☀︎
Notes de lecture 2012

Note de lecture bis : « Six photos noircies » (Jonathan Wable)

Les enquêtes de deux chasseurs de mystères aux mobiles obscurs. Un recueil fascinant.

x

six photos noircies

Imaginez que Jorge Luis Borges vous prenne par la main et qu’il vous emmène voir les tableaux de Jérôme Bosch de l’intérieur. Voilà ce que j’ai ressenti en lisant «Six photos noircies» de Jonathan Wable, un roman publié en Mars 2013 aux éditions Attila (maintenant disponible au Tripode).

x

«On ne sait pas grand-chose des vies de Valente Pacciatore et Tirenzio Perochiosa.»

Le lecteur n’en saura pas grand-chose de plus, et devra faire appel à son imagination. Valente Pacciatore et Tirenzio Perochiosa, les deux protagonistes de ce livre, sont deux savants, un biologiste et un médecin, deux esprits rationnels passionnés d’exploration et de savoir. Leurs noms ont des consonances italiennes mais ce sont deux apatrides, d’origine allemande et suisse. Leurs vies sont mal connues et, comme elles, tout le roman va être enveloppé dans un voile de mystères.

Ces deux hommes, dont l’histoire nous est ici racontée bien des années plus tard, ont consacré leurs vies à l’étude de ce qui est appelé les zones les plus obscures de la nature humaine et animale ; dans quel but enquêtent-ils sur ces phénomènes obscurs, paranormaux ? Va-t-on le découvrir ? Pas sûr.

Caspar_David_Friedrich_-_Two_Men_Contemplating_the_Moon

© Caspar David Friedrich

Ces quêtes – on peut même dire ces enquêtes car ils sont comme deux détectives qui chercheraient à résoudre des énigmes étranges – les entraînent dans les endroits les plus divers et parfois les plus reculés de notre planète, dans une période qu’on devine être au tournant du XXème siècle, quelque part entre 1880 et 1920.

Valente et Tirenzio adoptent tous les deux une approche scientifique, ils font des recherches, se documentent de façon très poussée, au cours de ces quêtes pour lesquelles ils prennent tous les risques pour leur santé ou même pour leur vie. Et, l’un deux, Valente, pour garder une trace de ce qu’il voit, prend toujours six photos de ses découvertes, uniquement six. C’est sans doute une contrainte technique de son appareil photo, mais là encore, on n’en est pas sûr.

«Six photos noircies» a la forme d’un roman-nouvelles rassemblant vingt histoires dans des lieux autour du monde. Certains lieux sont facilement identifiables, Lisbonne, Manaus ou Lomé, mais la localisation d’autres endroits demeure mystérieuse. Valente et Tirenzio se rendent en ces lieux à cause des phénomènes étranges qui s’y déroulent, meurtres en série, disparitions, rumeurs. Chimères, écureuils démoniaques, histoire de cape enchantée, conservateur de musée réducteur de tête, vers géant dévorant les femmes de l’intérieur, inquiétante créature du fleuve, les histoires légendaires, innommables ou poétiques de «Six photos noircies» en évoquent bien d’autres, telles le chien des Baskerville ou la bête du Gévaudan.

The corpses of the brothers De Witt, on the Groene Zoodje at the Lange Vijverberg in The Hague, 20 August 1672

© Jan de Baen

À travers chacune de ces histoires, chaque lieu, un monde et un imaginaire nouveau se développe sous nos yeux, et fait ressentir ce plaisir mystérieux et cette fascination que peuvent procurer l’étrange ou l’horreur.

«Valente Pacciatore était assis depuis presque une heure dans la taverne de « la Tête Noire », l’une des plus vieilles d’Ottawa, Ontario. La queue de Castor qu’il avait commandé marinait dans du sirop d’érable. Il n’y touchait pas, elle restait posée, intacte, sur un coin de la table.
En quatre mois, il avait constitué un dossier complet, mais il était maintenant dans une impasse. L’étude des archives de la région lui avait permis de lister cinquante-sept disparitions inexpliquées durant les trois dernières années. Les plus récentes s’étaient produites pendant son séjour ; l’une d’elles à Brousseville le six novembre, un vieil homme encore en bonne santé ; une autre à Hawkesbury quarante-deux jours plus tard, une énorme femme d’une quarantaine d’années ; la dernière aux alentours du dix-sept janvier à Huntsville, un jeune homme de vingt-cinq ans.
Sa seule piste était celle d’un trappeur qu’il avait rencontré dans un bar à Toronto. Caché dans un arbre, cet homme avait, semblait-il, aperçu une ombre un soir de grand froid. Elle traversait lentement la forêt, une faux à la main.» (Squallow Wood)

Jonathan Wable n’a pas encore trente ans et pourtant son écriture montre une maîtrise impressionnante. Tout en restant très sobre, son univers donne l’impression qu’il a vécu dans cette époque fascinante entre 1850 et 1920, qu’il a côtoyé Darwin, Mary Shelley, H.G. Wells, Jules Verne, et même Franz Kafka, qu’il a connu la mode de la taxidermie et des chimères embaumées de la deuxième moitié du XIXème siècle. Et, enfin et surtout, il a un extraordinaire talent de conteur.

Ce qu’en dit superbement mon ami et collègue Charybde 2 sur ce blog est ici.

Jonathan Wable était l’invité de Charybde en avril 2013 pour le lancement du livre, et on peut le réécouter ici.

Pour acheter ce livre chez Charybde, c’est par là.

JWPortrait

 

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

Discussion

2 réflexions sur “Note de lecture bis : « Six photos noircies » (Jonathan Wable)

  1. C’est très, très, très alléchant !

    Publié par celina | 4 avril 2016, 19:07

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Note de lecture : « Six photos noircies  (Jonathan Wable) | «Charybde 27 : le Blog - 4 avril 2016

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :