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Notes de lecture 2018, Nouveautés

Note de lecture : « Table rase » (Alban Lefranc)

Ascension et chute d’un politicien autoritaire, et ce qui se cache dans son ombre : une farce théâtrale rusée et incarnée.

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CHŒUR
Tous les comédiens en avant-scène
(sauf ROMANRUSSE)

On rentre harassés du chômage / du travail / des forêts / du bureau
Méprisés bousculés frappés dans le métro dans les rues de la ville
On prend des crachats plein la gueule dans tous les couloirs

On monte les escaliers
On est tendus partout mauvais
Suant et mauvais et pleins de mauvaise colère
On pousse la porte

On sort la queue pour qu’elles la sucent
C’est bien la moindre des choses
Après les crachats plein la gueule dans tous les couloirs

Et non
NON !
Elles ne veulent plus

Elles ne prennent même plus la peine de lancer des migraines à la tête des crachats qui nous coulent sur la gueule
Pas envie qu’elles disent
Écoute j’ai pas envie
On est sidérés
Forcément on est sidérés

Est-ce que vous avez eu faim ?
Vous n’avez jamais eu faim monsieur vous n’avez jamais eu froid
Vous ne savez pas ce que c’est que la misère

On a froid
Depuis longtemps nous on a froid
On est nombreux à avoir froid depuis trop longtemps
On a couru dans tous les coins
Dehors longtemps langue pendante yeux de rats
On est nombreux
On ne veut plus avoir froid
D’avoir eu froid souvent on ne veut plus jamais avoir froid

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La résistible ascension d’Arturo Ui

On sait, au moins depuis son « Steve Jobs », à quel point la pensée du théâtre – et celle de la poésie sonore – irrigue le travail d’Alban Lefranc – et on en avait eu la confirmation lors d’une mémorable soirée « Libraire d’un soir » chez Charybde en octobre 2015, soirée que l’on peut écouter ici : diaphanes ou persistants, toujours multivoques, les fantômes de la Fraction Armée Rouge (« Si les bouches se ferment », 2014, après une première publication en 2006), de Nico (« Vous n’étiez pas là », 2009), de Mohamed Ali (« Le ring invisible », 2013), ou encore de Rainer Werner Fassbinder (« La mort en fanfare », 2012) et de Maurice Pialat (« L’amour la gueule ouverte », 2015), invitent avec une puissance physique et poétique proprement impressionnante – même en « simple » prose – à se poser la question, toujours renouvelée, de la signification intime et politique des icônes contemporaines, construites ou proclamées, parties intégrantes de savants storytellings ou résistances spontanées à ce qui nous broie.

Cette « Table rase », qui paraît en ce début 2018 chez Quartett (après avoir connu une première incarnation en 2015 sous le titre de « La mèche ») réussit la troublante performance d’extraire des prémisses politiques métaphoriques de « La résistible ascension d’Arturo Ui » (Bertolt Brecht, 1941) et du chaos apparent de « Klaxon, trompettes et… pétarades » (Dario Fo, 1981) une matière toute vivante et contemporaine, dans laquelle la si symbolique coiffure d’Adolf Hitler n’est plus qu’un élément parmi d’autres d’une logique conquérante du pouvoir, assise aussi bien sur l’impavidité de certains types de nantis, sur les complicités intéressées et débridées de techniciens madrés, que sur le ressentiment – souvent légitime – d’un grand nombre de démunis.

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Klaxons, trompettes et… pétarades

POIGNARDPARA et DIRCAB au pas de course. POIGNARDPARA en uniforme militaire débraillé ; DIRCAB derrière lui en costume attaché-case. Les autres : des hommes de main de POIGNARDPARA.
À l’écart, ROMANRUSSE continue de conter fleurette à EVA. Puis elle le quitte pour rejoindre MAUVAISCOTON.

POIGNARDPARA :
Ma mère me disait :
Ménage-toi mon garçon tu vas trop vite tu te précipites trop tu ne t’arrêtes jamais
Tu mourras bêtement
Écrasé par une voiture
Avalé par une bouche d’égout
Distrait distrait distrait
Comme il est distrait cet enfant
Répétait ma pauvre mère
Et tellement exigeant avec lui-même
Il ne prend jamais le temps
Il veut toujours faire mieux
Toujours servir les autres
Ma pauvre mère

DIRCAB :
Chef mon devoir est de t’avertir la situation est difficile tu lis les journaux ?
Les prévisions sont mauvaises
Les prévisions sont très mauvaises
Les adhésions sont en baisse les gens n’ont plus le cœur à s’amuser

Chef tu comprends les fondamentaux de l’économie ?
Je n’ai pas besoin de faire un dessin ?

C’est la récession le dérapage la rigueur
C’est la crise LA CRISE
En allemand DIE KRISE

POIGNARDPARA :
Tu vois

DIRCAB :
Quoi ?

POIGNARDPARA :
Je ne demande pas grand-chose c’est quand même pas la mer à boire

DIRCAB :
Tu sais ce que ça coûte ?

POIGNARDPARA :
(Il chantonne.)
On n’est pas venus pour se faire engueuler
On est là pour voir le défilé

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Ubu roi

C’est bien entendu la langue, et la manière dont elle se porte aux avants-postes (avec le concours de bien savoureuses didascalies et d’un choix de noms propres à méditer – ils ont d’ailleurs largement changé par rapport à ceux qui hantaient « La mèche »), qui fait ici la différence. Sous les atours de la farce ravageuse – l’ « Ubu Roi » d’Alfred Jarry (1896) fait partie ici des références revendiquées -, mais soigneusement à l’écart de l’ironie réfrigérante et si volontiers dépolitisante, comme Alban Lefranc s’en explique dans un bel entretien de 2015 avec Christine Marcandier dans Diacritik, ici, « Table rase » dresse un intense et charnel portrait en creux des convergences des intérêts particuliers éventuellement habiles et de la bêtise fondamentale, lorsqu’il s’agit de triompher et de mettre au pas ce qui récalcitre dans nos sociétés, hier comme aujourd’hui. Le Chant du Monstre n°4 avait publié les premiers extraits de ce texte subtil et rageur, alors qu’il était encore en mutation, et l’on attend désormais avec une certaine impatience, au-delà de la lecture, davantage d’occasions de le découvrir à la scène.

Vous pouvez nous croire, cela nous fait mal à tous de voir à quel degré d’incompréhension se heurtent parfois les mesures que nous prenons.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

Une réflexion sur “Note de lecture : « Table rase » (Alban Lefranc)

  1. cela tombe bien, c’est bientôt Paques. De la lecture de circonstances, donc.

    Pour changer un peu de ce monde de brutes, et profiter de ce que viennent de (re)sortir « Jésus-Christ Rastaquouère » (2018, Allia, 64 p.) et « Caravansérail » (2013, Belfond, 192 p.) de Francis Picabia. D’autant que le ballet « Relâche », mis en musique par Erik Satie a été récemment repris par le Ballet de Lorraine, après presque un siècle d’oubli.
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    Francis Picabia, donc, né à Paris en 1879 a été artiste sous toutes ses formes. Ecrivain assez prolixe, mais aussi peintre, dessinateur poète pour qui « la poésie n’existe pas », pourquoi pas littéraire « parce que c’est de la peinture ». Il se fait critique, de toutes sortes, même littéraire. Peintre qui va aller des impressionnistes, aux cubistes, voire néo-romantiques. Ne fait il pas un portrait de Cézanne, sous forme d’un singe empaillé. A la déclaration de guerre, en 1914, il obtient une mission pour Cuba, mission qu’il se hâte d’interrompre lors de l’escale de New York, d’où il reprend contact avec ses amis artistes. Mais d’où il reviendra en tant qu’artiste cubain. « A Cuba, les habitants du pays font peindre leurs maisons en rose, en bleu, en vert pâle, elles passent un peu au soleil, mais toutes ces couleurs demeurent bien charmantes. N’habitant pas Cuba, je fais pour mes idées ce que les Cubains font pour leurs demeures. Peindre des idées noires en bleu, quel plaisir ». Sa rencontre avec Tristan Tzara et le groupe Dada a lieu à Zurich en 1918. Elle va lui faire côtoyer Marcel Duchamp, Man Ray, Arthur Cravan. Mais il va bientôt quitter le mouvement Dada en 1921. « J’ai inventé le dadaïsme ainsi qu’un homme met le feu autour de lui, au cours d’un incendie qui gagne, afin de ne pas être brûlé » écrira t’il plus tard.

    « Caravansérail » est son unique roman, conçu en 12 chapitres dont les titres ne renseignent en rien sur le contenu. On trouve ainsi « Le Galuchat », « La Bulle de Savon », puis « Out », « Cheveux d’ange », « Mimosas » ou « Quinze-seize ». Tout comme le titre d’ailleurs, puisqu’il s’agit da la cour entourée de bâtiments divers, où les caravanes faisaient leur halte. On a ainsi un ensemble de douze lieux, où les artistes de l’époque se rencontrent dans leurs occupations, que ce soit un diner, un bar à la mode « où un Nègre devenu méridional par la fréquentation de Paris, poussait de véritable hurlement ». Mais, comme dans toute société artistique tout lasse, très vite. « La musique nègre, les chansons nègres, j’en ai assez ». On passe alors à une séance de poésie sous hypnose chez André Breton (c’était du temps où ils se fréquentaient), une virée sur la Riviera avec Rosine Hauteruche, sa femme ou sa maitresse, il ne sait pas bien. D’ailleurs il ne savait pas non plus son nom. Roulette à Monte Carlo et ambiance de fêtes continuelles. « On aurait dit qu’elles portaient leurs fesses dans la fourrure ainsi que les Négresses du Dahomey portent sur les reins leur enfant serré dans un cabas », dans un garage pour y chercher sa « Mercer », voiture décapotable d‘importation, « toute petite et fine voiture […] qui faisait habituellement du cent cinquante à l’heure ».
    Il ne faut tout de même pas prendre ces clichés ou scènes de la vie mondaine pour argent comptant. La séance de spiritisme chez André Breton est à double sens. On sait que les relations entre Picabia et Breton n’étaient pas toujours au beau fixe. Picabia reconnait volontiers qu’il se rendait alors rue Fontaine comme on allait au cirque. C’était, non point pour lui une curiosité, mais une distraction. Petit coup de griffe en passant avec cette incursion passe à la postérité grâce à la poésie car « dans le garage des Rolls-Royce, la fumée descend du ciel et transforme toutes les guitares en parapluie ». Les relations entre Picabia et Breton vont se tendre, ce qui vaudra ce jugement à la sortie du livre « roman fort ennuyeux ». C’est aussi le moment où pour regrouper ses adeptes, André Breton lance son Manifeste. Résultat, la revue « 391 » reparait avec ses articles au vitriol. J’avais il y a longtemps cherché et même trouvé le tome 2 de la revue, rassemblée (1966, Losfeld, 284 p.) où sous la direction de Michel Sanouillet il reprenait en format A4 les articles publiés une quarantaine d’années avant. Les douze chapitres s’écoulent, ainsi va la vie. Au passage, on l’a vu, ce n’est que côtoiement de personnages célèbres. Certains sous leur véritable identité, d’autres masqués, mais le lecteur dispose d’une cinquantaine de pages de notes, en plus des 150 du texte. On découvre ainsi Gabrielle Buffet, la première femme de Picabia, modèle plausible de Berthe Bocage, alors que Germaine Everling, sa seconde femme pourrait être la Rosine Hauteruche, rencontrée un peu plus loin dans le livre.
    On continue d’avancer dans cette plongée de la vie mondaine. On y découvre « Le commandant Mulart écrivait chaque jour, entre deux lancers de torpilles sous marines, des lettres de cent cinquante deux pages, parfumées à la brillantine de Grasse, pour déclarer à la belle Georgette-Georgette, qu’il était amoureux d’elle ! Que d’éléments contraires dans le cœur d’un officier ! ». Le chapitre se clôt d’ailleurs sur cette remarque interne du narrateur « En route, je me mis à songer que j’avais raté ma vie en ne me faisant pas officier de marine ». De nos jours, on rate sa vie en n’ayant pas une montre au poignet. Les vraies valeurs de la nation ne sont décidément plus ce qu’elles étaient. On assiste à une séance théâtrale dans laquelle on peut assister à « l’ingéniosité déployée par les gens de la critique pour se glisser à leur place en évitant le pourboire à l’ouvreuse ». Un petit coup de griffe aussi envers la Comédie Française, « famille imbécile, grotesque qui n’apporte au théâtre que la valeur du persil sur une tête de veau »
    A travers ces douze chapitres, on voit passer Claude Lareincay, « jeune littérateur, candidat au génie », certes débutant, qui ne cherche qu’à placer son livre, ou plutôt les successions de manuscrits de son roman « Omnibus ». Et effectivement, il est là à chacune des stations. Picabia nous fait grâce des deux dernières stations et de la fin, hélas, du jeune auteur. Mais que l’on se rassure, l’épisode se termine bien. D’ailleurs, « un nouveau jeune homme de figure romantique, et qui portait sous le bras une petite serviette noire » et un dernier roman « d’un esprit des plus modernes » s’annonce déjà.
    C’est un brillant témoignage de ces années d’après les horreurs de la guerre qui nous est donné là. Années où l’on cherche, enfin, à vivre. A toute vitesse, à gouter à toute sortes de dangers. Des portraits, à l’acide, de ce milieu, avec une comtesse Triple, un Pierre Moribond, fabuleux auteur d’« Ovaire toute la nuit », sans doute Paul Morand. On pourra lire et relire les notes de Luc-Henri Mercié en fin d’ouvrage. Il est intéressant à ce stade de comparer le style de Picabia, qui apparemment s’amuse bien, avec celui d’André Breton, qui est train d’écrire son « Manifeste du surréalisme ». On pourra ensuite s’étonner de la rupture entre les deux personnages. Le quasi mandarinat de l’un et le dilettantisme de l’autre. Je viens de vérifier dans l’« Anthologie de l’Humour Noir » (1966, Jean Jacques Pauvert, 596 p.). Aussi surprenant soit-il, Picabia y figure, à la page 401, avec une note qui commence par « Le polémiste souvent moins bien inspiré a fait tort chez Picabia au peintre et au poète ». Et toc pour les propos lémistes. On trouve alors sur les quatre pages suivantes « L’Œil Froid », « Entracte de cinq minutes » et un poème « l’Enfant ».
    Dans le premier texte, tiré également de « Jésus Christ Rastaquouère », Picabia suggère de remplacer les cercueils par une boule « cette boule serait en bois de plusieurs couleurs ». et le texte se termine sur un très belle phrase « Les humains ressemblent aux corbeaux à l’œil fixe, qui prennent leur essor au dessus des cadavres et tous les peaux rouges sont chefs de gare ». Quant à l’entracte, extrait de « Jésus-Christ Rastaquouère », c’est une douloureuse histoire péruvienne, vécue par un helvète Jacques Dingue. Parti au Pérou, il tombe fol amoureux d’une indienne, « en se refusant à lui ». Survient une épidémie de grippe qui décime la population. Ne restent que 12 personnes, et leurs chiens. « Lesquels n’eurent bientôt d’autres ressources que de manger leurs maîtres ». Un de ces chiens ramène alors à Jacques Dingue la tête de l’indienne. « Commotion intense, car il fut immédiatement guéri de sa folie et de sa fièvre ». L’histoire pourrait s’arrêter là, mais Picabia rajoute une fin dans laquelle il se perd en conjonctures sur les circonvolutions du cerveau de la belle indienne. Cela rappelle le début de « Civilisation » dans le numéro 3 de 391, paru en 1917. « Il est avéré que le plus pur moyen de témoigner de l’amour à son prochain et bien de le manger », mais c’est de George Ribemont-Dessaignes.
    « Caravansérail » livre, au passage, quelques ouvertures sur la pensée de Picabia. « Regarde au loin, ne regarde pas en arrière / on déraisonne / quand on veut toujours connaître les raisons ». Mais il faudrait y ajouter nombre de ses répliques. Dont celle à son grand père, consul de Cuba à Paris. « Tu peux photographier un paysage, mais pas les idées que j’ai dans la tête ». Cependant, ses fréquentations avec Tristan Tzara et André Breton ne sont pas sans heurts. Il en dénonce « la médiocrité de leurs idées maintenant conformistes ».

    Un numéro spécial de « 391 », intitulé « Le Pilhaou Thibaou » sortira en 1921.en couverture, un dessin représentant un « monument à la bêtise latine ». c’est une flèche qui part de l’œil, s’intitule « christianisme », bifurque sous le regard d’un autre œil, appelé « juif », re-bifurque ensuite vers « l’erreur ». Ce numéro « demeurera unique. C’est ici son premier et dernier numéro ». Picabia l’explicite en ces termes. « Le Pilhaou représente le signe fait à main gauche, lequel était confirmé par Thibaou signe fait à main droite, indique que tout va bien ». Puis suivent des explications philosophico-morbides. « Le souvenir des morts n’est que du guano pour la culture des géraniums. Dieu garantit au Père-Lachaise le refroidissement central ». Mais on y apprend que Francis Picabia vient d’écrire à nouveau. Il va donc mieux. « Je viens d’écrire un livre « Jésus-Christ Rastaquouère » livre dont ma mère n’aurait pas permis la lecture à sa fille, tout en sachant fort bien que sa fille était ma maitresse ». En quoi Jean Cocteau conclue « Après une longue convalescence, Picabia est guéri. Je le félicite. J’ai vraiment vu Dada lui sortir par l’œil. […] Dada se meurt. Dada est mort. Il ne reste à Madame que les garçons d’écurie ».
    C’était ma transition, fort habile, il est vrai, vers « Jésus-Christ Rastaquouère ». pour parachever ce que Picabia en disait dans « 391 », il y a la dédicace. « Je dédie ce livre / à toutes les jeunes filles ». c’est un petit opuscule d’une soixantaine de pages, comprenant 7 chapitres et quelques entractes. Œuvre iconoclaste, on s’en serait douté, où l’on retrouve « Jésus-Christ-Stradivarius, Napoléon l’emmerdeur, Spinoza le somnifère, Nietzsche l’onaniste, Lautréamont le sodomiste ». Un peu plus loin, on verra « Jésus-Chist jockey ! Oui il devient la curiosité des foules, il prend la course, tout le monde parie pour lui, résultat pour les parieurs : rien ». A y bien réfléchir, on se dit que si le PMU a si bien réussi envers les parieurs, c’est qu’il avait un bon modèle déjà existant.

    Mais de ce point de vue, du jeu et du cheval, fut il de fer, je préfère l’exégèse de Alfred Jarry dans « La Passion considérée comme une course de côte ». « Barrabas, engagé, déclara forfait. / Le starter Pilate, tirant son chronomètre à eau ou clepsydre, ce qui lui mouilla les mains, à moins qu’il n’eût simplement craché dedans – donna le départ. / Jésus démarra à toute allure. […] Les deux larrons, qui s’entendaient comme en foire, prirent de l’avance. / Il est faux qu’il y ait eu des clous. […] Dans la côte assez dure du Golgotha, il y a quatorze virages. C’est au troisième que Jésus ramassa la première pelle. Sa mère, aux tribunes, s’alarma./ La seconde pelle eut lieu au septième virage, sur du pavé gras. Jésus dérapa pour la troisième fois, sur un rail, au onzième. / Les demi-mondaines d’Israël agitaient leurs mouchoirs au huitième. / Le déplorable accident que l’on sait se place au douzième virage. Jésus était à ce moment dead-heat avec les deux larrons. On sait aussi qu’il continua la course en aviateur… mais ceci sort de notre sujet »

    Pour en revenir à « Jésus-Christ Rastaquouère », il y a ce résumé des testaments « La Sainte Vierge danse le tango avec le grand Julot » « Cette chanson me plait beaucoup, la Sainte Vierge est en effet le véritable patronne des prostituées… La Sainte Vierge est en verre, la lumière qui la traverse ne laisse pas de trace ; Joseph est un petit soleil de midi. / Pendant que vous lirez ces lignes, sucez, je vous prie, le jus d’une cerise ».

    Pour conclure « Là bas, au Nord, au Midi, à l’Est à l’Ouest, les oiseaux tournent en rond pour dessiner le soleil dans les airs ». Et ce conseil d’un artiste « Vous feriez mieux, Messieurs, de peindre en bleu et rouge les falaises de Dieppe, vraiment la nature n’est plus assez moderne ».

    Publié par jlv.livres | 31 mars 2018, 15:55

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