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Notes de lecture 2016

Note de lecture : « Un homme est tombé » – Navajo Police 12 (Tony Hillerman)

Escalades dans la Réserve navajo, et résurgences de disparitions dix ans plus tôt.

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RELECTURE

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Publié en 1996, traduit en 1998 chez Rivages par Danièle et Pierre Bondil, le douzième volume de la saga policière navajo de Tony Hillerman nous projette assez vivement dans un après-Leaphorn – le « Lieutenant légendaire » ayant désormais pris sa retraite -, sans doute plus rapidement que ce que nous laissait supposer « Les clowns sacrés », où il venait de prendre Chee au sein de son unité spéciale. Celui-ci, désormais lieutenant intérimaire – principalement pour plaire à Janet Pete – est donc le seul policier navajo demeurant protagoniste principal du récit.

Chee étouffa un bâillement. La journée avait été longue et fatigante et cette entrevue avec Leaphorn, aussi utile qu’elle eût été, n’avait rien d’un moment de détente. Chee avait accumulé trop de souvenirs des instants de tension où il avait tenté de se montrer à la hauteur des attentes exigeantes de son supérieur. Il faudrait un bon moment avant qu’il puisse se détendre en sa présence. Une vingtaine d’années y suffiraient peut-être.

Tony Hillerman introduit au centre de ce roman un thème jamais encore directement utilisé jusqu’ici : si les fouilles scientifiques et les vols et dérives archéologiques avaient déjà constitué le moteur de plusieurs épisodes de la saga, c’est la première fois que le tourisme et les loisirs – sous la forme de l’escalade de haut niveau, à laquelle plusieurs sommets de la réserve sont particulièrement propices, et notamment Ship Rock, héros géologique de « Un homme est tombé » – occupent la position centrale dans la confrontation plus ou moins feutrée entre les modes de vie navajos et la domination socio-culturelle anglo-américaine qui prévaut hors de la Réserve. La réglementation très sourcilleuse mise en place par l’administration tribale, qui ne délivre généralement qu’au compte-gouttes les permis de campement et d’ascension aux passionnés ou aux simples curieux, joue ainsi un rôle essentiel, non seulement dans l’orchestration de la tension culturelle, mais, de plus d’une manière, dans l’enquête elle-même, que Chee (et Leaphorn !) vont conduire parallèlement à une autre, portant sur d’importants vols de bétail.

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– En plus, il faut avoir un truc en train pour que le boulot soit intéressant. Y a un gars bien précis que j’essaie de coincer. La plupart de ces voleurs de bétail sont des « crève-la-dalle ». Des gens qui n’ont plus d’argent pour se nourrir, ou qui ont une traite à payer, et ils vont se choper une vache ou deux pour les vendre. Ou alors, sur la réserve, ils ont peut-être quelqu’un de leur famille qui est malade alors ils organisent un chant pour lui, et il leur faut un bœuf pour nourrir toute la famille qui se pointe. Ceux-là, ils m’ont jamais trop inquiété. S’ils continuent à faire ça, ils oublient toute prudence, ils se font prendre et les voisins leur en touchent un mot. Ils règlent le problème. Mais il y en a d’autres qui font ça pour en vivre. C’est de l’argent qui rentre facilement et c’est bien plus agréable que de travailler.
– Qui est-ce, l’individu que vous recherchez en particulier ?
– Si je le savais, on ne serait pas là à en parler, vous croyez pas ?
– Il y a des chances, reconnut Chee.
Il était impressionné par la faculté qu’avait son interlocuteur de se montrer insultant même quand il adoptait une attitude amicale.

Ainsi, de même que, dans « Là où dansent les morts » ou dans « Le voleur de temps », la compréhension du fonctionnement des instances scientifiques en matière d’archéologie ou d’anthropologie jouait son rôle, l’estimation des niveaux techniques nécessaires pour pratiquer certaines voies particulièrement redoutées sur le rocher sacré des Navajos devient ainsi l’un des éléments possibles d’une enquête qui repose néanmoins, comme presque toujours avec Tony Hillerman, sur la capacité de ses enquêteurs « atypiques » à opérer des rapprochements inattendus entre des faits apparemment disjoints, repoussant peu ou prou la notion de coïncidence comme hostile à la rationalité (dans le cas de Leaphorn) ou à l’harmonie (dans le cas de Chee).

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Elle se tut. Écouta. Le bruit d’un moteur de voiture entra par les vitres.
– C’était avant que les Navajos aient décrété l’interdiction des ascensions, ajouta-t-elle.
– Vous grimpez aussi ?
– Quand j’étais plus jeune. Quand Hal venait, Eldon avait commencé à lui apprendre. À Hal et à son cousin George. Des fois, je les accompagnais et ils m’apprenaient.
– Et Ship Rock ? Vous l’avez escaladé ?
Elle le scruta du regard.
– La tribu a interdit de le faire, il y a longtemps. Avant que je sois assez grande pour escalader quoi que ce soit.
Chee sourit.
– Mais il y a des gens qui le font toujours. Un certain nombre, à ce que j’ai entendu dire. Et il n’y a pas réellement de décret tribal qui s’y oppose. C’est seulement que la tribu a cessé de délivrer les permis d’ « arrière-pays ». Vous savez, les autorisations donnant aux non-Navajos le droit de s’introduire sur des terres privées.
Madame Breedlove paraissait songeuse. À travers la fenêtre leur parvint le bruit d’une portière qui claque.
– Pour rendre les choses parfaitement légales, il faudrait aller voir une personne du coin qui possède un droit de pacage s’étendant jusqu’à la base du monolithe et la convaincre de vous accorder sa permission de passer sur cette terre. Mais la plupart des gens ne prennent même pas la peine de le faire.
Madame Breedlove réfléchit à ce qu’il venait de dire. Acquiesça de la tête.
– Nous avons toujours obtenu la permission. Je suis montée une fois. C’était terrifiant. Avec Eldon, Hal et George. Je fais encore des cauchemars.

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À propos de charybde2

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