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Notes de lecture 2017, Nouveautés

Note de lecture : « Notre désir de tendresse est infini » (Sébastien Ménard)

Fiévreuse et somptueuse poésie du départ, en résonance avec un désir incoercible d’Est lointain.

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À un moment précis – à une période précise et pour le bien de tous – on enlèverait nos peaux synthétiques – nos peaux en coton. On enlèverait nos jeans nos cuirs tannés – nos tee-shirts équitables nos pulls en laine. On enlèverait nos pantalons nos bijoux nos baskets en silicone – à un moment précis on enlèverait nos costumes de jour nos costumes de la vie. On jetterait nos masques vides et alors ce serait la nuit – et alors ce serait la neige. Ce serait une nuit dans le blanc – ce serait dans le froid d’une de ces journées courtes et blanches – on serait à l’abri des vents – et des bruits.

Sébastien Ménard nous avait enchantés et conquis avec son « Soleil Gasoil » de 2015, folie routarde méditerranéenne placée sous le triple signe de la poussière, du carburant et de la viande grillée, bouillonnant d’une langue incomparable. Il nous revient en ce mois d’avril 2017, toujours dans la collection La Machine ronde de publie.net, avec deux ouvrages jumeaux, le deuxième, « Notre désir de tendresse est infini », se présentant comme la version déclamatoire du premier, « Notre Est lointain », qui en serait, lui, une version course-poursuite.

Alors – chacun avait fait le compte. Chacun avait retiré son argent des banques des coffres et des tiroirs. Quelques-uns avaient préféré enterrer une partie de leurs billets dans un jardin – sous cinquante centimètres de terre – dans un bocal – là : rien ne bouge. Chacun avait annoncé des kilomètres de route – des altitudes – des jours de voyage. On avait pris des bouquins des carnets des chaussures et des fringues – on était prêts. On avait entendu parler de ceux qui marchent debout sur le vent. On nous avait dit qu’un jour – tout était fini. On nous avait dit qu’il y avait des bords des ombres et des puits immondes – on savait tout ça – on était prêts. On avait voulu aller jusqu’au bout – dans chaque direction – casser des murs des barrières – des barbelés. On avait voulu montrer que tout était là – entre nous – entre nos mains – là – juste là.

 

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Atmosphère fiévreuse et exaltée des grands départs, désirs puissants d’horizon, de bitume et de sentier forestier encore inconnu, appel furieux d’un Est moins précisé ici que dans son volume compagnon de route, abandon de convenances qui n’en devient pas pour autant une fuite, vers des oiseaux ivres ou autres : Sébastien Ménard communique cela au plus intime, et distille avec véhémence une contagion d’une force rarissime. La tentation étonnante de construire ainsi deux recueils jumeaux, qui se répondraient dans une même intention, mais avec une langue et des angles différents, atteint parfaitement son objectif : cette déclamatoire avouée, très vraisemblablement conçue pour la voix (il faudra venir écouter l’auteur chaque fois que possible, par exemple le mercredi 14 juin prochain à partir de 19 h 30, à la librairie Charybde) résonne encore plus fort ici avec la liturgie urgente écrite par moments par Saint-John Perse, celui d’ « Anabase » et peut-être plus encore celui de « Vents ». Certains appels à prendre la route s’entendent bien comme des cris insurrectionnels, comme de véritables appels aux armes, et celui-ci en fait certainement, à son étrange manière fervente, partie.

L’homme avance et marche lent – régulier dans sa tenue d’homme seul – nuls lampadaire foyer ni feu allumés là pour guider cet homme ou même un autre – personne pour l’observer le suivre furtif et silence – personne pour l’attendre là en vérifiant que le bois ne manquera pas.

 

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Un lecteur, un libraire, entre autres.

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