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Notes de lecture 2021, Nouveautés

Note de lecture : « En secret à Belle-Île » – Mary Lester 58 (Jean Failler)

Dans la beauté domestiquée mais gardant quelques restes d’heureuse sauvagerie de Belle-Île-en-Mer, l’une des meilleures enquêtes récentes de Mary Lester.

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Lester

Les journaux avaient fait leur Une avec ce que l’on connaissait désormais sous le nom de « La tuerie de Quimper ».
Deux morts par balles au cours d’une fusillade sur les marches du palais. Du jamais vu !
L’affaire avait eu un grand retentissement, jusqu’au Courrier International qui s’était fait l’écho de ce dramatique fait divers, n’hésitant pas à évoquer un « regrettable cafouillage » au tribunal de Quimper.
Quant à la responsabilité de ce « cafouillage », les commentateurs restaient prudemment dans le vague ; le lecteur jugerait, choisissant au gré de ses convictions politiques, soit une défaillance des forces de police, soit une réaction au « laxisme » de la justice envers des personnalités « intouchables ».
En lisant cela dans son petit bureau du commissariat, le commandant Lester se dit que l’institution judiciaire, qui n’aimait pas ce genre de publicité, devait être en effervescence et qu’en conséquence, l’humeur de la juge Laurier ne devait pas être au beau fixe.
Face à elle, le capitaine Fortin ne se posait pas de questions : le possible « grand chelem » du XV de France dans le Tournoi des Six Nations était, dans l’instant, son principal centre d’intérêt et il soupesait dans L’Équipe, son journal favori, étalé devant lui, les avis des « experts » avec attention. La mère Laurier était donc bien loin de ses préoccupations. D’ailleurs, ces chicayas concernaient essentiellement le commandant Lester car elle était la seule à oser argumenter contre la redoutable magistrate. Le reste du commissariat, le divisionnaire Fabien compris, s’écrasait prudemment quand les attentions de la juge se dirigeaient vers « l’usine ».
Pour autant, elle n’avait pas encore relancé Mary et ses humeurs devaient se déverser sur sa greffière, la pauvre petite madame Guyon, son souffre-douleur habituel. Ce furent les journalistes qui se chargèrent de demander des éclaircissements au commandant Lester. La presse écrite fut poliment mais fermement éconduite par le lieutenant Jeanne de Longueville qui avait accepté le rôle délicat de filtre. La télé, débarquant en grand arroi aux portes du commissariat, contraignit pourtant le commandant Lester à sortir du bois.

Publié en avril 2021 aux éditions du Palémon, le n°58 des volumes consacrés au commandant Mary Lester (sa 47ème enquête si l’on tient compte des volumes doubles occupant deux numéros, qui se sont multipliés ces dix dernières années dans la série), débute, ce qui est fort rare chez l’auteur Jean Failler, par un prologue constituant de facto un épilogue à l’enquête précédente (« Retour au pays maudit », n° 56-57), lui-même continuation directe de « Au rendez-vous de la Marquise » (n° 55).

Après ce long enchaînement de péripéties liées entre elles, Mary Lester, soupçonnée par la puissante juge quimpéroise Laurier d’avoir joué un rôle dans les tout récents déboires d’un protagoniste des volumes précédents qui s’était presque faufilé à travers les mailles du filet judiciaire, va se « mettre au vert » à Belle-Île, où l’attend une enquête potentiellement très « politique », sollicitée discrètement par son protecteur occasionnel, le puissant haut fonctionnaire et désormais conseiller présidentiel Ludovic Mervent. Là, accompagnée pour les besoins d’une discrète mise en scène par sa voisine et cuisinière Amandine transformée en riche retraitée dont le toujours jeune commandant de police serait la dame de compagnie et factotum, elle va devoir résoudre le mystère entourant la chute d’abord réputée accidentelle ou suicidaire, depuis le balcon de son propre hôtel de luxe, de l’épouse d’un sénateur local, longtemps puissance dominante du Vannetais, terminant paisiblement ses jours dans un EHPAD du continent.

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Tout soudain, elle devint attentive et répéta :
– Une île ?
– Oui, la plus belle de toutes.
– Ne me dites pas que c’est…
– Belle-Île-en-Mer, mais si ! Ça vous irait ?
– Et comment !
Belle-Île, la bien nommée. Des noms illustres se mirent à défiler dans sa tête : Flaubert, Sarah Bernhardt, Monet, Colette, Arletty, Prévert, Gide… Tout le monde des arts, de la musique, de la peinture, de la littérature, de la poésie, du théâtre, du cinéma… Belle-Île-en-Mer, où le bon Porthos dort de son dernier sommeil dans la grotte de Locmaria, sous des tonnes de rocs cyclopéens… Et surtout, où elle avait navigué sur l’Anaconda… Que de souvenirs !
Elle revint à la réalité :
– Qu’arrive-t-il à Belle-Île-en-Mer ?
– Une relation de votre ami Mervent qui a passé l’arme à gauche.
Elle s’exclama :
– Ludo avait une copine ?
– Tss… fit Fabien, réprobateur. Un peu de décence, je vous prie.
Qu’y avait-il d’indécent à nommer ainsi le conseiller Mervent ? Les mots « familiarité déplacée » auraient mieux convenu car le commissaire était d’une génération où le respect de la hiérarchie et de ceux qui la représentaient constituait un devoir sacré. Bien qu’il n’appréciât pas outre mesure le personnage de l’énarque, un monsieur « Je-sais-tout », Fabien respectait la fonction et affichait toujours une prudente déférence envers la faune qui grenouillait dans les allées du pouvoir. La désinvolture du commandant Lester l’affligeait au plus haut point. La pimbêche au visage d’ange le savait et elle ne manquait jamais l’occasion de le faire maronner, d’autant qu’elle connaissait les tours de « souplesse dorsale » que ces « élites » avaient dû pratiquer pour arriver à se faufiler entre les portes du château.

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Largement débarrassée des bougonneries réactionnaires placées dans les mots ou les pensées des protagonistes, qui me causent tant d’agacement occasionnel chez Jean Failler (comme vous le savez si vous suivez un tant soit peu ce blog : comparez par exemple la beauté de « La Croix des Veuves », n° 40-41, à la relative pénibilité de « État de siège pour Mary Lester », n° 42-43), « En secret à Belle-Île » est ainsi sans doute l’une des plus belles enquêtes récentes de Mary Lester. L’auteur y déploie avec une certaine grâce ce qu’il a de meilleur : humour à propos, sensibilité aux terroirs alors même qu’ils sont toujours davantage connectés, émerveillement discret face à certains paysages (les aiguilles de Port-Coton et la citadelle Vauban du Palais jouant ici un rôle essentiel), sens des liens entre l’économique, le social, le psychologique et le simplement humain, complicités occasionnelles nouées par-delà les barrières sociales, nostalgies tempérées vis-à-vis d’époques où l’ascenseur socio-économique fonctionnait encore un peu, fût-ce au prix de quelques acrobaties bénignes, respect pour les côtés parfois obscurs de certains personnages, et mépris non dissimulé pour les avidités des nantis de tout acabit. Au-delà de l’immense plaisir que sait nous offrir Jean Failler lorsqu’il se penche avec empathie sur un nouveau « coin » de Bretagne (au sens large : certaines enquêtes de Mary Lester l’ont parfois entraînée assez loin des frontières régionales officielles), il nous rappelle ainsi régulièrement, et fort heureusement, que sa littérature dite populaire, lorsqu’elle se garde de l’abus de facilité et de la tentation du ressassement grognon, sait être de grande qualité et de toute beauté.

– Bah, fit Mary, si personne ne se plaint…
Alice haussa les épaules :
– Qui se plaindrait ?
– Je ne sais pas, dit Mary, les propriétaires des bateaux empruntés…
– Bof, fit Alice, ce ne sont pas des gens d’ici…
– Tout de même, dit Mary, ils sont probablement propriétaires dans l’île.
La réponse fusa :
– Ce n’est pas ça qui en fera des îliens ! Et puis Yvon et Fañch ne font qu’emprunter ! Ils remettent toujours les bateaux à la place où ils les ont pris. Je ne te garantis pas qu’ils refont le plein d’essence mais faut pas trop en demander !

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Jean-Failler

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Discussion

Une réflexion sur “Note de lecture : « En secret à Belle-Île » – Mary Lester 58 (Jean Failler)

  1. Marieke Lucas Rijneveld « Qui sème le vent »

    « Qui sème le vent » de Marieke Lucas Rijneveld, traduit par Daniel Cunin, (2020, Buchet-Chastel, 288 p.) est un livre étrange, qui préfigure peut-être une nouvelle littérature hollandaise. Lauréat du International Booker Prize avec sa traductrice Michele Hutchinson pour son « The Discomfort of Evening » (2020, Faber & Faber, 224 p.), traduit de « De avond is ongemak » (2020, Atlas Contact, 270 p.). C’est la première fois qu’un auteur hollandais gagne ce prix prestigieux. Quoiqu’il en soit, remporter ce prix à 29 ans pour son premier roman est une belle performance. Cela s’ajoute à la nomination (longlist) l’année dernière de Tommy Wieringa pour son « The Death of Murat Idrissi » (2021, Scribe Us, 112 p.). Un renouveau hollandais. Cela changera de Eduard Douwes Dekker, dit Multatuli (1820-1887), connu pour son roman-pamphlet « Max Havelaar » dont l’action se passe à Java et qui dénonce l’exploitation coloniale dans les Indes Néerlandaises. On en retrouve trace dans les divers tomes de Eka Kurniawan et sa saga de « Les Belles de Halimunda » (2017, Sabine Wespieser Editeur, 656 p.), une curiosité.
    On peut rapprocher ce roman d’un enfant des Flandres de « Débacles » de Lize Spit traduit de « Het Smelt » (Tout fond) par Emmanuelle Tardif (2018, Actes Sud, 432 p.). Roman qui prend place dans le village de Bovenmeer, dans la campagne belge flamande. Trois enfant, Laurens, Pim et Eva, du même âge, ont des jeux plus que bizarres dans l’odeur de purin et la fumée de cigarette. La fille va être entrainée, comme rabatteuse, dans des jeux plus ou moins sexuels dans lesquels les deux garçons forcent les autres filles du village à se déshabiller si elles ne trouvent pas les clés d’une énigme à résoudre. A l’origine, Eva avait un frère jumeau mort à la naissance. Il est intéressant de voir ce renouveau de la littérature des Flandres mettre en scène une jeunesse rurale maltraitée et oppressée que rien ne vient réjouir.

    Par ailleurs, Marieke Lucas Rijneveld est née en tant que fille, puis a ajouté Lucas comme prénom à trois ans après que son frère ainé se soit tué. Née dans le Brabant hollandais, elle a été élevée dans une famille rurale très pratiquante. Son roman, qu’elle a mis 6 ans pour l’écrire est inspiré de sa jeunesse et du drame familial qui l’a notoirement marqué. Ce désir d’être un garçon, manifesté par l’ajout de son prénom alors qu’elle est en primaire (Groep 3) elle revendique sa masculinité, mais s’identifie des deux sexes indifféremment. Par ailleurs, elle utilise souvent le pluriel, sans genre en anglais (they, them) ou hollandais (de, ze).
    Lors de la prestation de serment du dernier président des USA, Amanda Gorman, une jeune poète afro-américaine de 24 ans lisait un poème « The Hill we Climb ». Grand succès dans le monde de l’édition qui suggère Marieke Lucas Rijneveld pour traduire le poème. Lever de bouclier pour plusieurs raisons. Absence de connaissance par l’auteur hollandaise, maîtrise jugée insuffisante de l’anglais et, surtout, le problème du « surplomb de la pensée blanche », pour citer d’autres écrivains américains. En France l’affaire fait l’objet d’une tribune dans « Le Monde » dans laquelle André Markowicz, traducteur, écrit : « Personne n’a le droit de me dire ce que j’ai le droit de traduire ou pas ». Actuellement, la polémique n’est pas éteinte dans le microcosme et elle rebondit sur la capacité de comprendre et de traduire ce type d’œuvres (traducteur ou trahisseur). Autant le dire tout de suite. Je fais partie de ces catégories de critiques, mâle, de type caucasien, yeux bleu, châtain clair…..et une légère claudication (passagère) du pied droit. Il faudra en tenir compte pour la conclusion. Par contre, je souhaiterais beaucoup pouvoir enfin lire les ouvrages et poèmes de Sammy Davis Junior, lui qui caractérisait ses handicaps de noir, juif et borgne.
    Très courte première partie (une trentaine de pages) de ce roman qui en comprend trois, qui présente la famille Mulder, famille paysanne et « religieuse », qui respecte le pasteur Renkerma (église reformée néerlandaise), des vaches qui « même quand elles ne réclament aucune attention, même quand elles sont casées, chacune à sa place dans l’étable, gavées et lourdaudes,… se démerdent pour faire office de force majeure »,
    La narratrice, dix ans, a deux frères plus vieux qu’elle, Matthies l’aîné, Obbe, le second, et une sœur, Hanna, la petite dernière. Elle soupçonne son père de vouloir tuer son lapin Bouclette pour le repas de Noël. Ce qui n’est pas une façon de faire participer les animaux à la joie de la nativité. Désespérée, elle fait une prière : « J’ai demandé à Dieu s’il pouvait, s’il Vous plaît, prendre mon frère Matthies au lieu de mon lapin ». Henri III échangeait son royaume contre un cheval. La mise a baissé, il n’y a plus qu’un lapin. L’échange devient inégal. Et la veille de Noël, Matthies se noie pendant une compétition en patins à glace. Il ne restera de la fête que les anges de la Nativité. « Certains d’entre eux mettaient leur zizi à l’abri derrière une trompette, d’autres derrière une touffe de gui. Même en tenant la serviette à contre-jour de l’ampoule, je ne parvenais pas à voir à quoi le bidule pouvait ressembler ; je pariais pour une tranche de mortadelle roulée en cigare ».

    Cette première partie m’avait un peu déconcerté lors de la sortie du livre, et j’avais abandonné la lecture. Reprise récemment, parce que c’était tout de même un International Booker Prize, j’ai plus compris le sens du livre. C’est vrai que rester à ces pratiques et rites de l’enfance peuvent dérouter le lecteur. Et à en juger différentes critiques, on constate que beaucoup en restent à ce niveau de lecture et à des scènes de pipi-caca qui a priori sont sans intérêt. C’est fort dommage, et cela montre aussi que la lecture n’est pas une simple affaire de savoir déchiffrer et enchainer des signes. On peut d’ailleurs se poser la question de ce qui reste de ce déchiffrage et quel profit ce type de lectorat peut tirer du livre (ou du cinéma, ou des séries télés). D’un autre côté, on se demande si le monde de l’édition ne va pas dans le même sens en favorisant et promouvant une littérature plus facile d’accès, aux codes simplifiés, mais si, en étant d’accès plus aisé, elle n’était pas source de plus de bénéfices. Des livres à vendre plutôt qu’à lire.
    Retour donc à la famille Mulder, ses vaches en ses polders et sa rigole à purin. Quatre enfants au début du livre, plus un qui a mystérieusement disparu avant le mariage religieux. Ce qui n’est pas bien pour ces pratiquants pieux d’avoir caché cela au pasteur Renkerma. Et la veille de Noël, Matthies, l’ainé se noie en patinant sur de la glace fragile. Dire que la famille accuse le choc est faible. D’ailleurs, Jas ne quitte plus sa parka rouge « ma parka en guise d’armure », a tel point qu’on ne l’appelle plus que Parka. Et en plus, elle retient ses aliments, malgré les traitements, le savon vert et l’huile d’olive qu’on lui fait ingurgiter. Il en va de même de leur découverte de la sexualité « Les paroles de papa me reviennent : ne jamais laisser un gros lapin couvrir un petit. Son raisonnement ne vaut pas un sou : papa a deux têtes de plus que maman, et maman a survécu quand elle nous a mis au monde. ça doit donc être possible ».

    Ce qu’il y a de dramatique dans ce livre, c’est la distance, le gouffre, qui existe entre leurs vies et la société. Les enfants sont encore lavés dans un baquet à tour de rôle dans la même eau, des jours précis de la semaine. Mais « Tout le monde possède un lecteur CD, sauf les andouilles. Les andouilles, ce sont des Croco Haribo jaunes, ceux qui restent à chaque fois au fond du paquet ». Aucun réconfort, aucune tendresse des parents. La grande nouvelle sera que « Saint Nicolas n’existe pas ». Ils ont alors 12 ans. Par contre, ils connaissent tous des paroles de la Bible, il y en a pratiquement à chaque page, ou une page sur deux. « Nous sommes dans ce monde mais pas de ce monde ».
    Il faut dire que la religion mène le monde rural néerlandais « Or, la naissance de Jésus n’est pas un jour ordinaire. Pas même si elle revient sans faute chaque année, de même qu’Il meurt sans faute chaque année pour nos péchés – ce qui me paraissait bizarre et qui m’amenait souvent à me dire : le pauvre, ça fait pourtant déjà une éternité qu’Il est mort, l’aurait-on oublié ? ». Tout passe par la et procède de là. « Un jour, alors que l’écran était noir, Obbe a dit que la télévision, c’était l’œil de Dieu ; si maman ferme les portes, c’est en réalité pour qu’Il ne nous voie pas ». Ou encore, pour guérir les problèmes de transit de Jas. « Hier soir, quand papa, en une ultime tentative, a cherché dans la Bible la solution à mon problème de constipation, il est tombé sur un passage du Deutéronome : « Tu auras un endroit, hors du camp, où tu sortiras ; et tu auras un pieu avec ton bagage ; et quand tu voudras t’asseoir dehors, tu creuseras avec ce pieu, et tu recouvriras ce qui sera sorti de toi ».

    Pour comprendre l’ambiance qui règne dans les campagnes hollandaises, il faut remonter aux débuts du protestantisme. Nous grandissons avec la Parole, or les paroles font de plus en plus défaut à la ferme ». En 1517, le moine Martin Luther, docteur en théologie, publie ses 95 Thèses qui dénoncent les dérives de l’Eglise catholique, comme le commerce des indulgences. Puis il affirme la prédominance de de la Bible, qui vient d’être imprimée en 1454 par Joachim Gutenberg, puis traduite par Jean Calvin en 1562 et est donc disponible. Luther est excommunié par le Diète de Worms en 1521, mais ses idées trouvent échos dans la population, essentiellement rurale, ce qui déclenche la « Bauernkrieg » ou Guerre des Paysans dans le Saint Empire Romain Germanique. Ses idées, et celles de Jean Calvin, de Genève, essaiment dans toute l’Europe, rediffusées par Jean Zwingli et Martin Bucer. La théologie réformée prône la toute-puissance de Dieu, sans contradiction avec la liberté, mais sous la responsabilité du chrétien. La transcendance de Dieu implique aussi la relativisation de tous les pouvoirs humains, politiques ou religieux. La religion protestante se développe aux Pays Bas à partir de 1571. Ce n’est pas une religion d’Etat, mais la loi exigeait que tout agent public soit un membre communiant de cette église. Parallèlement, des églises séparatistes comme les memnonites ou les anabaptistes, généralement non-violents et anti-militaristes se développent, puis émigrent. Ces mouvements amènent une influence puritaine qui se fait sentir et entraîne la formation de petits groupes à la piété plus intense et à la morale plus stricte.
    D’un point de vue politique, la réforme joue un rôle fondateur dans l’histoire des Pays-Bas. Son développement va de pair avec la révolte contre les Espagnols, juste avant l’indépendance du pays lors de la guerre de Quatre-Vingt Ans (1568-1648). Les Pays-Bas du Sud (actuelle Belgique et Nord de la France) restent sous influence espagnole, donc catholique. Par contre, les Pays-Bas du Nord (actuelle Hollande) devient indépendante sous obédience calviniste.
    Cette partition des Pays-Bas et l’influence d’une religion piétiste marque encore les comportements, essentiellement dans la campagne rurale et dans la discipline poche des anglo-saxons de la population, rigide et soumise à son clergé. « Quand on laisse trop longtemps des poissons rouges dans l’noir, y deviennent tout blancs ». J’aime bien cette citation du livre à ce propos.

    En primeur, le nouveau livre de Marieke Lucas Rijneveld « Mijn Lieve gunsteling » (2020, Atlas Contact, 237 p.), bientôt traduit en « Ma chère préférée » ou « My Dear Favorite » va poursuivre l’œuvre entamée avec « The Discomfort of Evening » traduit par Michele Hutchison (2020, Faber & Faber, 288 p.) ou « Qui sème le Vent », traduit par Daniel Cunin (2020, Buchet-Chastel, 288 p.) qui a été récompensé par le International Booker Prize 2020.
    Que les lecteurs du premier roman se rassurent, ils vont retrouver un vétérinaire, Kurt (en hommage à Kurt Cobain) de 49 ans, Minion, une fille de fermier (elle a maintenant 14 ans), qui a des antécédents psychiatriques. Elle a en particulier volé lors de l’attentat contre les tours du World Trade Center « Je suis l’avion, je suis le coupable ». C’était en 2001, donc cela lui fait des années à rallonge. Elle partage aussi sa date anniversaire avec Hitler, le moustachu. Un de ses frères est mort accidentellement, renversé par une voiture. Et sa mère a disparu tandis que le père est absent. Il y aura même l’épisode de la fièvre aphteuse. Toutes choses que l’on trouvait déjà dans « Qui sème le Vent ». A en juger par les relations troubles entre le vétérinaire et la fille, on peut s’attendre à une ré-écriture de « Lolita » de Vladimir Nabokov, traduit par Maurice Couturier (2001, Gallimard Folio 551 p.).

    Dès le début du livre, au chapitre 2, il nous raconte qu’il a trouvé un fermier qui s’était pendu lors de l’épidémie de fièvre aphteuse. A part cela, il a, lui aussi des problèmes qui remontent à sa jeunesse. « J’ai soudainement réalisé qu’en tant que petit garçon je n’avais jamais sauté, je suis né adulte et les adultes ne le font pas sauter les enfants ». Peut-être aussi des problèmes d’abus sexuel. Et on aura droit à la scène de rêve avec la sœur mort-née. « Un mort ne peut pas être brisé, un mort est mort, rien de plus. Celui qui reste est cassé. En mille morceaux ».
    J’en ai assez dit de l’histoire. Reste l’écriture. J’aime bien ces phrases longues selon lesquelles Kurt raconte son histoire (le problème est que cela dure 42 chapitres). Il utilise pour cela des grands blocs de texte sans paragraphe, sans lignes blanches ni indentation, parfois sans points. Mais cela ne vaut pas le splendide « Zone » de Mathias Enard (2008, Actes Sud, 516 p.).

    Publié par jlv.livres | 23 mai 2021, 11:10

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