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Notes de lecture 2018, Nouveautés

Note de lecture : « L’adolescente japonaise » (Stéphane du Mesnildot)

Arpenter les territoires de l’adolescente japonaise, impératrice des signes et de la modernité nippone.

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Alors que vient de s’ouvrir au musée du quai Branly la très belle exposition Enfers et fantômes d’Asie, dont Stéphane du Mesnildot est le co-commissaire avec Julien Rousseau (à avoir jusqu’au 15 juillet), il signe ce court essai passionnant paru en avril 2018 aux éditions Le murmure.

Avec une perspective chronologique, Stéphane du Mesnildot dévoile combien l’adolescente japonaise, «impératrice des signes», qu’elle apparaisse en tant que personnage réel ou en tant que personnage de fiction, concentre les signes qui traduisent au fil des époques les évolutions de la société japonaise : la libération de traditions ancestrales, son évolution de la tradition à la modernité et plus tard l’américanisation et l’inscription du Japon dans le système capitaliste et le règne de la marchandise.

Hiroko Yakushimaru dans « Sailor Suit and Machine Gun » de Shinji Somai (1981)

Quand on parle d’adolescente japonaise, comme Stéphane du Mesnildot le souligne au début du livre, une image ou des images assez nettes se forment immédiatement, car l’adolescence au Japon plus qu’ailleurs est un concentré de codes et de signes, avec ces jeunes filles en uniforme et portant des chaussettes montantes qu’elles collent à leurs mollets.

Stéphane du Mesnildot passionne en explorant le monde et le temps clos de l’adolescente et ses représentations dans les arts et en particulier au cinéma, une adolescente dont la reine est la shôjo, la jeune fille ou l’adolescente par opposition au shônen qui se réfère au jeune garçon, une dénomination que les amateurs de mangas reconnaîtront.

«Le terme shôjo naquit dans la foulée des écoles non-mixtes de l’ère Meiji (1867-1912) dont l’un des grands enjeux fut l’éducation des filles. Son équivalent chez les garçons est shônen mais, comme le souligne l’universitaire Tomoko Aoyama, les deux termes ne sont pas égaux et suggèrent une «différence en pouvoir», alors qu’auparavant joshi (fille) et doshi (garçon) ne concernaient que la différence de sexe. Ce pouvoir, dont on se doute qu’il donnait la préférence au garçon, va s’inverser au cours des décennies suivantes, tout au moins symboliquement.»

 

« Shara » de Naomi Kawase (2003)

Dans ce livre construit de manière chronologique, il nous raconte une véritable histoire du Japon – en traçant au passage quelques liens avec la France – et des arts japonais et en particulier du cinéma au travers de la figure de l’adolescente, depuis l’adolescente romantique au début du XXème siècle, en nous montrant les grandes composantes de la culture shôjo – communauté féminine et passage à l’âge adulte, sentiments amoureux, idée d’un paradis perdu, homosexualité, androgynie, travestissements. À partir des années 1950 l’adolescente japonaise est le révélateur d’une modernité plus radicale : nouvelle libération des corps, nouvel hédonisme avec le début de l’américanisation de la société japonaise. L’adolescente japonaise s’inscrit dans le système capitaliste avec la création de nouvelles idoles (idolu), et la marchandisation naissante des jeunes filles japonaises. Au cours de la période la plus récente, la nouvelle figure est une adolescente de l’apocalypse, beaucoup moins charmante que l’adolescente romantique du début du XXème siècle dans un début du XXIème siècle assombri par le règne du consumérisme et par la catastrophe de Fukushima.

«Ce pourrait être le dernier acte de la tragédie de la jeune impératrice : elle a échoué en tout, aussi bien en icône d’un avenir radieux qu’en rebelle finalement sans cause. Prisonnière d’un monde noirci et irradié, elle emploie ses dernières forces à briser les images de la shôjo, pour libérer ses soeurs.
En contrepoint de ce nihilisme, il faut mentionner les films de Naomi Kawase qui proposent une version plus apaisée du rapport de la jeune fille à la nature et aux traditions. Dans
Shara (2003), pendant un matsuri (fête rituelle) battu par la pluie, l’héroïne se transforme en petite guerrière éclatante de beauté et retrouve sa place dans le monde.»

Un livre fascinant qui déclenche des envies innombrables et irrépressibles de lecture et surtout de cinéma.

À propos de Marianne

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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