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Notes de lecture 2014, Nouveautés

Note de lecture : « La Croix des Veuves » – Mary Lester 40-41 (Jean Failler)

Face à un sénile magnat de l’industrie pharmaceutique, Mary Lester enquête à Paimpol et à Jersey sur plusieurs meurtres incompréhensibles.

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La Croix des Veuves

Publiée en mai 2014 aux éditions du Palémon, la trente-sixième enquête de Mary Lester (portant le numéro 40-41 du fait de plusieurs enquêtes en deux tomes déjà parues) donne l’occasion à Jean Failler de nous emmener à Paimpol pour la première fois, pas très loin toutefois du village fictif de Trébeurnou, en Trégor finistérien, où se déroulaient « Te souviens-tu de Souliko’o ? » (enquête 30-31) et « Sans verser de larmes » (enquête 32).

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Aux environs d’un calvaire en bord de mer, la Croix des Veuves, d’où les femmes de pêcheurs paimpolais guettaient désespérément le retour d’un navire en retard, trois meurtres atroces et spectaculaires sont commis en quelques heures, en pleine nuit. La gendarmerie locale nageant en plein brouillard, de récentes accointances ministérielles de Mary Lester se manifestent pour recommander son détachement en enquête spéciale, à sa manière. Menant très vite les opérations à l’écart de la voie officielle, trop « téléphonée », elle devra vérifier certains points délicats à Jersey, lors d’une habile collaboration avec la police britannique, avant d’être confrontée une fois de plus au brutal pouvoir de l’argent et de ses noueuses et perverses ramifications politiques.

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Une bonne enquête de l’infatigable et ô combien atypique policière bretonne, sur laquelle plane l’ombre réelle d’un fait divers tragique, résumé le plus souvent sous le nom d’ « affaire Godard », en septembre 1999, et celle beaucoup plus sinistre de l’industriel Jacques Servier, roi français de la pharmacie aux longs bras politiques, décédé en avril 2014, au moment même où paraissait le roman de Jean Failler, et au beau milieu de la tourmente judiciaire et médiatique du scandale du Médiator qui, après quelques autres, n’avait cette fois pas pu être étouffé.

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Mary Lester

Mary Lester, interprétée par Sophie de la Rochefoucauld dans la série TV de 1999.

Comme souvent, l’auteur habile et bourru – et aussi parfois bien réactionnaire – n’a pas beaucoup besoin d’enfoncer le clou pour nous rappeler à quel point il est relativement facile pour les puissants, dans notre belle démocratie, de se positionner au-dessus des lois et de tisser des connivences occultes mais tolérées au service exclusif de leurs intérêts et de leurs éventuelles folies.

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« Minuit venait de sonner à un clocher lointain, petite musique ténue dans le calme de la nuit. La lune dispensait une clarté blafarde sur la baie de Paimpol et la petite île de Saint-Budoc, posée sur une mer scintillante, se drapait dans un léger voile de brume.
Pas un souffle de vent, pas une ride sur la mer qui s’était retirée au loin, découvrant des îlets de roche invisibles à marée haute.
À gauche, l »anse de Launay étirait sa plage de sable blanc jusqu’à la pointe de l’Arcouest d’où l’on prenait le bateau qui faisait la liaison entre le continent et la merveille des merveilles, Bréhat, l’île aux fleurs.
Bien qu’il connût ces lieux – il y était né – depuis sa plus tendre enfance, Bodin était toujours saisi par la beauté irréelle de ce paysage auquel l’obscure clarté de la lune ajoutait une aura de mystère.
Il s’arrêta un moment pour jouir de la magie de l’instant, mais aussi pour souffler. Il revenait de la pêche à la crevette et, mine de rien, la pêche de nuit, ça vous crève son homme. Surtout quand on court sur ses soixante-dix ans, que côté poids on roule un peu en surcharge et qu’il faut, pour regagner le haut de la falaise, escalader un sentier de chèvres aussi raide à remonter que scabreux à descendre.
Pas étonnant qu’il fût seul. Déjà de jour, l’accès à sa zone de pêche était malcommode, pour ne pas dire dangereux, mais la nuit…
Bien peu s’y risquaient, et c’est pour cela que Bodin y venait. Rien ne lui était plus pénible que de trouver un autre pêcheur en train de saboter ses trous. Car, qu’on ne s’y trompe pas, la pêche à la crevette telle que la concevait l’ancien bosco était un art ! Ce serait trop facile si le premier clampin venu connaissait la bonne manière de conduire son haveneau dans les failles de roche. Encore failait-il les connaître, ces failles, le plus souvent masquées par un rideau de goémon, encore fallait-il savoir avancer son filet avec délicatesse, sans empressement, en épousant la découpe de la roche et ensuite le ramener lentement, mais fermement, sans à-coups. »

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Jean Failler

Jean Failler (Photo : Le Goëland Masqué)

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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