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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « La nuit je suis Buffy Summers » (Chloé Delaume)

Surprenante, réussie parodie, rusée et inquiétante, d’un livre dont vous et Buffy seriez les héros.

la nuit je suis buffy

Publié en 2007, le septième roman de Chloé Delaume est à la fois un hommage à la série télévisée « Buffy the Vampire Slayer » (dont on préfère toujours, lorsqu’on le peut, oublier le terrible « Buffy contre les vampires » de la traduction française) – et tout particulièrement à son épisode « Normal again » (« A la dérive »), dix-septième épisode de la saison 6, sorti en mars 2002, une poursuite de la quête autofictionnelle de l’auteur, toutefois sensiblement plus discrète ici que dans ses romans précédents, et une jolie utilisation nostalgique des Livres dont vous êtes le héros, immensément populaires durant les sept ou huit années qui suivirent la parution du « The Warlock of Firetop Mountain », de Steve Jackson et Ian Livingstone, en 1982, avec leurs choix multiples numérotés en fin de paragraphe permettant au lecteur de développer une lecture « interactive ».

Vous, lectrice ou lecteur, après qu’un bref prologue ait planté un décor (possible cauchemar liminaire) d’une intense sauvagerie parodique et ait précisé les « règles du jeu », vous réveillez donc d’un mauvais sommeil chimique dans une chambre d’hôpital psychiatrique, et entamez une quête à l’issue de laquelle, en fonction de vos choix rationnels, de vos intuitions, de votre sagacité, de vos envies et peut-être, de votre chance ou de votre malchance, vous mourrez, sauverez (provisoirement, toujours provisoirement, univers de Buffy oblige) le monde ou serez renvoyé à votre insignifiance maladive, non sans avoir rencontré une impressionnante galerie de personnages, habilement rendus par petites touches de caractérisation hilarante, au nombre desquels le bibliothécaire RG, les patientes, comme vous, de l’hôpital, W (qui est ou se prend pour une magicienne), A (qui est ou se prend pour une ancienne démone), Emmy (qui peut ou croit pouvoir se changer en souris), et Clotilde (qui échappe largement au Buffyverse, étant ou se prenant pour l’auteur possible du livre que vous lisez), mais aussi un ténébreux blond peroxydé appelé Spike, une folle, terrée au plus profond des souterrains, appelée Drusilla, une terrifiante infirmière-chef appelée Miss Mildred, un maire, un gouverneur et un grand maître, toujours inquiétants commanditaires des pires horreurs, et enfin une secte de Néantisateurs menée notamment par un écrivain à succès à l’impeccable chemise blanche négligemment ouverte.

La narration, bien entendu, n’est pas celle d’une pure « fan-fiction », et ne cherche absolument pas (ce qui a pu dérouter un certain nombre de lectrices et de lecteurs trop uniquement attirés par cela) à proposer un quelconque épisode alternatif à la série-culte. Il s’agit bien, en jouant habilement, intelligemment et – ma foi – plutôt respectueusement – avec les codes de la série (et en y ajoutant de nombreux clins d’œil à d’autres décors de pop culture, surgissant sans aléa réel comme autant de cross-overs pertinents ou impertinents), de proposer une lecture stimulante de la déroute psychique qui guette chacun au détour de cette contemporanéité capitaliste nihiliste trop souvent triomphante, et du type de courage requis pour y faire face.

« 16
Ici la vie était tranquille et bien réglée. Les habitudes c’est important, pour les gens comme nous, primordial. Je crois que tout a dérapé quelques années après que le premier personnage de fiction ait été élu gouverneur de Californie. À trop faire de passerelles entre le monde réel et son autre côté, ça a créé des failles dans le dispositif.
Je connais bien la magie noire, je suis en désintoxication. Entre autres, je sais que ses autels s’érigent sur des supports qui sont très narratifs, personne ne s’est méfié, les portes se sont ouvertes, le chaos a régné. Depuis c’est une vraie catastrophe, on prévoit même l’Apocalypse.
Renseignés régulièrement par notre bibliothécaire, nous tentons de résister, mais ne savons pas comment, et à peine contre qui. C’est super compliqué, le capitalisme triomphant. Une fiction qui a mal tourné, les héroïnes toutes des scream queens. C’était prévu comme ça depuis la première ligne dans la bible scénaristique. Possible qu’on y puisse rien du tout.
Mais non, je ne devrais pas dire ça. Je devrais dire : tu es là, toi, maintenant. Avec nous, de notre côté. Tu es là pour nous rejoindre, nous aider. Nous te trouverons un rôle si tu ignores le tien.
Vous suivez W au rendez-vous du groupe de surveillance dans la bibliothèque. Allez en 08. »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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