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Notes de lecture 2022, Nouveautés

Note de lecture : « Léawald » (Dov Lynch)

Incarnée en une conductrice de 4 x 4 pour les Casques Bleus maintenant un fragile cessez-le-feu dans Paris en proie à la guerre civile, la beauté mystérieuse de l’héroïsme humain et intime.

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Léa plonge, saisit l’homme par le bras, repousse des pieds contre le fond de la piscine et remonte à la surface.
Le monde explose. Un maître-nageur sur le bord de la piscine crie et lui fait signe de s’approcher.
Léa tient l’homme entre ses bras et bat des jambes pour rester à flot. Le corps de l’homme est léger. Sa peau, caoutchouteuse. Il est vieux.
Elle ne s’approche pas du bord de la piscine.
La tête de l’homme repose contre son épaule. Ses yeux sont bleus mouchetés de gris. Il a une coupure de rasoir sur la joue gauche, près de l’oreille.
– Par ici !
Elle imagine l’homme un peu plus tôt ce matin-là. Il se rase devant le miroir, la radio est allumée, la nuit est noire à la fenêtre, il écoute vaguement les nouvelles et ressent la légèreté de ceux qui se réveillent avant la ville qui dort encore. À l’aube tout le monde est pionnier.
Le visage du maître-nageur est rouge.
À travers le haut-parleur de la piscine, une femme ordonne aux nageurs de sortir de l’eau, un accident a eu lieu, tout le monde doit quitter le bassin immédiatement.
Un téléphone sonne quelque part dans le bâtiment.
Léa bat des jambes et porte l’homme contre elle. La peau de l’homme est froide contre la sienne mais elle ne ressent ni dégoût ni peur. Elle éprouve quelque chose qui n’a ni forme ni nom, qui n’a jamais été là et qui l’habite maintenant.
Léa regarde le mur en brique qui surplombe le bassin. L’horloge indique sept heures dix-neuf.
Elle entend la voix d’une femme dans les escaliers qui mènent au bassin. « Il est mort », dit la femme.
Léa serre l’homme contre elle et bat des jambes.

D’être presque le simple témoin d’un malaise mortel dans un piscine municipale, fût-ce témoin impliqué dans une vaine tentative de sauvetage, à devenir l’accompagnateur d’un cercueil humainement et politiquement précieux, il y a un pas de géant que nul ne devrait avoir à franchir à la légère. Oui, mais voilà, les circonstances sont ici un peu particulières : Paris est coupée en deux par les ramifications d’une rébellion désormais coagulée à l’échelle nationale, et une mission de l’ONU est déployée pour tenter d’obtenir et de faire respecter de sporadiques cessez-le-feu, le long de la Seine et des périphériques, entre tirs d’artillerie, de roquettes, de mortiers et salves fréquentes d’armes légères. Dans ce chaos devenu presque originel, alors que règnent l’impossibilité de comprendre et les cibles changeantes, Léa va pourtant incarner, sous les bombes de moins en moins métaphoriques et dans les rues faussement familières désormais d’une capitale française ô combien piégeuse, une figure rare pour laquelle l’humanité et la décence doivent l’emporter en toutes occasions.

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Léa frappe à la porte et entre dans le bureau.
L’officier fume une cigarette à la fenêtre.
C’est neuf mois plus tard, Paris est scindée en deux, la rive droite est passée hors du contrôle du gouvernement. Une mission internationale de stabilisation a été déployée le long de la Seine. Il est interdit de fumer à l’intérieur.
L’officier s’approche de Léa. Ils se serrent la main. La main de l’officier est chaude. Ils s’assoient, l’officier en face de Léa, derrière le bureau.
– Je m’appelle Timo, je suis grec, dit-il en souriant. Je sais, ce n’est pas un secret.
Il parle français avec un accent.
– C’est Lejla, non, le prénom sur votre carte d’identité ?
Léa acquiesce.
– Vous préférez Léa ?
– C’est comme ça que les gens m’appellent.
– C’est un plaisir de vous rencontrer, Léa.
– Pareillement.
Léa connaît l’officier grec de vue. Ils ne sont pas si nombreux sur la base. L’officier est affecté au Bureau politique et travaille directement avec le chef de la mission. On dit que c’est un espion. Les gens disent beaucoup de choses.

Dov Lynch nous avait déjà montré deux fois, dans « Mer noire » en 2015 puis dans « Hauts-fonds » en 2018, sa capacité rare à plonger dans les confins et les ruines d’une civilisation européenne oscillant encore et toujours entre la fragmentation microcellulaire et l’impérieuse mise en forteresse, que ce soit dans un Caucase bien contemporain ou dans des frontières austro-balkaniques de fin de deuxième guerre mondiale. Écrivant directement en français, ce diplomate irlandais, spécialisé dans les questions internationales de défense, nous offre, avec ce « Léawald » publié en février 2022 aux éditions du Sous-Sol, un formidable pas de côté, particulièrement bien armé pour agir à la fois en révélateur et en fixateur. Jouant en discret virtuose de l’atmosphère déliquescente des guerres civiles et des pré-apocalypses brutalement transférées chez nous (plutôt que dans les lointains confins irakiens, afghans, maliens ou centrafricains), là où Jérôme Leroy inscrivait la poésie profonde de son « Vivonne » et Jean Rolin l’ironie douce-amère de ses « Événements », transmutant les reportages de l’Anne Nivat de « Bagdad zone rouge » pour en faire une matière digne de l’Enki Bilal du « Sommeil du monstre », Dov Lynch crée pour nous une Antigone qui pour n’être ni à Thèbes, ni à Kandahar, ni à Beyrouth, nous rappelle en beauté que l’héroïsme intime demeure une chose mystérieuse, et que nous sommes toutes et tous plus près que nous le croyons, toujours, de ces traducteurs afghans laissés derrière lorsque vient le reflux.

Léa faisait partie de ce qu’on appelait le personnel national, embauchée sur un contrat local. Cela signifiait qu’elle était moins bien payée que le personnel international et qu’elle resterait dans le pays lorsque la mission se terminerait. Ils étaient huit dans l’équipe des conducteurs, tous originaires de Paris. Ils conduisaient les 4 x 4 qui emmenaient les officiers de la mission internationale en patrouille. Les officiers, eux, venaient de toutes les régions du monde. De ce que Léa avait pu comprendre, ils passaient d’une mission à une autre sans particulièrement se soucier du pays dans lequel ils travaillaient. Les salaires étaient élevés et non imposables, et c’était une façon de voir le monde.
Après le premier mois les 4 x 4 avaient été renforcés pour résister aux tirs et aux mines. Ils pesaient près de trois tonnes maintenant. Les patrouilles sortaient en convois de deux véhicules à la fois pour une durée de cinq heures. Ils travaillaient six jours par semaine, avec un jour de repos. Léa dormait dans une chambre sur la base quand elle était de service. Elle était la seule femme de l’équipe. Travailler pour la mission était dangereux mais c’était bien payé. Surtout, elle aimait conduire les 4 x 4. Fabriqués en Afrique du Sud, ils étaient lourds, inconfortables, difficiles à manier, et c’était ce qu’elle aimait, leur poids, les relents de diesel, l’inconfort du casque et du gilet pare-balles qu’elle portait à tout moment.

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Discussion

Une réflexion sur “Note de lecture : « Léawald » (Dov Lynch)

  1. Pour compléter sur les steppes

    « La Horde d’Or » de Marie Favereau (2014, Editions de la Flandonnière, 240 p.) narre l’histoire de Gengis Khan, et des descendants de son fils qui sont venus au XIIIème siècle depuis le lac Balkhach, jusqu’à la vallée du Danube. La cour des khans nomades, autour de la Horde d’Or. Les Huns, ou les Tatars, Ouzbeks, Kazakhs, Russes, Ukrainiens, Mongols pour les autres.
    L’auteur, Marie Favereau est maître de conférences en histoire à l’Université Paris Nanterre. Elle a est associée à l’Université d’Oxford pour le grand projet « Nomadic Empires ». Ses livres incluent La Horde d’Or et le sultanat mamelouk et le roman graphique Gengis Khan. Cette question des empires nomades et centrale à la création des systèmes de gouvernance de l’Asie centrale. Il faut bien comprendre que ces empires ont régné depuis l’antiquité classiques (les Scythes) à nos jours (les Oïghours), soit globalement de l’an 400 à nos jours. Ils ont donc structuré cette région, avec un esprit nomade qui va à l’encontre d’une société établie et fixée.
    Ces empires nomades, originaires d’Asie centrale ou intérieure, ont été des nomades, excellents cavaliers pour la plupart, qui ont traversé les steppes eurasiennes. On signale que, en plus du roman de Marie Favereau, il existe une version en bande dessinée « Gengis Khan et l’empire Mongol », superbement illustrée par Laurent Seigneur et Julie Poincot (2020, Petit à petit Editions, 64 p.). Cet ouvrage raconte, de façon romancée, la vie du jeune Temiüjin, 9 ans, fils du chef Yesügei. Vers 1200, il vient de se fiancer alors que son père va être assassiné. A lui donc d’apprendre à survivre seul et de faire naitre en lui l’âme d’un chef ? Il se fera ensuite nommer Gengis Khan avant de devenir un fin stratège doublé d’un guerrier impitoyable. En quelques décennies, il unifie les peuples des steppes, puis ses héritiers étendent l’empire de la Chine à l’Europe. C’est un peu rapide en si peu de pages pour raconter l’histoire complexe de la conquête de l’empire Mongol, qui se déroule sur environ un siècle de Gengis Khan jusqu’à son petit-fils Kubilai Khan. Ce dernier deviendra le premier empereur de la dynastie Yuan en Chine. Pour comparer, à cette époque en 1200, c’est le règne de Saint Louis, des croisades et des constructions des cathédrales, puis de la guerre de Cent Ans avec les anglais. On en profitera pour regarder les splendides photos de Jacques Raymond, photos actuelles de paysages et habitants qui illustrent le livre.
    De fait, ce projet fait partie d’un projet soutenu par l’UE (European Research Council), consacré aux « Empires Nomades » (Nomadic Empires) coordonné par Pekka Hämäläinen de la Faculté d’histoire de University of Oxford. Ce projet, à hauteur de presque 2 millions d’euros a déjà fourni « Lakota America: A New History of Indigenous Power » de Pekka Hämäläinen (2019, Yale University Press, 544 p.) qui fait suite à « The Commanche Empire » du même auteur (2009, Yale University Press, 512 p.), traduit par Frédéric Cotton en « L’Empire Comanche » (2016, Anacharsis, 640 p.). Donc une double histoire, des Comanches tout d’abord, un sous-groupe des Shoshone du Wyoming, avant qu’ils ne descendent plus au Sud jusqu’aux territoires du Nord du Mexique. Les Lakhotas, par contre sont un sous-groupe des Sioux, qui ont vécus au Canada, Dakota du Nord et Dakota du Sud, plus à l’intérieur autour de la vallée du Missouri. Il est vrai que ce sont deux livres d’un historien renommé, qui écrit l’Histoire. Oubliées les plumes et les chasses aux bisons. C’est la création d’un monde nomade, mais profondément politique, avec ses lois et son organisation diplomatique.
    C’est la même démarche suivie par Marie Favereau. Non pas qu’il n’y ait pas des hordes de barbares qui déferlent sur un Moyen Age encore dans les limbes de la civilisation. Gengis Khan, c’était au temps du gothique et des cathédrales. Mais ces populations, essentiellement nomades, se déplaçaient avec leurs « tentes à parois de feutre » (yourtes) mobiles. Elle est composée de 3 à 5 murs en général. Ceux-ci sont en treillage orange, tous de la même dimension et courbes. Leur nombre détermine la dimension de la yourte, résultant en une surface au sol de 15 à 30 m2 environ. Deux poteaux centraux, de couleur orange eux aussi et richement décorés de motifs symboliques, supportent un cercle de bois qui sert de faîte au sommet de la yourte. Le cercle de bois est relié aux murs par toute une série de lattes de bois qui forment le plafond. t De couleur orange également, ils restent visibles à l’intérieur de la yourte. Toute la structure de bois, l’ensemble des murs en treillage, des poteaux centraux, du cercle et des lattes du plafond, est recouverte d’une couche de feutre dont l’épaisseur varie en fonction de la saison. La forme ronde évoque la voûte céleste, les piliers centraux symbolisent l’axe cosmique, soit la liaison entre la terre et le ciel, base de toute pratique spirituelle.
    Le feu est placé au centre de cette représentation de l’univers. C’est le premier élément que l’on installe lors du montage de la yourte. La croyance veut qu’un cercle de malheur doive toujours être situé entre deux cercles de bonheurs préside à la fabrication du poêle. Placé sur 3 pierres ou 3 cercles de métal, symbolisant le père, le mère et la belle-fille, mère des héritiers. Le feu est donc un élément fortement rattaché à la femme, qui est chargée de son entretien. C’est le symbole général représentant la croissance éternelle, la richesse, et le succès. Les trois langues de flammes symbolisent le passé, présent, et futur.
    Retour au livre proprement dit, en 8 chapitres, après introduction et épilogue. On voit tout d’abord les différents groupes nomades, parcourant les steppes asiatiques à la fin du XIéme siècle.il y a là les Tatars, Kereit (corbeaux en kazakh) entre les rivières Orkhon et la Kerulen, avec les Naïman plus à l’Est. Cela tombe bien, Toghril (Ong Khan), le chef des Naïman est frère de sang de Yesügei, le père de Temiüjin, qui n’est pas encore Gengis Khan. Les Mongols, envoient en Rus’ de Kiev une ambassade qui est massacrée, ce qui déclenche les hostilités. La bataille de la Kalka, près de la mer d’Azov6 marque le début des invasions mongoles vers l’Ouest dans cette région en Europe. Il existait donc bien d’autres populations nomades avant l’arrivée au pouvoir du grand khan. On découvre aussi que l’expansion initiale des Mongols est la volonté de Genghis de soumettre les autres peuples nomades. Voire de les unifier sous sa bannière, les détachant des pouvoirs voisins.
    La conquête de l’Ouest par Jochi et ses armées en résulte, qui scellera l’éviction du fils ainé de Genghis à la tête de l’Empire. Selon les traditions mongoles, le fils ainé est envoyé le plus loin de sa famille afin de combattre, Jochi se retrouve ainsi à conquérir la Hongrie, à l’extrémité ouest des steppes. C’est de là qu’il acquiert son titre de successeur de Gengis Khan. A nouveau c’est son fils cadet Batu qui est désigné pour lui succéder, à la place d’Orda, l’ainé. Mais ceux-ci font alliance et les deux princes vont fonder deux ailes placées sous leurs commandements respectifs. La Horde (grand khan) est dirigée par Batu. Et sur ses côtés, la partie Ouest devient la horde bleue (kök orda) sous le commandement direct d’Orda et à l’Est, la horde blanche (ak orda), dirigée par Batu. Il faut bien voir que le mot Horde dérive du mot turc « orda » qui désigne une structure socio-politique ainsi que militaire. Ce ot a ensuite été assimilé à une horde ou groupes de brigands et pillards qui parcouraient les pays en dévastait tout sur leur passage.
    Le système politique de la Horde commence à prendre forme. Caractérisé par une fidélité aux principes mis en place par Genghis Khan. Une certaine autonomie est laissée aux différentes hordes constituantes l’« ulus », ainsi que des innovations pragmatiques aux populations sédentaires soumises. « Mais si le khan était une figure de proue, chaque régime était un pouvoir collectif. Les ulus de Jochi, les ulus de Tolui et tous les autres ulus étaient gouvernés conjointement ». C’est ainsi que des otages issus des élites sédentaires sont invités à côtoyer les cours mongoles, où on leur apprenait à gouverner et à obéir, pour qu’ils puissent agir en qualité de vassaux une fois rentrés chez eux.
    Mais cet ordre et dispositions paisibles ne durent pas, provoquant la rupture définitive de l’ulus de Jochi avec le reste de l’Empire mongol. La guerre de succession du grand khan (1260-1264) oppose les deux frères, d’une part Arigh Böke soutenu par Berke Khan, nouveau souverain de la dynastie jochide, et de l’autre, Kubilaï, soutenu par Hulagu, chef des Toluides. Les Jochides doivent s’adapter et s’allier aux ennemis des Toluides, les Mamelouks. La conversion de Berke ainsi que l’islamisation progressive de la Horde ont certainement facilité les rapports entre Jochides et Mamelouks.
    Le système économique « qubi » basé sur la circulation des prisonniers-marchandises au sein de l’Empire est remplacé par un commerce lucratif de la fourrure, globalement depuis les Pays Baltes et le Nord, et du sel. Le tout accompagné d’un système de taxation complexe et efficace. C’est une nouvelle route commerciale qui se dessine, allant de la Volga au Caire en passant par Constantinople. « Le commerce n’était pas destiné à bénéficier personnellement au khan mais plutôt à assurer la santé de l’empire et le bien-être du peuple – une santé qui se mesurait autant financièrement que spirituellement, car la circulation était intimement liée au système de croyance mongol ». On retrouvera plus tard cette route dans « Les Livres de Jakob » de Olga Tokarczuk traduit par Maryla Laurent (2018, Editions Noir sur Blanc, 1040 p.).
    Puis vient, de façon bizarre un long extrait du témoignage de Francesco Pegolotti, un marchand florentin ayant traversé la Horde au début du XIVe siècle. Réminiscences (?) du « Livres de Jakob ».
    Hélas, la peste noire vient tout gâcher, importée en 1326 par les troupes mongoles qui assiègent le port de Caffa, actuelle Théodosie, en Crimée sur la mer Noire, tenu par des marchands génois.
    On s’aperçoit à la lecture du livre que Gengis Khan n’avait aucun intérêt à être le pilleur et brigand tel qu’on a bien voulu le décrire. Au contraire, sa période (1260-1360), globalement de règne correspond à ce qu’on a pu décrire comme une « Pax Mongolia », ce qui est en partie faux, car calquée sur la « Pax Romana ». C’est une période de stabilité relative, mais d’échanges importants qui ont façonné toute cette partie de l’Asie-Europe de l’Est.
    Les chefs nomades ne se sont pas sédentarisés et n’ont pas adopté la culture de leurs sujets tout en oubliant la leur. A partir de la conversion de Berke à l’islam et lors de la promotion du soufisme, la Horde a permis à l’islam de se développer, sans imposer ses dogmes à l’Europe.
    On retiendra aussi le concept de civilisation nomade qui fonctionnait sur le commerce et l’échange de cadeaux. Et où un peuple de cavaliers contrôle même les colonies européennes, par exemple les ports de Gênes et de Venise sur la mer Noire. Tout comme le disait le ministre Yelu Chucai à Ogodei Khan, le premier successeur de Gengis Khan : « Vous pouvez conquérir un empire à cheval, mais vous ne pouvez pas le gouverner à cheval ». C’est par cette coutume de l’échange et du dialogue nomades se sont imposés. « Lorsqu’ils sont appelés à régler des différends, les juges du khan respectent généralement les lois locales, y compris les lois coutumières slaves et islamiques ».
    En résumé, le livre d Marie Favereau est un vrai livre d’Historien. Loin d’être une accumulation de dates ou de batailles, comme souvent, il aborde la vie de ce peuple nomade, à travers la Horde d’or dirigée par Jochi. Celle-ci s’étendait de l’Ukraine, la Bulgarie, la Moldavie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et la Russie. Il est vrai que le livre et surtout centré sur sa partie occidentale. Mais le fait est que cet empire était dirigé depuis leur troupes à cheval, ce qui n’est pas rien sur cette étendue. Pour cela une infrastructure de courrier, les « yams » a été mise en place qui informaient régulièrement la capitale. Ce réseau de yams utilisait les systèmes fluviaux. Il comprenait des charrettes tirées par des animaux, des cavaliers et un réseau de communication secret doté de messagers de confiance. Sur place, on a fait confiance à une administration, issue de l’élite locale, et formée dans la capitale. C’est particulièrement vrai pour la Russie où les mongols ont préféré Moscou et le clergé orthodoxe russe au Rus de Kiev. La politique étrangère mongole était flexible et basée sur la notion que l’ennemi de mon ennemi est mon ami.

    Publié par jlv.livres | 16 août 2022, 09:27

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