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Note de lecture : « Okuribi » (Hiroki Takahashi)

Une adolescence japonaise, des jeux presque innocents jusqu’au-delà des limites. Saisissant.

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Okuribi

Ayumu, un jeune garçon, a déménagé avec sa famille dans un hameau situé entre les montagnes, dans une région reculée du nord de l’île de Honshu. Les mutations fréquentes de son père conduisent Ayumu à changer souvent d’école mais celui-ci ne lui en tient pas rigueur : timide mais socialement habile, il s’adapte toujours avec facilité. Il est d’autant plus heureux de ce changement car, après avoir habité à Tokyo, il peut enfin disposer d’une chambre à lui seul dans la maison familiale proche d’Hirakawa.

« Fin mars, lui et ses parents avaient quitté leur tour d’habitation à Tôkyô avant le lever du soleil et, à bord de la voiture du père, ils avaient pris l’autoroute vers le nord pendant au moins huit heures. Il était midi passé lorsqu’ils étaient sortis de l’autoroute. Plus ils avançaient sur la route nationale, plus les habitations et les magasins se faisaient rares. Ici et là au bord de la chaussée subsistaient des tas de neige. Une fois dépassée la station-service, avec ses deux uniques pompes au pied de la montagne, on ne voyait plus défiler que des forêts. Ils avaient traversé plusieurs tunnels, franchi plusieurs cols, monté et descendu des chemins sinueux, et peu à peu Ayumu n’avait plus su à quel niveau de la montagne ils se trouvaient. Des forêts vierges que les hommes n’avaient pratiquement pas touchées se succédaient, et il était difficile d’imaginer que des gens vivaient au-delà de cette chaîne de montagnes. »

Hiroki Takahashi qui a reçu le prestigieux prix Akutagawa élabore une ambiance singulière dans ce livre, formidablement rendue par la traduction fluide de Miyako Slocombe, une vague inquiétude qui imprègne cette histoire située dans le Japon rural, où montagnes, rizières, délicatesse des descriptions des paysages et des traditions côtoient, d’emblée, la violence et le sadisme des jeux adolescents.

Scolarisé dans le collège municipal dans une classe de seulement douze élèves, Ayumu n’a pas vraiment la liberté de choisir ses amis, dans cette classe qui ne compte que six garçons. Il n’a d’autre choix que de se lier avec Akira, meneur de la bande impulsif et autoritaire, dont les divertissements pervers à base de jeu de cartes (hafanudu) ciblent souvent un autre garçonnet, Minoru.

« Ayumu fut réveillé en pleine nuit par un mauvais rêve. Son pyjama et ses draps étaient trempés de sueur. Il avait vu deux cartes noires alignées sur le béton ; lorsqu’il les avait retournées, un lotus et un prunier étaient apparus. C’était donc à lui de regarder l’au-delà, et on lui donnait une corde jaune fluo. La corde en plastique serrait progressivement son cou. Voilà ce qu’il avait vu en rêve. »

L’ambiance paisible de la famille d’Ayumu, les flocons d’esthétisme et de nature fondent progressivement au contact du dérèglement des jeux d’Akira, de la cruauté et de la violence qui semble s’accentuer avec le passage des saisons. Hiroko Takahashi apparaît avec ce roman comme un virtuose du malaise, dissimulant l’enfer dans ce récit au départ anodin.

Publié en 2018, Okuribi, sous-titré Renvoyer les morts est le premier roman de Hiroki Takahashi publié en français par les éditions Belfond (2020).

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À propos de Marianne

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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