☀︎
Notes de lecture 2017

Note de lecture : « Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu – Mary Lester 46-47 » (Jean Failler)

Mary Lester enquête à Dinard au croisement de la haute société et du monde de la nuit.

x

mary-lester-et-la-mysterieuse-affaire-bonnadieu-tome-2-926916-264-432

Le schéma de cette nouvelle enquête (en deux volumes) de la plus attachante – malgré ses idiosyncrasies pouvant logiquement se révéler parfois agaçantes – des officiers de police opérant en Bretagne – et ce depuis maintenant 25 ans et « Les bruines de Lanester » -, parue en mars 2017 aux éditions du Palémon, a déjà souvent été utilisé par Jean Failler : un crime a lieu au sein, ou au voisinage, d’un microcosme huppé de Bretagne, et l’enquête doit composer avec les protections officieuses dont bénéficient – qu’ils les aient demandées ou non – certains privilégiés socio-économiques.

Il s’agissait ni plus ni moins de ramener de Dinard une personne que la justice de Quimper voulait entendre dans le cadre d’une mort suspecte aux abords de la ville.
Cette mission l’avait donc conduite dans une demeure patricienne de Dinard, l’une de ces villas construites à la Belle Epoque par des estivants fortunés et qu’un maire avisé avait préservées de la voracité destructrice des promoteurs immobiliers en les faisant classer.
Compte tenu des personnalités impliquées dans l’affaire de meurtre, les autorités avaient décidé d’agir avec un maximum de discrétion, et il avait été recommandé au commandant Lester, deux fois plutôt qu’une, de marcher sur des œufs et d’opérer avec la plus grande circonspection.
Ce n’était pas la première ni probablement la dernière fois qu’on lui faisait cette recommandation, si bien que « marcher sur des œufs » était devenu chez elle une sorte de seconde nature, un exercice dans lequel elle était passée maître. Assistée du capitaine Fortin, elle s’était donc présentée au domicile de monsieur et madame Bonnadieu où un domestique fort stylé leur avait ouvert la porte et les avait menés dans une vaste pièce dont les bow-windows donnaient sur l’estuaire de la Rance, avec en fond les austères murailles de Saint-Malo.
Une vue aussi magnifique qu’imprenable.
Par la porte restée ouverte, on devinait l’imposante stature du capitaine Fortin qui s’était placé en retrait.
Dans ce salon richement meublé, la frêle silhouette d’un vieillard auquel il était bien difficile de donner un âge se tenait droite derrière un bureau d’acajou dont le plateau soigneusement ciré luisait dans la pénombre.
Depuis l’entrée de Mary Lester dans la pièce, le regard de cet homme ne l’avait pas quittée. A bien l’observer, Mary devina qu’il n’était pas aussi âgé qu’il paraissait au premier abord. Des yeux noirs d’une acuité troublante vivaient seuls dans ce corps émacié, étrangement immobile.
Il fallait s’approcher pour s’apercevoir que ce monsieur était installé sur un fauteuil roulant.
Sa tête longue et osseuse se détachait sur un mur tendu d’un tissu gris bleu. Une décoration raffinée qui devait dater d’une ou deux générations car la coloration des tentures s’était éteinte. On le remarquait à l’endroit où un cadre s’était mis légèrement de guingois.
Personne n’avait songé à le replacer car un drame s’était abattu sur cette demeure où l’on n’avait plus le temps de se soucier d’un tableau de travers.

x

IMG_0064

Dans la belle ville balnéaire de Dinard (avec quelques excursions à Quimper, où Jean Failler introduit un personnage de juge d’instruction plutôt savoureux), nous retrouvons naturellement une bonne dose des clichés avec lesquels une enquête de Mary Lester joue, parfois d’un peu trop près : gendarmes maladroits et bougons, policiers complaisants ou arrivistes, malfrats bornés et pas toujours très astucieux. L’épaisseur de l’écriture ainsi produite m’a semblé comparable à celle de la précédente enquête, « Les mécomptes du capitaine Fortin », et un peu inférieure à celle de la meilleure enquête de ces années récentes, « La Croix des Veuves » (n°40-41, 2014). Il n’est évidemment pas aisé de tenir la lectrice ou le lecteur en haleine au fil d’une série aussi longue (dans un genre tout à fait différent, on sait les difficultés qu’admet rencontrer depuis un certain temps Andrea Camilleri avec son commissaire Montalbano) : si le confort moelleux des retrouvailles avec un personnage aimé fait toujours son effet (avec le cortège de petits signes de reconnaissance, tics et autres passages obligés, qui les accompagnent), il n’en reste pas moins que le risque d’une sensation croissante de déjà lu augmente avec le nombre de volumes. Jean Failler s’en sort cette fois plutôt bien, en mettant davantage en avant qu’à l’accoutumée certains seconds couteaux attachants du commissariat de Quimper, et en jouant astucieusement avec certaines réminiscences sachant rester discrètes à propos d’épisodes nettement plus anciens (il y a par exemple une certaine jubilation à revoir Mary dans un clubhouse de golf, tant d’années après « L’homme aux doigts bleus », septième volume de la série).

In fine, voici donc un Mary Lester très honorable, dans lequel le plaisir est réel, le cadre et le paysage remarquablement joués, et les saillies parfois outrancièrement réactionnaires de l’auteur limitées à un niveau largement acceptable.

x

jean-failler-pere-de-mary-lester-chez-lui-a_2464918_495x330p

Logo Achat

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :