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Notes de lecture 2013

Note de lecture bis : « Le début de quelque chose » (Hugues Jallon)

Angoissant farniente.

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hugues jallon

Le troisième roman d’Hugues Jallon, publié en 2011 aux éditions Verticales, plonge le lecteur dès le premier chapitre dans le malaise et la sauvagerie, avec une scène de traque d’une horde de sangliers, précipités dans le vide du haut d’une falaise.

«Tout l’après-midi, avec les autres membres de l’équipe, j’ai regardé les hommes traîner les cadavres sur le rivage, j’ai respiré l’odeur des entrailles qui débordaient de la peau luisante et déchirée, j’ai vu les longues trainées rose pâle d’eau et de sang qui s’échappaient de leurs corps et se répandaient sur le sable, au milieu des algues.
Je sentais bien.
Si vous aviez vu ça.
Sous ce ciel magnifique.
Oui, c’était le début de quelque chose.»

Le début de quoi ? Un groupe est en route vers un club de vacances. Vers un séjour qui s’annonce passif et insouciant, dans ce qui a l’apparence d’un centre hôtelier idyllique au bord d’une magnifique mer bleue. Cependant un malaise flottant s’installe d’emblée, à cause d’éléments du décor, initialement avec ces zones envahies par la misère et les sacs plastiques que l’on traverse avant d’arriver dans cet univers de sodas glacés, de cures d’algues marines et de relaxation au bord de la piscine.

Le doute s’installe et croît : s’agit-il de vacanciers ou de cadres en séminaire ? Quelle est la nature réelle de ce lieu et de leur séjour ? L’angoisse se développe autour de cette ambiguïté qui n’est jamais levée et autour des signes anodins qui s’accumulent, un orage inattendu, une scène de ménage très violente entraperçue, des rumeurs, la dégradation progressive du club de vacances, où l’ascenseur tombe en panne et la pelouse se raréfie.
Les voix des narrateurs qui observent sans être vus ces vacanciers comme des rats de laboratoire, comme du bétail guidé à leur insu vers la catastrophe, amplifient les sentiments glaçants qui saisissent le lecteur.

vacances«Regardez, elle est là, debout sur la terrasse. C’est une jeune femme en tailleur pantalon clair qui fait face à la caméra.

Dans les vagues courtes.

Les jeunes. Les enfants disparaissent toute la journée, impossible de savoir.

Elle est grande, belle et souriante.

L’air doux et humide.

La brise soulève les mèches brillantes de ses cheveux. Tout de suite on pense aux personnages des feuilletons qui passent chaque jour en fin d’après-midi, au retour de la plage.

Après la sieste, le jardin se remplit peu à peu. On voit bien qu’il y a plus de monde.

Elle demande si tout se passe comme on voudrait, si l’attente n’est pas trop longue.

Chaleur tiède du sable. 

Certains ne quittent presque plus jamais leur chambre.»

Une violence rampante et ambiguë vient grignoter l’idylle. Le lecteur navigue sous l’emprise de ce texte captivant et ambigu, entre les voix des voyageurs dont le séjour et la vie se vide de tout contenu, qui perdent tout repère temporel et capacité de jugement, et les voix de ceux qui les surveillent et analysent leurs faits et gestes en permanence, entre un camp de vacances qui devient plateau d’émission de téléréalité, camp de réfugiés ou camp, tandis que les vacanciers semblent anesthésiés et confits dans un état de bonheur artificiel.

Fusion du camp de vacances et de l’enfermement en résonance avec «Le ParK» de Bruce Bégout, dénonciation du tourisme de masse, «Le début de quelque chose» forme un miroir troublant et éprouvant du contrôle et de l’endormissement qui règnent, souvent à notre insu.

«Regardez, les voilà qui commencent à se détendre, oubliant les odeurs du voyage, la sueur dans leurs vêtements froissés, ils déambulent dans les allées, longent les massifs d’épineux, goûtant la fraîcheur des pelouses.
C’est un nouveau rythme.
Une vraie libération.»

Mon ami et collègue Charybde 2 en parle très justement ici. Hugues Jallon était l’invité de la librairie Charybde en 2014 pour parler ce livre et de «Zone de combat» (Éditions Verticales, 2007) et on peut le réécouter ici.

Hugues Jallon

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À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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