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Notes de lecture 2017

Note de lecture : « Avis de gros temps pour Mary Lester » – Mary Lester 44 (Jean Failler)

Curieuse enquête à distance, au cœur du 36 quai des Orfèvres, pour l’atypique policière bretonne.

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Quarante-quatrième volume de la saga policière « bretonne » (au sens large) démarrée en 2002 avec « Les brumes de Lanester », « Avis de gros temps pour Mary Lester », publié en 2016 aux éditions du Palémon, permet à Jean Failler de remédier à quelques-uns des défauts les plus perturbants observés dans le (double) tome précédent, « État de siège pour Mary Lester », et de se rapprocher de la qualité plutôt heureuse du tome 40-41, « La Croix des Veuves ».

Tout justes promus après leurs exploits de l’épisode précédent, Mary Lester (désormais commandant), l’ami Fortin (capitaine) et la monumentale Gertrude Le Quintrec (lieutenant) se préparent à goûter un repos relatif dans la routine de leur commissariat de Quimper sous l’égide de l’expérimenté et bourru Fabien, lorsqu’une vieille connaissance, désormais bien installée dans le paysage de la série, se manifeste (dans le cadre du célèbre restaurant « Le Moulin de Rosmadec », à Pont-Aven – permettant à l’auteur une de ces excursions culinaires qu’il affectionne) : Mervent, conseiller spécial du président de la République, et protecteur ampoulé de Mary Lester depuis quelques succès notables enregistrés précédemment grâce à elle, a besoin de notre héroïne pour résoudre une délicate affaire parisienne, à propos de 50 kg d’héroïne ayant disparu du 36 quai des Orfèvres.

– Vous pourrez faire valoir que sa détention pour le moins arbitraire serait susceptible de créer à nouveau le buzz dans la presse si un avocat connaissant son métier décide de défendre la cause de Letanneur. Pour le moment, c’est le calme plat, faisons en sorte que cela dure. Il ne s’agit pas de se heurter à Venturini de front. En assignant Letanneur à résidence au bout du monde, nous le coupons de son milieu professionnel…
– Et ça serait où, le bout du monde ? demanda Mervent, inquiet.
S’il s’était attendu à entendre Mary prononcer des destinations exotiques comme Cayenne ou  Terre Neuve, il en fut pour ses frais :
– Bénodet ? suggéra-t-elle.
Il répéta stupidement :
– Bénodet ? Mais pourquoi Bénodet ?
Pour rester dans le dialogue saugrenu, elle aurait pu répondre « Pourquoi pas Bénodet ? », mais elle se borna à dire :
– Pour le bon déroulement de notre enquête, il serait bon que je puisse bénéficier de l’aide d’une personne qui sait comment fonctionnent les stups’ de l’intérieur.
– Et vous avez pensé à ce Letanneur, fit-il, effaré.
Incrédule, il contemplait le phénomène… On lui avait dit que le capitaine Lester était capable de tout, elle venait de prouver que sa promotion au grade supérieur n’avait pas altéré cette faculté.
Elle le fixa d’un air espiègle et dit d’une petite voix : – Oui, comme ça je l’aurai sous la main sans que personne ne le sache.

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Cette enquête offre sans doute à la lectrice ou au lecteur fidèles de Mary Lester deux satisfactions : d’une part, Fortin semble avoir arrêté la spirale d’abêtissement auquel son rôle d’éternel faire-valoir semblait l’avoir condamné dans les plus récents épisodes (et c’est un soulagement) ; d’autre part, le délicat point d’équilibre « politique », oscillant entre conservatisme des valeurs et franche réaction, que portent les principaux héros de la série semble également revenu à une atmosphère moins viciée que lors de l’épisode précédent, reprenant plus paisiblement l’antienne classique de la pourriture apportée par l’avidité, l’ambition et le calcul politique, sans les débordements quelque peu hystériques que nous avons appris à craindre parfois.

– Alors, vous allez accepter cette invitation ?
– Bien évidemment, Monsieur ! C’est comme pour la lettre, si on ne l’ouvre pas, on ne sait pas ce qu’elle contient. Pour savoir ce que me veut ce bon Ludo, il faut que j’aille dîner avec lui ! Car il a quelque chose à me demander, ce brave homme.
« Brave homme » n’était pas tout à fait le mot qui convenait pour désigner cet énarque aux desseins inavoués mais tellement prévisibles et qui, comme tous ses collègues, n’avait d’autre guide dans la vie que son ambition personnelle.

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Au titre du purement policier littéraire, cette enquête n°44 est sans doute un peu faible, et nettement trop prévisible, mais nous savons depuis longtemps que ce n’est que rarement le point central de la série de Jean Failler. Plus tristement peut-être, cette intrigue conduite « à distance » (dans un curieux écho à une lecture d’enfance, une enquête du Chat-Tigre précisément, « Télémik ou le crime de Mitou », dans laquelle le jeune héros de Serge Dalens et Jean-Louis Foncine conduisait les opérations à distance depuis le lit où son plâtre le retenait) ne permet pas l’habituelle communion avec un microcosme « breton » particulier  – que l’on songe par exemple au Saint-Malo de « La Cité des dogues » (n°8), à l’Odet des « Gens de la rivière » (n°15),au Huelgoat du « Testament Duchien » (n°18), ou encore au lac de Guerlédan de « Il vous suffira de mourir » (n°33-34)  -, particularité de ces polars régionaux à laquelle sont sans doute le plus sensibles lectrices et lecteurs, dont je continue, malgré les hauts et les bas, à faire résolument partie.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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