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Notes de lecture 2013

Note de lecture bis : « Histoires maigres » (Alasdair Gray, James Kelman, Agnes Owens)

Trois maîtres de Glasgow dans cet éblouissant recueil de 1985. Essentiel.

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Ce recueil de nouvelles de 1985 (Lean tales), traduit en 2008 par Catherine Richard pour les excellentes et regrettées éditions Passage du Nord-Ouest, rassemble les écrits de trois écrivains écossais de générations différentes, Alasdair Gray et James Kelman, fondateurs de l’école de Glasgow, et Agnes Owens la cadette. Ces histoires maigres sont le reflet d’une Ecosse désossée par un naufrage industriel, une terre de désœuvrement ayant le whisky pour principale culture, une terre historiquement pauvre, et aujourd’hui rongée, conséquence ironique de la pauvreté, par l’obésité.

Le recueil s’ouvre sur neuf nouvelles d’Agnes Owens, très impressionnantes de maîtrise pour cette écrivaine alors peu connue, plongée dans le quotidien sinistre des classes défavorisées en Ecosse, au cœur de tensions familiales encore accrues par les difficultés sociales, en mêlant à certaines nouvelles des éléments fantastiques, avec une bonne dose d’humour et un sens aigu de la chute.
Je retiens surtout «Arabella» – où comment une guérisseuse vivant avec ces quatre chiens dans un taudis d’une crasse abominable, règle son compte à un inspecteur sanitaire venu la contrôler -, «Arrêt de bus» – échanges entre habitants dans l’attente d’un bus, dans une zone défavorisée que les transports publics, justement, semblent avoir déserté-, «Convocation» – où une mère de famille, convoquée par la directrice de l’école au sujet de son fils Georges, indiscipliné et fauteur de troubles, ne se laisse pas faire -, et enfin «Compagnons de voyage» – Le trajet en train sans but de Jane, en compagnie notamment d’un homme très volubile qui ne cesse de vanter les mérites de ses parents disparus, causerie insupportable qui la fait sortir de ses gonds, scène suivie d’un coup de téléphone final à sa mère qui va tout éclairer.

® Raymond Depardon, Glasgow

Moins spectaculaires sur le fond, les dix-neuf nouvelles de James Kelman le sont dans la forme, tranches de vie autour d’événements parfois minuscules, monologues de clochards sans but et sans avenir, vies en forme d’errances, rencontres sans lendemain, courts récits d’une immense sensibilité.

«J’allais faire une promenade ; c’est ça qu’il fallait faire. J’ai défroissé le journal et j’en ai fait une sorte de baluchon soigneux, à porter de la main droite, et je me suis mis en route. Ah bon sang que c’était bon d’être en vie… vraiment. Vraiment et profondément. Je me sentais glorieux. Totalement merveilleux. Qu’est-ce qu’elle a donc cette vie pour procurer un tel bien-être, un truc aussi totalement merveilleux putain ? Est-ce que tout le monde est comme ça ? Voilà que je me marrais maintenant. Pas trop fort quand même, inutile d’affoler les gens. Une femme arrivait, ses sacs de course pas trop pleins, plongée dans ses pensées, avec un léger sourire aux lèvres. On voit ça nulle part ailleurs ! Ses yeux. Ses yeux auraient pu sourire. Est-ce possible. À nouveau je me marrais. Puis le bâtard a surgi. Je l’ai tout de suite reconnu : une espèce de débile d’animal, même sa façon de trotter était un peu débile – en plus de cet air qu’il avait, cette façon de regarder – on aurait dit un mulet à la con !» (Le sac en papier, James Kelman)

Il y a enfin les textes d’Alasdair Gray, auteur de l’immense «Lanark», textes disparates de fiction (ou pas ?), certains de quelques lignes, et hommages rendus à des personnalités écossaises, mais dont la nouvelle «Rapport aux administrateurs de la bourse Bellahouston destinée au financement d’un voyage d’études» justifierait à elle seule l’achat de ce recueil.

La précieuse lecture de mon ami et collègue Charybde 2 est ici.

 

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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