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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Dressing » (Jane Sautière)

Souvenirs de vêtements : compagnons, abris et traces de notre présence au monde.

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Dressing

Dès son titre, ce troisième livre de Jane Sautière, paru en 2013 aux éditions Verticales, évoque la mémoire des penderies et des vêtements qui les peuplent, avec ce mot dressing associé aux années soixante lorsqu’il fut adopté dans la langue française pour remplacer un garde-robe sans doute passé de mode.

«Ouvrir une armoire comme on ouvre un livre.»

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Jane Sautière ne nous parle pas de mode ici, mais de souvenirs de vêtements fragmentaires et épars, futiles et essentiels, avec ces habits qui semblent être les cailloux blancs de la mémoire.

© Abbas Kiarostami, Sleepers

© Abbas Kiarostami, Sleepers

«Il m’arrive souvent de rêver à d’anciens vêtements, je vais et viens dans ces histoires peu cohérentes avec des habits que je croyais oubliés.
Ils me paraissent être tout autant moi-même que ma peau, mes cheveux, mes ongles. Finalement, ils tombent dans l’oubli et les poubelles, déchus ou usés, de la même façon qu’on jette les rognures d’ongles ou la pelote des cheveux que la brosse a arrachés.
J’ouvre ce dressing sur les temps confondus, hier et maintenant. Bizarrement, il n’y a pas de futur, je ne pense pas au prochain vêtement, c’est lui qui surgira, qui viendra me chercher. Ni besoin, ni envie.»

Souvenirs de cette tante en costume bigoudène, témoignage d’une époque où la vie paysanne, s’écoulant au rythme des saisons et du travail de ferme, semblait presque immobile, souvenirs de son père insensible à la mode, de l’étrange beauté des toilettes de sa mère en expatriation, ces fragments mémoriels des armoires de famille rendent hommage aux émotions dont on charge les étoffes, et qui ressurgissent en même temps que le souvenir de ceux qu’on a côtoyé et aimé.

© Christian Boltanski, Personnes

© Christian Boltanski, Personnes

«Les toilettes de ma mère me paraissaient parfaites, d’une très grande élégance. Les tailleurs à longues basques soulignant la ligne du corps, les chemisiers en crêpe boutonnés dans le dos, la robe en tulle appliquée de motifs en velours, celle en toile rayée à larges bretelles, les pantalons corsaires, les robes de cocktail qu’elle ne portait que lorsque nous étions à l’étranger, dans cette vie d’Occidentaux expatriés si éloignée de notre existence en France, j’avais l’impression que ma mère se transformait en citrouille lorsque nous rentrions.»

Vêtements lié à l’éclat d’un souvenir ou d’une humeur, comme cette robe en mousseline bleue dans la moiteur d’une adolescence à Phnom Penh, tee-shirts qu’on croit insignifiants mais qui s’avèrent parfois irremplaçables, habits qui jouent le rôle d’abris ou de logements, de cuirasses contre le vent, le froid ou la chaleur, lorsqu’il faut réapprendre à s’habiller sous un nouveau climat : les vêtements sont cette écorce avec laquelle, de la naissance à la mort, on se frotte au monde.

«Une robe en cuir marron glacé. Pourquoi cet achat, aux puces de Saint-Ouen ? Jamais portée ou presque pas. Il y avait quelque chose d’étrange dans cette façon d’être enveloppée de cuir, je manquais d’air. À moins que j’aie cherché à m’envelopper dans une peau de vache, pour avoir l’air d’une jolie fleur.»

Nouvelle fragmentation d’un lieu commun, Jane Sautière ouvre les portes et tiroirs de sa penderie mémorielle, dans ce livre d’une force discrète, qui se fait au fil des pages sensuel, intime ou distancié.

Jane Sautière était l’invitée de la librairie Charybde en octobre 2015 pour fêter la parution de «Stations (entre les lignes)», et vous pourrez bientôt réécouter l’enregistrement de cette soirée ici.

Pour acheter ce livre chez Charybde, c’est par là.

Sautière

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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