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Notes de lecture 2014, Nouveautés

Note de lecture : « La terre sous les ongles » (Alexandre Civico)

Le brutal et beau parcours du souvenir d’un fils d’immigré espagnol, le temps d’une route Paris-Cadix.

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Publié en janvier 2015 chez Rivages, le premier roman d’Alexandre Civico, membre du collectif Inculte propose une plongée incandescente dans la rage et le souvenir d’un fils d’immigré espagnol, le temps d’avaler les 1800 km de Paris-Cadix d’une traite sauvage, au fil de l’autoroute et de la route, pensées alimentées en continu par les flashbacks d’une jeunesse malmenée et d’une légende familiale pauvre et broyée, trajet rythmé par l’encombrant contenu du coffre d’une berline volée.

Défilent les portes, les panneaux, tu ne sais pas exactement quel itinéraire tu vas suivre. La route, tu vas la faire au souvenir. La dose d’adrénaline qui a jailli dans tes veines à les en faire exploser paraît avoir diminué. Ça cogne moins fort dans ta poitrine. Une sortie t’indique Bordeaux. Tu y trouves ton premier jalon. Jusque-là, le chemin n’a rien de très compliqué. Une fois sur l’A 10, une vague de soulagement t’envahit. Devant toi, six cents kilomètres d’abrutissement. Se laisser glisser sur l’asphalte, dégringoler comme on se laisse tomber d’un monticule en joyeuses galipettes. La tension que te procure systématiquement la route s’estompe un peu, elle aussi. Scruter la jauge du carburant. Le réservoir est pratiquement plein. Ne pas s’arrêter avant d’avoir besoin d’essence. Quantité de lumières étoilent le tableau de bord. Elles clignotent, s’allument, s’éteignent sans que tu saches pourquoi. Fais confiance à la mécanique allemande. Tu sourirais presque. Allemand solide, Italien peu fiable. C’est ta conception héritée de la voiture. Un acquis.

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Échangeurs, faisceaux de phares, aires de repos et stations-service, lignes frontières désormais symboliques : autant d’étapes et de signes d’un chemin de croix du souvenir, à la fois intense et étrangement détaché, au long des quatre-vingt-cinq pages duquel s’égrène une vie, confrontation mémorielle de la simplicité rebelle d’un François Cavanna (« Les ritals », 1978) et de la lucidité batailleuse d’un Olivier Bordaçarre (« Géométrie variable », 2006), pour offrir à la lectrice ou au lecteur une singulière aventure de rage, de tendresse et de désarroi.

L’enfance a été banale. Toutes les enfances sont banales. Tes uniques points de comparaison étaient les copains du quartier. Arabes, Yougoslaves, Manouches, et Français. La plupart d’entre vous possédaient deux langues et méprisaient le pays d’origine. La langue des parents était chez tous une langue inculte, une langue au goût de terre, de poussière et de fuite, une langue crasseuse qui fait honte.
Le discours familial, l’héroïsme de classe, n’existaient pas. Pas encore. La notion même de classe était parfaitement étrangère. Les riches étaient loin, et ils n’étaient que les riches.
Ce n’est que plus tard, à l’adolescence, qu’il t’avait inculqué des choses, le père. Des choses confuses et brutes. L’oppression, les patrons, la classe ouvrière, les combats de la guerre d’Espagne. Des enseignements inutiles au milieu des enfants qui, comme vous, vivaient dans cette petite pauvreté que l’on ne dirait pas misère.

Pour acheter le livre chez Charybde (dès qu’il sera disponible), ce sera ici.

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CivicoTof

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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