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Notes de lecture 2021

Note de lecture : « L’amour du cinéma m’a permis de trouver ma place dans l’existence » (Bertrand Tavernier)

Un exceptionnel entretien de 80 pages à propos de cinéma américain, de cinéma en général, de vie et de bien d’autres choses essentielles.

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Tavernier

Pour ouvrir la nouvelle édition d’Amis américains en 2019, la somme exceptionnelle qu’il consacre à son expérience personnelle du cinéma des États-Unis et de ses motrices et moteurs, Bertrand Tavernier a conduit une longue conversation avec Thierry Frémaux, conversation que Actes Sud a eu la bonne et généreuse idée de publier également séparément en octobre 2019 en pensant à celles et ceux qui ne souhaiteraient pas acquérir la nouvelle édition du monument originellement paru en 1993, dans sa version épuisée de 2008, reconduite à l’identique en dehors de ce post-scriptum.

Profonde érudition et cinéphilie intense, bien entendu : les marques de fabrique de la relation du réalisateur de « Coup de torchon » aux grands maîtres du western (rappelons qu’il a aussi dirigé jusqu’à son décès en mars 2021 la belle collection de western littéraire créée pour lui chez Actes Sud), aux autrices, auteurs, actrices et acteurs du film américain, à Hollywood et ailleurs, irriguent ces 80 pages de bout en bout.

Votre film Le Juge et l’Assassin est dédié à Abraham Polonsky...
J’ai eu envie de le saluer car j’avais adoré travailler avec lui quand j’étais attaché de presse. J’avais été impressionné par Tell Them Willie Boy Is Here (Willie Boy, 1969) et la manière dont il captait de manière synthétique l’essence d’une situation historique, politique et sociale au travers d’une œuvre qui était d’abord un film de poursuite et d’aventures. Voilà une qualité propre au cinéma américain mais qu’il aiguisait, allant sans pathos au cœur des émotions.
Même si ce goût pour l’Histoire, on le sent chez des gens comme Becker, Ophuls, Grémillon ou le Renoir du Crime de Monsieur Lange (1936) qui brasse des tas de personnages, j’ai été marqué par ce cinéma qui respire, qui évoque les pionniers, les classes populaires. J’admire chez Ford qu’on se souvienne de la moindre silhouette dans un plan large ou du forgeron de She Wore a Yellow Ribbon (La Charge héroïque, 1949) : un personnage qu’on découvre fugitivement et qu’on retrouve ensuite au bar en sachant parfaitement qui il est. Quand j’ai commencé à réaliser, j’avais envie de conjuguer ce que j’aimais de ce grand cinéma, cette emprise sur le monde, sur le décor, l’Ouest de Ford et de Daves mais aussi les rues de Losey ou Polonsky avec ce qui venait du cinéma français des années soixante, caméra légère, pellicule ultrasensible, décors naturels, des plans filmés à l’épaule, son direct.

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Mais à travers les anecdotes personnelles et les incises qui renvoient déjà au contenu de l’ouvrage principal, Bertrand Tavernier livre aussi d’importants pans de son âme de spectateur insatiable curieux, qui n’est jamais très loin, par delà les spécificités de chaque art, d’une âme de lectrice ou de lecteur. Sa manière de « relire » notamment, humble et progressive, sa manière aussi de tenir compte des jugements extérieurs tout en poursuivant un sillon qui lui demeure toujours propre, entrent certainement en résonance avec beaucoup de pratiques s’étendant largement en dehors de la seule cinéphilie. Nous touchant ainsi par plusieurs angles parfois inattendus, ces 80 pages sont à la fois précieuses pour elles-mêmes et pour tout ce qu’elles donnent à désirer et à espérer.

La cinéphilie à la française n’a jamais été avare de généralités sur tel ou tel cinéaste…
On veut trop trouver de la cohérence tout le temps, on aime parfois la déceler dans des films qui se suivent alors que, parfois, un cinéaste peut revenir un jour à quelque chose présent au début de son oeuvre. Godard avait mis le doigt là-dessus quand il disait que découvrir Man of the West (L’Homme de l’Ouest, 1958) l’amenait à revoir The Tin Star (Du sang dans le désert, 1957) et des films antérieurs sous-estimés d’Anthony Mann. C’est un exercice auquel on devrait se livrer régulièrement. Cela demande une certaine humilité car il n’est pas facile d’avouer ses erreurs. Moi, je suis passé à côté de pas mal de films, de pas mal de réalisateurs…
… comme qui ?
William Wyler, par exemple. Il est l’un des grands absents de ce livre parce que je n’avais pas vu certains de ses films. Je l’ai rencontré deux fois mais je ne connaissais pas assez son travail. Il n’était pas à la mode, il n’était pas montré à la Cinémathèque. Alors ses films des années trente furent une grande découverte, hélas trop tardive.

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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