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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Inju : La bête dans l’ombre » (Edogawa Ranpo)

L‘enquête policière d’un écrivain, parsemée d’érotisme latent et de fascinants jeux de miroirs.

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ranpo
Le narrateur de «Inju : La bête dans l’ombre», auteur de romans policiers comme l’auteur, à moins que ce ne soit l’auteur lui-même, se lie d’amitié et tombe sous le charme de Shizuko Oyamada, l’épouse belle et envoûtante d’un riche homme d’affaires. Au fil de leurs échanges, tandis que ses désirs inavouables envers une femme mariée grandissent, elle l’appelle à l’aide, ayant eu dans sa jeunesse une aventure avec un jeune homme qui ne lui a jamais pardonné de l’avoir quitté et qui, l’ayant retrouvée, la maintient dans la terreur avec des menaces de mort.

Son ancien amant est devenu lui aussi un auteur célèbre et énigmatique de roman policiers, dont personne ne connaît l’identité réelle. On comprend néanmoins que cet écrivain misanthrope, qui porte le nom de plume de Shundei Oe, écrit des romans diamétralement opposés à ceux du narrateur, puisqu’il est toujours du côté du criminel.

ranpo«Je m’interroge assez souvent sur la nature de mon métier.
Je crois qu’au fond, il existe deux types d’auteurs de romans policiers : ceux qui sont du côté du « criminel » et ceux qui sont du côté de « l’enquêteur ». Les premiers, même s’ils sont capables de mener une intrigue serrée, ne trouvent leur bonheur que dans la description de la cruauté pathologique du criminel, tandis que les seconds au contraire, n’y attachent aucune importance ; seule compte à leurs yeux la finesse de la démarche intellectuelle de l’enquêteur.»

Shizuko reçoit des lettres extrêmement détaillées et menaçantes de Shundei Oe, démontrant que, de façon inexplicable, il surveille et connaît le moindre de ses actes. Tout en succombant au charme pervers de la belle Shizuko, le narrateur utilise sa connaissance des romans de Shundei Oe et ses capacités de déduction pour tenter de démêler les fils de cette intrigue machiavélique.

Publiée en 1928, cette célèbre novella d’Edogawa Ranpo (anagramme rendant hommage à Edgar Allan Poe) déroule, sous la forme d’une confession ultérieure teintée de culpabilité et d’incertitude quant à une complicité involontaire, le fil de cette intrigue policière mêlée d’horreur et d’érotisme, magistralement construite et subtilement complexe.

«C’est avec la fascination et les émotions d’un véritable assassin qu’il réalisait ses phantasmes sanglants au fil des pages. Ses livres laissaient au lecteur un arrière-goût malsain et il y avait quelque chose de diabolique dans ce froissement de soupçons, de secrets et de cruautés. Au détour d’un chapitre, on pouvait par exemple lire l’inquiétant passage que voici :
« Le jour viendrait où il ne pourrait plus se contenter de simples romans. Dégoûté du monde et de sa médiocrité, il avait trouvé dans l’écriture un refuge où déployer les fastes de son imagination. C’est pour cela qu’il était devenu romancier. Mais désormais, même les livres provoquaient en lui un profond ennui : par quel nouveau stimulant échapper au spleen ? Le crime, il ne restait que le crime. Devant ses yeux blasés s’imposa la vision d’un monde où seul restait le frisson suave du crime ».»

Pour acheter ce livre (éditions Picquier) chez Charybde, c’est ici.

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À propos de Marianne

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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