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Notes de lecture 2017, Nouveautés

Note de lecture : « Le livre américain des morts (vivants) » (Juan Francisco Ferré)

Don DeLillo lu par Juan Francisco Ferré : un régal décapant.

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C’est avec Frank Smith  et son « Fonctions Bartleby, bref traité d’investigations poétiques » que j’ai découvert l’an dernier cette curieuse et précieuse collection « Les Feux Follets », aux éditions Le Feu Sacré, au format miniature, consacrée à de stimulants essais, eux-mêmes poésie en action ou quasiment, d’auteurs à propos d’autres auteurs. Publié en octobre 2016, « Le livre américain des morts (vivants) » offre la formidable analyse que conduit Juan Francisco Ferré à propos du « Bruit de fond » (1985) de Don DeLillo, et partant, d’une bonne partie de son œuvre, car si la part du lion, parmi ces 70 pages d’une belle intensité, revient bien à ce « White Noise » aux échos par ailleurs si gibsoniens, il y est aussi abondamment question de « L’étoile de Ratner » (1976), de « Joueurs » (1977), des « Noms » (1982), de « Libra » (1988) ou de « Cosmopolis » (2003), et, dans une moindre mesure, de « Chien galeux » (1978), de « Mao II » (1991) ou d’ « Outremonde » (1997).

Par chez nous, l’auteur espagnol est surtout connu pour ses trois romans traduits en français, hautement décapants et redoutablement foisonnants, « La fête de l’âne » (2005), « Providence » (2009) et « Karnaval » (2012). En Espagne, il est au moins autant apprécié pour ses essais littéraires et ses nombreux articles, témoignant d’une impressionnante culture en action, aussi bien littéraire que politique.

Ce livre n’est pas n’importe
quel livre.

C’est un guide du monde
de l’au-delà du capitalisme.

Un guide posthume
pour abandonner le corps de
la consommation et
sombrer dans la vie après
la mort.

Ce livre peut avoir à voir ou pas
avec les morts
indignés (ou indignants) de
Walking Dead ou avec
les zombies consuméristes de
George Romero errant
dans les espaces commerciaux
de leurs vies d’avant
la mort.

C’est le livre américain
des morts-vivants.

Un manuel d’instructions
sur la survie dans
la société de consommation
et la vie de l’au-delà
du capitalisme.
Le livre des vivants
fuyant la mort.

Le livre de la mort
qui rôde dans
le labyrinthe de couloirs
et la profusion
de marchandises du
supermarché
nommé Amérique.

Ce livre ne se lit
pas comme
n’importe quel livre.

On le traverse comme une
ville en flammes,
un champ de bataille semé
de cadavres, une
autoroute saturée par
des voitures en
panne ou accidentées,
un nuage toxique.

Le livre américain
des morts-vivants dans
le gigantesque
hypermarché de la vie
contemporaine.

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index

En mobilisant habilement et incisivement Roland Barthes, Fredric Jameson, Jean Baudrillard, J.G. Ballard, Thomas Pynchon, David Foster Wallace, Philip K. Dick, Slavoj Žižek et Guy Debord, au service d’une lecture minutieuse et terriblement féconde de l’œuvre, l’auteur nous offre un rare moment d’intelligence littéraire et politique.

L’infantilisation générale des usagers et consommateurs, la culture de la bêtise et de la banalité comme substituts idéologiques, est une condition indispensable pour le parfait fonctionnement du système, comme le comprend Murray Siskind en avertissant ses étudiants que la seule manière de donner du sens au monde capitaliste (et à son grand serviteur électronique, la télévision) consiste à « apprendre à regarder comme des enfants à nouveau ». Il ne laisse pas d’être ironique, en ce sens, que DeLillo parvienne à exposer avec perspicacité les bases psychiques de la révolution cognitive en cours (le réductionnisme vital par lequel le consommateur se remet entre les mains de la publicité, des promotions ou, simplement, du goût majoritaire pour orienter son choix et, en même temps, continuer à le considérer « sien », personnel), jouant le ventriloque du fils surdoué des Gladney, Heinrich, porte-voix hautain des tendances sociales les moins prédictibles et des découvertes les plus alarmantes des neurosciences : « Qui sait ce que je veux faire ?  Qui sait ce que d’aucuns veulent faire ? Comment peut-on être certain à propos de quelque chose comme cela ? Ne s’agit-il pas d’une question de chimie cérébrale ? »

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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