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Notes de lecture 2017

Note de lecture : « Les mécomptes du capitaine Fortin » – Mary Lester 45 (Jean Failler)

Jeunesse dorée finistérienne et machinations de trafiquants bien introduits pour cette 45ème enquête de la policière de Quimper.

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Une gifle claqua, une femme poussa un cri perçant et la musique assourdissante se tut, créant un silence formidable. Cependant les spots de lumière explosaient toujours si bien que les danseurs, abrutis par l’intensité des sons, semblaient les entendre encore et continuaient de se trémousser sur le plancher marqueté du grand salon.
Enfin, se rendant compte de l’arrêt subit de la musique, les couples se figèrent. L’atmosphère trop chaude empestait la fumée et la sueur.
– Merde, gronda Fortin vaguement inquiet, on ne fume pas que du belge, ici !
Tout soudain, il avait senti que les choses prenaient une mauvaise tournure. Cette odeur de marijuana, cette faune de fils à papa ne lui disaient rien qui vaille.
Planqué dans un coin, il tâchait de passer inaperçu mais vu sa stature et sa gueule de Gary Cooper, ça lui était difficile.

Tel un métronome, le 45ème épisode des aventures de Mary Lester (racontées depuis par l’origine par Jean Failler – sauf pour les épisodes 25 à 29, écrits par « Mary Lester elle-même », du fait principalement des démêlés judiciaires survenus après l’épisode 22-23, « Le renard des grèves ») aux éditions du Palémon est paru en septembre 2016, six mois après le précédent, « Avis de gros temps pour Mary Lester », qui avait entraîné (en pensée si ce n’est physiquement) l’héroïne dans les brumes politiques du quai des Orfèvres, loin de sa chère Bretagne. La voici de retour sur les rives de l’Odet, où s’allongent les manoirs et propriétés de la haute bourgeoisie finistérienne, terrain où  elle avait déjà vécu l’épisode 15, « Les gens de la rivière », pour tenter de circonvenir à sa manière souvent unique une machination semblant bien devoir viser son fidèle subordonné, le (désormais) capitaine Fortin.

Béjy était bien d’accord pour « y aller », mais aller où ? Tout ce que sa femme lui avait dit, c’était que le type avait embarqué leur fille dans une Porsche décapotable, dont elle lui avait donné l’immatriculation.
Ces renseignements avaient suffi au capitaine Fortin  pour identifier l’heureux propriétaire de cette bagnole, un petit mec de la « jeunesse dorée » du département, qu’il avait entendu quelque temps auparavant pour une histoire de trafic de drogue.
Les géniteurs du gamin, usant de leurs relations, avaient « écrasé » l’affaire et la petite frappe s’était retrouvée libre comme l’air en se payant le luxe d’adresser un doigt d’honneur au capitaine Fortin.
Il n’aurait pas dû. Comme les éléphants, dont il avait la placidité, Fortin avait de la mémoire. Ce doigt d’honneur s’y était inscrit à l’encre indélébile avec les adresses auxquelles on était susceptible de retrouver ce charmant bambin.
« Kermanec’h » en faisait partie. Cette grande villa des années 30 était la résidence secondaire du docteur Cornec-Duquesne, éminent chirurgien propriétaire d’une clinique privée et père du garnement.
Lorsqu’ils étaient arrivés sur le parking du domaine, ils avaient immédiatement repéré une Porsche décapotable.

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Notons en passant que Jean Failler développe ici à nouveau la veine presque comique des échanges complexes et parfois musclés entre policiers de Quimper et gendarmes des campagnes avoisinantes (en y intégrant de plus en plus, plutôt joliment, le savoir-faire diplomatique acquis par Mary Lester dans « Le renard des grèves », dans « La Croix des veuves » ou encore dans « État de siège pour Mary Lester »). L’enquête policière proprement dite est ici, à nouveau, plutôt cousue de fil blanc, mais cela fait déjà un bon moment qu’elle n’est plus l’enjeu véritable – si elle l’a été un jour – de ces aventures de procédure contemporaine, d’aventure humaine et de socio-politique résolument conservatrice, qui font le charme parfois fort indéfinissable de ces incursions dans une Bretagne profonde, où le rêve se confronte en permanence à la réalité, où l’avidité et le spectacle marchand détruisent lentement et sûrement les valeurs traditionnelles (même quelque peu idéalisées), mêlant franc banditisme et palinodies bourgeoises. Jean Failler a dérapé régulièrement dans le passé, comme je le rappelais dernièrement, glissant parfois d’un conservatisme assumé et bougon à une hostilité très réactionnaire à certaines formes de société et de communauté. Il s’en garde plutôt fort bien dans cette enquête finistérienne, où il retrouve par moment les accents presque (et bizarrement) poétiques du « Manoir écarlate » (épisode 5) ou de « La bougresse » (épisode 16), par exemple. On ne s’en plaindra évidemment pas, et comme pour un Montalbano d’Andrea Camilleri, situé en apparence résolument à l’opposé du spectre politique possible, on attendra comme toujours avec une certaine impatience l’épisode suivant.

La villa Kermanec’h se tenait orgueilleusement face à la mer à l’embouchure de l’estuaire de l’Odet. Elle avait dû être construite entre les deux guerres, en pierres de taille arrachées à quelques chapelles en ruine et autres manoirs de l’intérieur des terres tombés en déshérence.
La route qui bordait l’estuaire avait épargné le parc de Kermanec’h qu’elle contournait en quittant le bord de l’eau. On n’y avait pas fait de frais de jardin, comme dans les propriétés voisines qui étaient bordées de haies bien taillées enfermant des pelouses bien tondues.
Le domaine de Kermanec’h était resté tel qu’il devait être à l’époque de la construction de la bâtisse, c’est-à-dire planté de pins maritimes. C’était probablement le meilleur parti à prendre car, de par son exposition aux tempêtes d’hiver et aux embruns salés, il eût été vain d’espérer y établir un jardin paysager.
L’étendue de son territoire le tenait à l’écart des villas qui s’étaient construites bien plus tard, sur des terrains bien plus exigus.
Le portail qui donnait accès à la maison était barré par ce large ruban plastique blanc et rouge signalant qu’une enquête de police était en cours.
Elle regarda à l’entour sans rien voir de suspect, mais il était probable qu’une surveillance discrète de la gendarmerie s’exerçait.

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À propos de charybde2

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