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Notes de lecture 2017

Note de lecture : « Anti-glace » (Stephen Baxter)

Une petite fantaisie technologique au parfum steampunk et allégorique

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C’est à l’inauguration de la Nouvelle Grande Exposition, le 18 juillet 1870, que je fis la connaissance de Josiah Traveller en personne, même si j’avais entendu pendant mon enfance les histoires que racontait mon frère Hedley sur les diableries perpétrées par l’anti-glace de ce célèbre ingénieur au cours de la campagne de Crimée. Ce premier contact, fort bref, pâlit face aux splendeurs de la Crystal Cathedral et de son contenu – sans parler du beau visage d’une certaine Françoise Michelet -, mais l’enchaînement déclenché par cette rencontre de hasard allait m’entraîner, maillon après maillon, dans une stupéfiante aventure qui me propulserait au-delà de notre stratosphère et me plongerait enfin, à Orléans, dans les tréfonds d’un enfer élaboré par l’homme.

On connaît la réputation de Stephen Baxter en matière de rigueur scientifique appliquée aux récits d’exploration spatiale imaginaire (« Titan ») voire uchronique (« Voyage »). Même si l’auteur ne parvient pas pour l’instant, après ces deux tentatives, à me convaincre vraiment au plan littéraire, j’étais néanmoins fort curieux de voir comment il s’y prenait pour aborder la rétro-science dans un contexte dit (parfois abusivement) « steampunk », consistant, grosso modo, à faire bifurquer par divers artifices et efforts d’imagination la science de la deuxième moitié du XIXe siècle pour en explorer certaines alternatives. Dans cette « Anti-glace » de 1993 (traduite en français en 2014 par Pierre-Paul Durastanti aux éditions du Bélial’), l’auteur hard science s’est visiblement bien amusé à imaginer la découverte fortuite d’une substance prodigieusement énergétique par des explorateurs antarctiques britanniques au milieu du XIXème siècle, et la manière dont l’art de l’ingénieur (et même le génie de l’inventeur) s’en emparent pour conforter l’empire du roi Edward ou de la reine Victoria fort au-delà de la réalité historique.

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En cette année 1870, si cruciale, j’étais attaché auprès du Foreign Office. Mon père, que désespérait ma superficialité de caractère et surtout d’intellect, voulait me trouver un rôle où je rendrais un signalé service au pays. Je crois qu’il avait envisagé de m’acheter un brevet dans une des branches de l’armée, mais, échaudé par les expériences qu’avait vécues Hedley en Crimée, il y avait renoncé. En outre, j’ai toujours montré  une certaine aptitude aux langues et Père se figurait plus ou moins que cela pourrait me servir pour un poste à l’étranger. (Il se trompait, bien sûr ; l’anglais reste la langue véhiculaire du monde civilisé.)
Je devins diplomate.
Imaginez-moi donc, à l’âge de vingt-trois ans, un peu en dessous-du barreau le plus bas de la grande Échelle de la Diplomatie. Cinq pieds dix pouces, mince, blond, bien rasé, je présentais un aspect tolérable, si je puis me permettre – même si je ne brillais guère par mon génie. J’avais quitté la faculté depuis peu, mais je me lassais déjà de mon travail qui consistait en gros à brasser du papier dans un bureau bondé dans les entrailles de Whitehall. (J’espérais un poste à la capitale, Manchester, mais découvris bientôt que Londres, malgré la réduction de son statut national, restait le centre administratif de l’Empire.) Ce que je me languissais de ma première mission à l’étranger !

Si j’ai trouvé la première partie du récit un peu languide (j’euphémise gentiment), la volonté manifeste d’hommage parodique à Jules Verne et de « sérieux scientifique » sous la gaudriole feuilletoniste assumée étant parfois un peu trop appuyée pour le bien même du rythme et du récit (sans même parler des fascinations outrées pour les tubes en cuivre et les chaudières, marque de fabrique du « steampunk » canonique et souvent répétitif – dont « La bête humaine » de Zola fut sans doute le véritable ancêtre dès 1890), la deuxième partie, lorsque certains des ressorts politiques et sociaux de cette étonnante uchronie (et l’on découvrira – ou se remémorera, pour les plus érudits quant au mouvement ouvrier du XIXème siècle – par exemple, le rôle d’un certain Lord Shaftesbury), lorsqu’il apparaît que le fait que Manchester ait ravi le rôle de capitale à Londres n’a en fait rien d’anodin, et que Stephen Baxter passe en revue de manière particulièrement rusée certains des leviers profonds de l’impérialisme et des mécanismes insidieux de la « marche à la guerre » capitaliste (en résonance toute particulière avec « La bataille d’Occident » d’Éric Vuillard, par exemple, comme avec bien entendu la saga des « Thibault » de Roger Martin du Gard) – utilisant ainsi avec un art certain les possibilités techniques de l’uchronie science-fictive -, « Anti-Glace » se hisse doucement, un peu laborieusement avouons-le, mais en y parvenant, dans la zone spéculative débridée où excelle China Miéville, au moins depuis son « Perdido Street Station ».

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