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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Au bord de la mer violette » (Alain Jaubert)

Sur un thème pourtant prometteur (les chemins croisés de Conrad et de Rimbaud à Marseille), un semi-ratage.

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au bord de la mer violette

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Publié en 2013 chez Gallimard, ce quatrième texte littéraire du réalisateur de la formidable série « Palettes » proposait un projet très intéressant, en évoquant une rencontre fictionnelle, mais parfaitement possible, à Marseille en 1875, entre les jeunes Arthur Rimbaud et Joseph Conrad, tous deux alors de passage dans la cité phocéenne, puis une évocation de l’agonie de Rimbaud hospitalisé dans la même ville en 1891, et de la nostalgie de Conrad, à nouveau de passage, au soir de sa vie en 1921.

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Las, le beau projet, manquant cruellement de la capacité spéculative d’un Pierre Bayard, par exemple, est gâché par une réalisation trop plate, qui ne parvient que par trop brefs instants à décoller de l’énumération fastidieuse de mots et de lieux, de la (légère) mise en fiction d’éléments puisés dans la correspondance des deux auteurs, largement connue. Si les 100 premières pages, en 1875, donnent espoir, évoquant joliment la naissance de la vocation maritime de l’écrivain d’origine polonaise, devant le spectacle endiablé du Vieux Port, l’écho des toutes premières navigations, et le trouble choc imaginaire ressenti à la lecture des quelques vers d’ « Une saison en enfer » tombés du carnet défraîchi du jeune Ardennais en rupture de ban, la suite hélas s’enfonce (comme je ne suis pas d’humeur particulièrement charitable aujourd’hui, je mentionne l’un des exemples fort agaçants dans un texte reposant beaucoup sur sa documentation : Conrad dissertant doctement en 1875 sur les puces du rat ayant amené jadis la peste à Marseille, puces dont le rôle de vecteur ne sera découvert qu’en 1898 par Paul-Louis Simond)  : la mise en scène des dernières semaines du poète, en 1891, après son amputation à l’hôpital de la Conception, soit ne fait que reproduire sans grande inventivité des données directement issues de la correspondance publiée, soit, échouant à imaginer les ressorts secrets du Voyant, étale à plaisir un délire macabre qui ne rend guère justice à quiconque.

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Gravure-Marseille-1875-Port1

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La nostalgie de la dernière partie, Joseph Conrad âgé remettant pour la première fois les pieds à Marseille, trois ans avant sa mort, reprend pied, mais n’apporte pas assez à ce qui est déjà connu par la correspondance de Conrad, et seul le passage évoquant la genèse de la trilogie indonésienne et le personnage de Tom Lingard donne de la grâce à la fin de ce texte.

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Dommage, donc, mais voilà un texte qui m’a semblé échouer face à son but.

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Dessin-Arthur-Rimbaud_lightbox

On lui préférera largement la paradoxale poésie et l’information contenues dans les correspondances publiées des deux écrivains, ou, plus audacieux, le « Rimbaud à Java » de Jamie James, publié chez le Sonneur, et si joliment présenté par Zoé Balthus chez Charybde le 3 avril dernier.

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Le dessin ci-contre provient de l’exposition « Rimbaud mania » ayant eu lieu à Charleville – Mézières et à Paris en 2010.

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conrad

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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