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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Qu’est-ce que le contemporain ? » (Giorgio Agamben)

De quoi est fait un authentique « regard contemporain » ?

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Agamben Contemporain

Publiée en 2008, traduite en français la même année chez Payot / Rivages par Maxime Rovere, cette leçon inaugurale du cours donné par Giorgio Agamben à l’université IUAV de Venise en 2005-2006 constitue une nouvelle occasion de se familiariser, comme avec son « Qu’est-ce qu’un dispositif ? » de 2006, avec la manière dont le penseur italien fonctionne dans ses recherches et dans ses quêtes philosophiques.

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Pour répondre à la question  » De qui et de quoi sommes-nous les contemporains ? », le philosophe part des « Considérations inactuelles » de Nietzsche, qu’il enchaîne habilement au somptueux poème « Le siècle » écrit par Ossip Mandelstam en 1923, puis qu’il fait résonner, avec cet éclectisme qui le caractérise souvent (comme Michel Serres dans une approche philosophique pourtant bien différente), par rapport aux cellules de l’œil humain permettant la perception de l’obscurité en tant que telle, avant d’opérer un riche et surprenant détour par la mode, l’histoire de l’art et celle de la littérature, concluant avec Michel Foucault et Walter Benjamin par une forme d’hommage indirect à l’approche indicielle (et donc de facto au Carlo Ginzburg de « Mythes, emblèmes, traces »).

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La contemporanéité est donc une singulière relation avec son propre temps, auquel on adhère tout en prenant ses distances ; elle est très précisément la relation au temps qui adhère à lui par le déphasage et l’anachronisme. Ceux qui coïncident trop pleinement avec l’époque, qui conviennent parfaitement avec elle sur tous les points, ne sont pas des contemporains parce que, pour ces raisons mêmes, ils n’arrivent pas à la voir. Ils ne peuvent pas fixer le regard qu’ils portent sur elle.

Agamben21

(…)

Seul peut se dire contemporain celui qui ne se laisse pas aveugler par les lumières du siècle et parvient à saisir en elles la part de l’ombre, leur sombre intimité. Avec ceci, nous n’avons pas encore tout à fait répondu à notre question. Pourquoi le fait de réussir à percevoir les ténèbres qui émanent de l’époque devrait-ils nous intéresser ? L’obscurité serait-elle autre chose qu’une expérience anonyme et par définition impénétrable, quelque chose qui n’est pas dirigé vers nous et qui, par la même, ne nous regarde pas ? Au contraire, le contemporain est celui qui perçoit l’obscurité de son temps comme une affaire qui le regarde et n’a de cesse de l’interpeller, quelque chose qui, plus que toute lumière, est directement et singulièrement tourné vers lui. Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps.

Quarante pages de questionnement philosophique ferventes et passionnantes.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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