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Notes de lecture 2022, Nouveautés

Note de lecture : « Nos futurs solidaires » (Collectif)

Un recueil décisif pour rappeler que la science-fiction, tout en étant fort lucide, peut dépasser la contemplation morbide – et désormais largement récupérée par le spectaculaire marchand – des lendemains qui déchantent, et recommencer à alimenter un principe Espérance.

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Solidaires

Pas de note de lecture proprement dite sur le blog pour ce magnifique recueil, puisqu’il fait l’objet d’un article de notre part à lire dans Le Monde des Livres du jeudi 19 mai 2022 (daté du vendredi 20 mai), ici.

Pour saluer encore cette belle initiative du Laboratoire des Solidarités de la Fondation Cognacq-Jay, on ajoutera donc seulement ici quelques notes de bas de page à propos de ce travail paru en mars 2022 aux éditions ActuSF, coordonné par Ariel Kyrou, dont on ne rappellera jamais assez combien son « ABC Dick » (récemment réédité après une impressionnante refonte presque de fond en comble) et son « Dans les imaginaires du futur » sont précieux et salutaires.

Man Pitak n’aime pas qu’on la présente ainsi. Agrégèz, c’est un métier civil, un gagne-pain. Sa vocation est au plus près des corps et des esprits, dans le soin et l’accompagnement. Man Pitak se dit gadézafè, d’autres la disent quimboiseuse, voyante, rebouteuse. Mais elle ne formule rien, elle tient sa place.
L’infirmière-cheffe vient se loger près d’elle, debout contre la paroi du pod.
(Michael Roch, « Les vies de Man Pitak »)

Dans la lignée du recueil « Nos futurs » paru précédemment également chez ActuSF, et, d’une autre manière, des deux recueils thématiques récents de La Volte, « Au bal des actifs (Demain le travail) » et « Sauve qui peut (Demain la santé) », celui-ci m’a semblé encore enrichi par une fort intelligente trouvaille, inhabituelle mais particulièrement heureuse ici, consistant (comme je le mentionne rapidement dans l’article du Monde) à proposer quatre mini tables-rondes toutes les 3 ou 4 nouvelles, dans lesquelles une partie des autrices et des auteurs s’entretiennent avec Ariel Kyrou et avec des membres du Laboratoire des Solidarités pour éclairer certaines des perspectives ouvertes par ces solidarités science-fictionnelles, mais aussi certaines conditions de leur écriture et de leur production, allant ainsi singulièrement au-delà de l’apport plus traditionnel d’une préface ou d’une postface.

Les fictions de Nos futurs solidaires ne sont pas des utopies, ou du moins jamais totalement. « L’affection » de Régis Antoine Jaulin pourrait certes faire figure de curieuse farce utopique, mais ce serait pour le coup la conséquence d’un clin d’oeil de l’histoire : son scénario de propagation d’un virus, non pas du covid-19, mais d’empathie, est paru dans sa première version en novembre 2018 dans le troisième numéro de la revue Visions solidaires pour demain. Et son utopie, pour peu qu’on puisse qualifier ainsi son récit en cinq témoignages aussi drôles que contrastés, sonne parfois de façon grinçante.
Y a-t-il en revanche des dystopies parmi les quatorze nouvelles de l’anthologie ? Pas vraiment non plus. Les scènes d’interrogatoire de « Reliance », la nouvelle de Sabrina Calvo, ont certes quelque chose de glaçant. L’atmosphère y est pesante. C’est pourtant de l’hôpital un peu cassé qu’elle décrit et grâce à d’étranges « nanites », bio-puces issues de la nanotechnologie qui ont été implantées dans les yeux de son personnage Tirésias, que naît la magie collective et elle aussi mystérieuse des « Jours Heureux ».
Ces deux nouvelles de Régis Antoine Jeulin et de Sabrina Calvo, et sans doute plus encore celle de Ketty Steward qui clôt le volume, « Six faces d’un même cube », montrent à quel point l’utopie et son ombre la dystopie se dissolvent pour le meilleur dans ce que l’on pourrait appeler selon le terme du chercheur Yannick Rumpala des « prototopies » du futur. Des exercices de narration et de pensée où le lecteur se projette comme pour explorer des possibles pour demain, naviguant sans cesse entre les deux polarités de l’utopie et de la dystopie. Les quatorze fictions de Nos futurs solidaires prennent acte d’un contexte écologique, social et politique aux humeurs de catastrophe, mais non sans clés de réinvention d’un autre type de société, basée peut-être sur des valeurs moins productivistes, plus proches de l’économie sociale et solidaire. Quoi qu’il en soit, leurs histoires portent des imaginaires non pas détachés mais profondément intriqués dans notre réel, même lorsqu’elles s’appuient sur des révolutions technologiques ou vitales qui nous semblent pour le moment impensables, inconcevables. Par les folies d’une empathie virale, d’une capacité subite de guérir par le regard ou d’identités numériques aussi vivantes et reliées que certains humains rencontrés parfois sur le terrain des initiatives de solidarité, ces oeuvres de fiction nous offrent d’autres façons de regarder et d’agir sur notre monde dès à présent.
(Ariel Kyrou, in Introduction de l’ouvrage)

Un recueil qui donne aussi envie de lire et relire les autres textes de leurs participantes et participants, qui sont, pour mémoire : Li-Cam (« La map d’Iris »), Régis Antoine Jaulin (« L’affection »), Audrey Pleynet (« Entrer en résonance »), Chloé Chevalier (« Les déroutés »), Vincent Borel (« L’enfant de Thérapie »), Catherine Dufour (« Bootz change de mode »), Anne-Sophie Devriese (« Auxi' »), Philippe Curval (« Baobab City »), Sabrina Calvo (« Reliance »), Michael Roch (« Les vies de Man Pitak »), Léo Henry – qui a hélas été victime d’une petite omission dans la version papier de l’article, mais qui sera normalement bien présent dans la version finale en ligne (« Un jour, tout ceci sera à toi »), Norbert Merjagnan (« De nos corps inveillés viendra la vie éternelle »), Sylvie Lainé (« Éligibles ») et Ketty Steward (« Six faces d’un même cube »).

Nous aurons la joie de retrouver une partie de cette belle équipe le 16 juin prochain à Ground Control, (81 rue du Charolais 75012 Paris) pour une table-ronde et une célébration de ces « Futurs solidaires ».

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