Pablo Katchadjian en a ajouté 5600 autres. Ce qui, évidemment n’a pas plu aux héritiers de Jorge Luis Borges, d’où procès intenté par Maria Kodama, sa veuve (éplorée et jalouse – ou jalouse et néanmoins éplorée) ainsi que le soutien de nombreux auteurs hispanisants). On trouve cependant le texte en format pdf sous http://tallerdeexpresion1.sociales.uba.ar/teoricos/ et l’index Katchadjian, Pablo, El Aleph engordado.

    On jugera sur pièces (tout d’abord en espagnol, puis ma traduction- qui n’appartient pas à MK)
    « El Aleph » de J.L. Borges.
    La candente mañana de febrero en que Beatriz Viterbo murió, después de una imperiosa agonía que no se rebajó un solo instante ni al sentimentalismo ni al miedo, noté que las carteleras de fierro de la Plaza Constitución habían renovado no sé qué aviso de cigarrillos rubios; el hecho me dolió, pues comprendí que el incesante y vasto universo ya se apartaba de ella y que ese cambio era el primero de una serie infinita. Cambiará el universo pero yo no, pensé con melancólica vanidad; alguna vez, lo sé, mi vana devoción la había exasperado; muerta yo podía consagrarme a su memoria, sin esperanza, pero también sin humillación. Consideré que el treinta de abril era su cumpleaños; visitar ese día la casa de la calle Garay para saludar a su padre y a Carlos Argentino Daneri, su primo hermano, era un acto cortés, irreprochable, tal vez ineludible. De nuevo aguardaría en el crepúsculo de la abarrotada salita, de nuevo estudiaría las circunstancias de sus muchos retratos.

    « El Aleph engordado» de Pablo Katchadjian.
    La candente y húmeda mañana de febrero en que Beatriz Viterbo finalmente murió, después de una imperiosa y extensa agonía que no se rebajó ni un solo instante ni al sentimentalismo ni al miedo ni tampoco al abandono y la indiferencia, noté que las horribles carteleras de fierro y plástico de Plaza Constitución, junto a la boca del subterráneo, habían renovado no se qué aviso de cigarrillos rubios mentolados; o sí, sé osupe cuáles, pero recuerdo haberme esforzado por despreciar el sonido irritante de la marca; el hecho me dolió, pues comprendí que el incesante y vasto universo ya se apartaba de ella, Beatriz, y que ese cambio era el primero de una serie infinita de cambios que acabarían por destruirme también a mí. Tenía ya, un poco debido al calor y otro poco a mi nerviosismo, el cuello de la camisa completamente húmedo; me saqué la corbata y, como ofreciéndole el gesto al fantasma de Beatriz, la tiré a la basura; inmediatamente me arrepentí y estuve a punto de meter la mano en el cesto para rescatarla. «Cambiará el universo infinito pero yo no», pensé con melancólica vanidad autoindulgente, una vanidad autoindulgente que también me generaba una vergüenza doble cuando la descubría responsable de actos como el que acababa de realizar. Alguna vez, lo sé, mi vana devoción la había exasperado a Beatriz hasta el punto del vituperio; muerta, yo podía consagrarme a su memoria, sin esperanza pero también sin humillación. Los insultos y burlas que tanto me habían dolido desaparecían con ella; justamente, la corbata preferida de Beatriz era ahora el símbolo del comienzo de su segunda muerte. La interpretación me animó, aunque sólo se trataba de un paliativo para no sufrir la pérdida de una corbata tan fina. Consideré que el 30 de abril era su cumpleaños; visitar ese día la casa de la calle Garay para saludar a su padre sedado y ausente y a Carlos Argentino Daneri, su primo hermano, era un acto cortés, irreprochable, tal vez ineludible. De nuevo aguardaría en el crepúsculo de la abarrotada salita verde con paredes forradas de seda rosa, de nuevo estudiaría las circunstancias de sus muchos retratos.

    (Le matin chaud et humide de février que Beatriz Viterbo finalement mourut, après une agonie longue et pénible que n’altère pas ni un seul instant ni le sentimentalisme ni l’abandon ou l’indifférence, je remarquais que les horribles panneaux de fer et de plastique de la Plaza Constitucion, à coté de la bouche de métro avaient été changés pour je ne sais quelle annonce de cigarettes blondes mentholées ; ou si je savais, mais je me souviens de m’être efforcé d’amortir le bruit irritant de la marque, le fait que cela me faisait mal, puis je compris et l’incessant et vaste univers déjà se séparait d’elle, Beatriz, et que ce changement serait le premier d’une série infinie de changements qui finiraient par me détruire moi aussi j’avais déjà, un peu à cause de la chaleur et un peu à cause de ma nervosité, le col de ma chemise complètement mouillé ; j’ôtais ma cravate et offrant le geste comme un fantasme de Beatriz, la jetais à la poubelle, mais immédiatement je regrettai le geste et fut sur le point de mettre la main dans le panier pour l’en retirer « L’univers infini changera, mais pas moi », pensé-je avec une mélancolique vanité complaisante, une vanité auto-indulgente qui a engendré une honte doublée quand j’ai découvert qu’elle était responsable d’actes comme ceux qui venaient de se passer Jamais, je sais, ma dévotion futile n’avait exaspéré Beatriz au point de vitupérer ; morte, je pouvais me consacrer à sa mémoire, sans espérance, mais aussi sans humiliation Les insultes et quolibets qui auparavant m’avaient fait souffrir disparaissaient avec elle ; justement la cravate préférée de Beatriz était maintenant le symbole du début de sa seconde mort. Cette interprétation m’a encouragé, même si cela n’était qu’un palliatif pour ne pas souffrir de la perte de la cravate. Je sentais que le 30 avril était son anniversaire ; visiter à cette date sa maison de la rue Garay pour saluer son père sous calmants et absent et Carlos Argentino Daneri, son cousin germain, était un acte poli irréprochable, peut être inévitable. Encore une fois, je voulais attendre dans la pénombre du salon vert aux murs décorés de soie rose, et à nouveau étudier les circonstances de ses nombreux portraits.)

    Et un second paragraphe, un peu plus loin.

    « El Aleph » de J L Borges.

    « Beatriz Viterbo murió en 1929; desde entonces, no dejé pasar un treinta de abril sin volver a su casa. Yo solía llegar a las siete y cuarto y quedarme unos veinticinco minutos; cada año aparecía un poco más tarde y me quedaba un rato más; en 1933, una lluvia torrencial me favoreció: tuvieron que invitarme a comer. No desperdicié, como es natural, ese buen precedente; en 1934, aparecí, ya dadas las ocho, con un alfajor santafecino; con toda naturalidad me quedé a comer. Así, en aniversarios melancólicos y vanamente eróticos, recibí las graduales confidencias de Carlos Argentino Daneri. »
    (Béatriz Viterbo mourut en 1929, et ainsi depuis je ne laisse pas passer un trente avril sans retourner à sa maison. J’ai l’habitude d’arriver à sept heures et quart et de rester une vingtaine de minutes, chaque année j’arrivais un peu plus tard et je restais un peu plus ; en 1933, une pluie torrentielle m’a favorisé : ils durent m’inviter à manger. Non pas que j’y ai perdu, comme ce serait naturel, ce fut un bon précédent ; en 1934, je sui arrivé, vers huit heures avec un alfajor de Santa Fe (patisserie), que naturellement je commençai à manger. C’est ainsi que lors des anniversaires mélancoliques et vainement érotique, je reçu les confidences partielles de Carlos Argentino Daneri. »

    « El Aleph engordado »
    Beatriz Viterbo murió en 1929; desde entonces, no dejé pasar un 30 de abril sin volver a su casa. Yo solía llegar a las siete y cuarto y quedarme unos veinticinco o veintiséis minutos; cada año aparecía un poco más temprano y me quedaba más tiempo; en 1933, una lluvia torrencial me favoreció: tuvieron que invitarme a comer y ofrecerme una cama para pasar la noche. La cama estaba sucia, pero yo dormí contento. No desperdicié, como es natural, ese buen precedente; en 1934, aparecí, ya dadas las ocho, con un alfajor santafesino y un vino patero; con toda naturalidad me quedé a comer y luego, con la excusa de que mi casa estaba siendo pintada, me quedé a dormir. Así, en aniversarios melancólicos y vanamente eróticos, recibí las graduales confidencias de Carlos Argentino Daneri, que invariablemente aparecía en mi habitación a las cinco y cinco de la mañana y me preguntaba varias veces, con volumen creciente, si dormía; luego me tocaba escucharlo semiconsciente por una hora hasta que me levantaba, me vestía y desayunábamos juntos.
    (Béatriz Viterbo mourut en 1929 ; ainsi depuis, je ne laisse pas passer un 30 avril sans retourner à sa maison. J’ai l’habitude d’arriver à sept heures et quart et de rester vingt-cinq ou vingt-six minutes ; chaque année j’arrivais un peu plus tôt et je restais plus longtemps ; en 1933, une pluie torrentielle m’a favorisé : ils durent m’inviter à manger et m’offrir une chambre pour passer la nuit. Le lit était sale, mais j’ai heureusement dormi. Non pas que j’y ai perdu, comme ce serait naturel, ce fut un bon précédent ; en 1934, je suis arrivé, vers huit heures avec un alfajor de Santa Fe (patisserie) et un vin du pays ; naturellement je me suis mis à manger et plus tard, prétextant que l’on repeignait ma maison, je me mis à dormir. C’est ainsi que lors des anniversaires mélancoliques et vainement érotique, je reçu les confidences partielles de Carlos Argentino Daneri qui invariablement apparaissait chez moi à cinq heures cinq du matin et me demandait diverses fois, avec un ton croissant, si je dormais ; alors il me fallait l’écouter semi conscient pendant une heure jusqu’à ce que je me lève, m’habille et nous petit déjeunions ensemble.).

    J’avais (l’esprit de l’escalier) fait à l’époque l’antiparallèllisme avec le livre de Jonathan Safran Foer «Tree of Codes» (2014, Visual Editions, London, 139 p.). Le livre est tiré de la nouvelle de Bruno Schultz «The Street of Crocodiles» (1992, Penguin, 160 p.). Le procédé est alors dual de celui de Pablo Katchadjian, Jonathan Safran Foer retranche des mots, d’où des trous (des vides) dans le livre.

    Quoique dans le cas de Jonathan Safran Foer, il convienne de voir le travail fait sur « Street of Crocodiles » de Bruno Schultz comme un hommage à ce dernier. Né à Drohobycz, à l’époque en Autriche-Hongrie (actuellement Drohobytch en Ukraine près de Lviv) dans une famille juive. Bruno Schulz, s’installe dans le ghetto, et confie à des amis non-juifs la plus grande partie de son œuvr, y compris l’ébauche d’un roman intitulé Le Messie. Tout a disparu, ne reste de lui que les deux recueils traduits en français par « Les Boutiques de cannelle » et « Le Sanatorium au croque-mort ». Ils décrivent la vie dans le ghetto. Il sera tué dans la rue du ghetto lors d’une « action sauvage » de deux balles dans la tête, pour se venger du dentiste Löw, tué précédemment. On trouve les traductions en français dans « Œuvres Complètes » (2004, Denoel, 822 p.) dans une traduction et préface de Serge Fauchereau.
    C’est donc à ces ouvrages que Jonathan Safran Foer veut rendre hommage. Les trous dans « Street of Crocodiles » symbolisant ce qui manque, ce qui était écrit. A travers les fenêtres, tout comme dans B.S. Johnson, et le fameux trou dans « Alberto Angelo », (09, Quidam, 184 p.) qui permet de voir ce qui se passe deux pages plus loin. Le lecteur jette aussi un œil sur les pages suivantes. Il lit donc à la fois vers le passé et le futur.

    Livre admirable par son aspect (des trous dans le texte) dont il existe des vidéos illustrant le travail de l’imprimeur (http://www.visual-editions.com/our-books/tree-of-codes). Il est évident que la traduction de l’un ou l’autre ouvrage ne donne pas grand chose, mais il n’est pas défendu de lire dans la langue.

    Publié par jlv.livres | 6 avril 2019, 21:07
  2. il suffisait d’attendre un peu………….
    « La Liberté Totale » est un nouvel ouvrage de Pablo Katchadjian, traduit par Mickaël Gómez Guthard (2018, Le Nouvel Attila, 180 p.), mais paru il y a déjà un certain temps (2013, Bajo La Luna, 142 p.).
    J’avais découvert son premier ouvrage traduit, soit « Quoi Faire » traduit par Mikaël Gómez Guthart et Aurelio Diaz Ronda (2014, Le Grand Os, 104 p.) petite maison d’édition toulousaine de bonne ossature, comme premier représentant de leur nouvelle collection POC !. Il faut dire que c’est un petit livre de 104 pages avec 50 chapitres. De quoi m’attirer de suite. On peut lire le post sur ce site

    https://charybde2.wordpress.com/2015/01/23/note-de-lecture-quoi-faire-pablo-katchadjian/
    De même que pour « Merci » petit livre, traduit par Guillaume Contré (2016, Vie Parallèles, Bruxelles 132 p.). https://charybde2.wordpress.com/2015/10/04/note-de-lecture-merci-pablo-katchadjian/

    A l’époque j’avais cherché d’autres publications, sans grand espoir, et trouvé « La Cadena del Desánimo » (2000, Blatt y Rios), soit (La Chaîne du Découragement), suite de paroles historiques d’hommes politiques quasi célèbres, et « Mucho Trabajo » (2011, Blatt y Rios), soit (Beaucoup de Travail). Que l’on se rassure, il y en a d’autres encore non traduits « El Caballo y el Gaucho » (2016, Blatt y Rios), je pense qu’il s’agit de sa ré-écriture du « El Martin Fierro » de J.L. Borges, « En Cualquier Lado », (2018, Blatt Y Rios), soit (De tous côtés) et « Tres Cuentos Espirituales » (2019, Blatt y Rios).

    Pour en revenir à « La Liberté Totale », tout d’abord le format reprend celui de la collection « Libertés » de Jean Jacques Pauvert, sous couverture genre papier kraft de la fin des années 60. On ne pouvait faire mieux. Si, il y a les dessins de Curtis Putralk, ou plutôt les jeux typographiques qui reprennent les apparitions et disparitions des différents personnages. Il faut dire que pour faire plus simple que les personnages de Dostoievski, ceux de Pablo Katchadjian vont de A à B, les hommes lettres, rejoints par la suite par C et D, puis la séduisante E et le sentencieux F. l’auteur s’arrête à J. Le procédé avait déjà été testé par Julian Rios, autre malaxeur de mots, notamment dans « Chez Ulysse» traduit par Albert Bensoussan et Geneviève Duchêne (2007, Tristram, 256 p.) et dans «La Vie Sexuelle des Mots » traduit par Geneviève Duchêne (1995, José Corti, 156 p.). Je n’ai pas vérifié, mais il y aurait volontiers du Arno Schmidt ou du James Joyce là-dessous. A ce propos, lisant « La Bête Creuse » de Christophe Bernard (2017, Le Quatranier, 711 p.), j’ai découvert des analyses bibliographiques de Joyce et des similitudes entre l’Irlande de l’un et le Canada de l’autre par Victor-Lévy Beaulieu « James Joyce, l’Irlande, le Québec, les mots » (2010, Editions Boréal, 1096 p.). Voilà qui va donner lieu à critiques pour dans bientôt.

    Donc, « la liberté totale n’existe pas », c’est la première phrase du livre. « La liberté partielle non plus. […] Pas plus que la liberté minimale ». Tout est dit dans le premier tiers de la première page. Il faut tenir ensuite 170 pages. Mais le format est petit (18 * 9 cm). Heureusement, il y a six mouvements du texte, qui correspondent aux apparitions/disparitions des personnages. Au théâtre, on appelle cela des actes. Là, c’est moins clair car les hommes-lettres ne bougent pas ou si peu. Donc selon l’éditeur, c’est le texte qui bouge autour des personnages. Un peu comme le mouvement différentiel entre la girouette, le vent et l’homme politique. C’est donc du théâtre sous forme de dialogues.

    Six mouvements, donc, soit : L’enfermement ; La rencontre avec la femme ; L’apparition d’un rival ; A la recherche d’un plan pour sortir ; La brume et la brute ; A la croisée des chemins. Je les liste tels que l’éditeur les a décrits en fin de volume. A vrai dire, le lecteur n’est pas plus avancé, vu qu’il a (sans doute) constaté l’arrivée ou le départ d’un personnage. Tout cela pour déterminer si la liberté, partielle ou totale, existe ou non. « La liberté n’existe pas, pas plus que le bonheur, le bien-être ou la joie » selon B. Mais trois répliques plus loin, le même B déclare « la liberté existe, ça, oui ». Au lecteur de faire le tri. Il est vrai que Pablo Katchadjian avait déjà des préoccupations hégeliennes dans « Merci ». Sûrement sa foisonnante moustache qui en fait un Marxien mal rasé. Quant à A et B, ils se définissent eux-mêmes « A -On est des plombiers / B – C’est bien ça / A – On rentrait chez nous et on s’est perdus ».

    Publié par jlv.livres | 22 avril 2019, 08:51

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