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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Attaques sur le chemin, le soir, dans la neige » (Alban Lefranc)

Fassbinder, une vraie histoire allemande : la première version du grand texte d’Alban Lefranc.

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Attaques sur le chemin

Publié en 2005 aux éditions Le Quartanier, ce texte d’Alban Lefranc constitue la première version, en 85 pages, du roman qui deviendra en 2012, sous une forme revue et augmentée à 140 pages, le formidable roman « Fassbinder – La mort en fanfare », l’une des trois composantes de la « trilogie allemande » de l’auteur, avec « Si des bouches se ferment », construit autour de quelques figures-clé de la Fraction Armée Rouge, et « Vous n’étiez pas là », mettant en scène la mannequin et chanteuse Nico.

Une large part du tissu du roman définitif est déjà présente ici, bien entendu, et,par conséquent, un bon nombre des éléments qui font de l’œuvre entreprise par Alban Lefranc ces dernières années un travail unique et indispensable.

« On entre dans un mort comme dans un moulin. On s’est introduit d’abord par effraction, la nuit, en forçant une porte de derrière, une vieille porte oubliée qui n’intéressait plus personne. Et on s’est plu dans les lieux, on y a même très vite gagné l’impression qu’on était seul à les connaître. On s’est surpris à croire qu’on les connaissait mieux que le mort lui-même, qui ambitionnait justement de construire une maison avec ses films. Le mort, Fassbinder, l’homme aux quarante-trois films en treize ans, et dont Godard disait qu’il incarnait à lui seul le cinéma allemand d’après-guerre. »

En forme d’avertissement liminaire, cette instruction pour la violation intelligente de sépulture constitue sans doute une clé essentielle de ce qui pourrait s’appeler désormais, peut-être, une « méthode Alban Lefranc » : se saisir d’une question violemment contemporaine, urgente (le racisme latent avec colonisation et esclavage au fond mal repentis, la violence absolue d’État revendiquée en légitime défense, la superficialité consommatrice qui tue l’esprit, par exemple), identifier ce qui en est devenu tabou – aujourd’hui – par interdiction ou par saturation,  trouver les figures historiques à même d’incarner la généalogie de ce tabou – hier -, et conduire les fouilles archéologiques seules à même de mettre à nu la racine de la chose – avant-hier -, le non-dit primordial qui sera ainsi exposé.

Si l’auteur dispose, ici comme à chaque fois, de tout le matériau documentaire que réclamerait l’essayiste ou l’historien le plus consciencieux, la beauté et la force de ses textes naissent de son écriture si particulière : s’attaquant à l’imaginaire, aux mythes intimes qui nous façonnent en se découvrant rarement, il pratique un art de la danse, plutôt que de la musique, qui, variant comme requis (comme demandé par l’instant, dirait peut-être le Muhammad Ali de son « Ring invisible ») les pas et les rythmes, devient cet authentique art de combat que nous dévoile si joliment Céline Minard dans son « Kata » à paraître en octobre (2014).

Cette première ébauche enchanteuse est épuisée, mais le texte revu, corrigé et amplifié est disponible, indispensable, ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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