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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Temps machine » (François Bon)

Autobiographie d’un auteur ingénieur mécanicien : dix ans d’usines dans le monde entier, et ce que ça veut dire.

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Temps machine

Publié en 1992 chez Verdier, dix ans après ses débuts littéraires, ce récit autobiographique raconte à sa manière bien spécifique les dix années de l’auteur, François Bon, entre les Arts & Métiers et sa décision de quitter l’industrie pour l’écriture, entrecoupées de quelques plongées dans l’enfance de ce fils de mécanicien et d’institutrice.

Ingénieur mécanicien, travaillant à la Sciaky, société qui reste aujourd’hui l’un des leaders mondiaux de l’ingénierie de soudure de haute technicité, le narrateur revient sur la vocation technique et mécanique, l’ascenseur social des années 70, le profond sentiment d’aliénation communiqué par la formation, la hiérarchie et l’usine, la fraternité et la camaraderie des missions difficiles, les usines anonymes dans le monde entier, le danger et les accidents du travail omniprésents, le blues progressif du technicien qui voit monter le pouvoir exclusif des financiers et des « faiseurs de vent », la fin d’un certain monde,…

Un texte qui en dit long sur l’érosion d’une certaine foi en la technique au quotidien, sur les racines de la désindustrialisation, mais aussi sur les pièges sociaux et humains qui y sont à l’œuvre, tout en constituant, en une centaine de pages, une formidable ode au métal, à la mécanique et à l’industrie comme combat avec la matière récalcitrante…

Sciaky

« Fantôme que l’école, alignement des laboratoires de chimie et de métallurgie, salles d’informatique et plus haut les dortoirs où maintenant la meute, deux mois passés, leur fichait la paix, compensant l’initiation et l »humiliation par cette intégration à une fausse république de privilèges, le sentiment d’une réussite définitive déjà jouée par l’abaissement d’abord accepté à cette comédie des visières, des deux cents hurlant leurs insultes et les tours à genoux sur le carrelage de la salle nue, mais le goût pris peu à peu des séances de cinq heures à composer sur épure d’une machine ou le calcul d’engrenages, l’écriture obligée de copies rendues noires pour exprimer même ce dégoût où on était de l’organisation sociale qu’on vous forçait à ingurgiter par le détail gestion des stocks, rentabilité et cette notion tout aussi calculable de travail masqué (on fouillait parfois dans les anciens dortoirs des moines pour lire les copies calligraphiées d’il y a un siècle, rien n’avait été jeté). »

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« Accroupi un matin à six heures dans le fond de l’armoire de puissance pour revisser la serrure de sécurité desserrée, en sueur l’épaule gauche contre les trois barres conductrices du quatre cent quarante volts triphasé, tenant d’une main la clé et de l’autre le petit boîtier de serrure et voir soudain deux mètres au-dessus de sa tête s’enclencher le triple contacteur à relais, le quart de seconde qu’il faut pour s’éjecter d’une trappe et comment ça suffit à la plus violente peur, faute de la colère qui ne vient qu’après. »

Déroutant par moments, exaltant à d’autres, ce récit touchera sans doute profondément celles et ceux qui ont (quelles qu’en soient les raisons) arpenté le sol inégal d’usines de mécanique, un peu partout, et fournira aux autres la chance paradoxale d’approcher un univers bien particulier, où le grandiose et le misérable sont étroitement associés.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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