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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Quelqu’un à tuer » (Olivier Martinelli)

Deux parcours éloignés de soixante ans, empreints de rage et de tendresse, ou la quête d’un père inconnu dans les souvenirs noirs de la guerre d’Espagne.

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Martinelli

«Tu veux que je te parle de la guerre d’Espagne ? Tu es prête à tout entendre ? Tu es prête à me détester ?»

 

1990 : Arthur, musicien bientôt trentenaire en panne d’inspiration, est dans une impasse depuis sa rupture amoureuse avec Camille, grande bourgeoise trop dissemblable à lui, dont l’attachement et la curiosité pour l’artiste issu d’un milieu modeste se sont transformés en dédain lorsque son inspiration musicale et sa maison de disques lui ont fait faux bond.

Désœuvré puis dépressif, Arthur se réfugie dans le giron fidèle de la bouteille, englué dans son mal-être. Expulsé de l’appartement de Camille et du sens de sa vie, il retourne chez sa mère, une militante communiste qui l’a élevé seule, lui faisant biberonner davantage de lutte des classes que d’affection dès son âge le plus tendre. Pour redonner une direction à son existence, elle lui conseille de partir sur les traces de son père disparu quand il avait deux ans, en rendant visite au sculpteur Ignacio Obregón, héros de la guerre d’Espagne qui l’a côtoyé de près.

«Je pense que tu n’arrives pas à t’engager dans l’avenir parce que tu ignores d’où tu viens.»

1934 : Les mobilisations ouvrières se multiplient en Espagne, sur fond de crise économique et de montée du fascisme. Dans les Asturies, «la cocotte-minute est prête à exploser». Engagé dans la lutte au côté des Communistes, Ignacio est englouti dans une spirale de violence et de meurtre que rien ne semble pouvoir stopper.

«Mais les héros, ça n’existe pas. On fait que les inventer. Les héros, ce sont des types plus doués que les autres pour le meurtre, c’est tout. Ou alors plus chanceux. Des champions pour éviter les balles. Des types dont la mort ne veut pas. Moi, la mort, elle a pas voulu de moi. Plusieurs fois, je l’ai sentie qui m’attrapait le poignet pour me tirer sous terre. Mais elle est jamais allée jusqu’au bout. Elle s’est toujours dégonflée au dernier moment.»

Asturies, 1934

Récit révélateur de l’Histoire d’une guerre d’Espagne frappée d’une amnésie totale pendant plusieurs décennies, intercalant chapitre après chapitre l’errance d’Arthur de la France à l’Espagne au son de sa musique retrouvée, avec l’histoire d’amour et de violence tragique d’Ignacio dans les heures sombres de la guerre d’Espagne, «Quelqu’un à tuer» forme une fiction redoutablement bien construite et rythmée qui happe le lecteur d’emblée.

Noirceur brutale, rage et tendresse contenue : Ces deux parcours qui se dévoilent à près de soixante ans d’écart et finissent par se croiser, évoquant «La terre sous les ongles» d’Alexandre Civico, racontent les déflagrations lentes dans les histoires familiales de la guerre d’Espagne, comme a pu le faire si magnifiquement Rafael Chirbes, les débris de cette guerre et des luttes de classe, issus d’une génération vaincue par la violence, et transmis à la génération suivante qui peine à s’orienter.

«Ce livre n’est pas une promenade de santé. Une odeur de poudre s’en dégage et le goût métallique du sang envahit parfois votre bouche. Il y a fort à parier que le visage d’Ojo Blanco continuera longtemps à vous poursuivre. Ojo Blanco, plein de fureur et de larmes, espérant le Viva La Muerte de ses pires ennemis.
Il faut du cran pour explorer les contrées les plus sombres de l’âme et faire jaillir sa voix au-dessus de la boue. Le travail d’un écrivain n’est pas de battre en retraite.» (Extrait de la préface de L. Martin Elli)

Ce qu’en dit Yan sur Encore du noir est ici.

Pour acheter ce roman d’Olivier Martinelli, paru en 2015 à La manufacture de livres, chez Charybde, c’est par là.

Olivier Martinelli

 

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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