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Notes de lecture 2022, Nouveautés

Note de lecture : « L’avenir » (Catherine Leroux)

Dans un Fort Détroit abandonné des puissants, où les enfants perdus retournent aux forêts des parcs municipaux, de nouvelles solidarités s’inventent dans la tourmente, en une vraie fête du langage.

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Leroux

Je ne peux que vous inviter à vous précipiter dès que possible sur cet excellent roman de la Québécoise Catherine Leroux, publié chez Asphalte en janvier 2022 (après une première publication au Canada chez Alto en 2020).

Pas de véritable note de lecture pour l’instant, car ce pas de côté légèrement science-fictif ou uchronique (qui a pour cadre déliquescent un Fort Détroit qui ressemble au Detroit d’aujourd’hui mais qui ne l’est pourtant pas tout à fait, très malicieusement) fait l’objet d’un petit article de ma part dans Le Monde des Livres, numéro du jeudi 31 mars daté du vendredi 1er avril 2022 (et non, ce n’est absolument pas un poisson), à lire ici.

Dans le salon, elle se lève de son lit de fortune. Il existe encore certainement un matelas plus convenable que ce canapé souillé et défoncé, à l’étage. Mais Gloria n’arrive pas à se résoudre à y monter. Dans la rue, les lampadaires sont tous morts ; l’obscurité est lourde comme l’eau d’un puits. Bien qu’elle ne distingue pas grand-chose, elle est certaine qu’il y a du mouvement, dehors. Une sorte de froissement de l’espace, un soubresaut dans le temps lisse de la nuit. Les chiens errants aboient. Elle pense au conseil qu’Eunice lui a donné, au sujet de l’arme à feu. Elle pense à toutes les histoires qu’elle a entendues sur Fort Détroit et à celles qu’elle n’a pas entendues. Ces récits, quand on commence à y prêter attention, se suivent comme des foulards sortis de la manche d’un magicien. La ville des révoltes, des faillites, des injustices et des balles perdues, la ville des mauvais sorts, des pyromanes, des esprits frappeurs. Gloria appuie les mains très fort contre la vitre, comme pour leur bloquer le passage.
De l’autre côté de la rue, une maison délabrée semble tousser dans le noir. Un couinement fuse, qu’elle prend d’abord pour un rire aigrelet, mais qui pourrait bien être un grincement. Puis le silence revient napper la nuit. Ce n’était sans doute rien d’autre qu’une poutre qui s’affaisse, des vestiges qui lâchent prise. Là d’où elle vient, on donne des noms aux maisons, et une fois baptisées, elles ne s’écroulent pas, ne se vident pas. Comment elle s’appelle, celle-ci ? se demande-t-elle en écoutant les craquements qui dégringolent de l’étage. Mais elle se bouche vite les oreilles. Elle ne veut pas entendre la réponse des fantômes.

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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