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Notes de lecture 2021, Nouveautés

Note de lecture : « Nicolas Poussin » (Hugo Pernet)

Poèmes énigmes, ironies bienveillantes, condensés de corrosion écrits comme mine de rien : l’étonnante écriture de Hugo Pernet est de retour.

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négligé du lacet
blanc sur le plancher
du salon

les jeunes femmes
se font belles et j’admire
l’intention

les hommes
croient jouer selon
leurs propres règles

leurs gestes comme
des nuages chargés de pluie

chacun se préoccupe
de la beauté

des filles qui s’essaient
au skateboard à la silhouette
des arbres

quand le ciel est aussi
transparent
qu’un rêve d’hirondelle

Dans le poème « Nicolas Poussin », qui conclut en lui donnant son titre ce recueil de cinq textes, publié chez les impressionnantes éditions Vanloo (auxquelles on doit, par exemple, les remarquables « Milieu » de Adrien Lafille, « La mesure de la joie en centimètres » d’Arno Calleja, ou encore « Trois crimes » d’Amélie Lucas-Gary) en juillet 2021, il ne sera pas question du peintre français originaire des Andelys (1594-1665) : l’art de Hugo Pernet (que l’on avait pu découvrir chez le même éditeur en 2019 avec l’étonnant, déjà, « Suites logiques ») ne se laisse à aucun moment enfermer par une indication qui serait comme trop donnée. De même, la tendresse malicieuse, aux limites de l’ironie bienveillante, qui se dégage de « La poésie chinoise », au titre lui aussi en forme de discrète devinette, permet à ses flèches néanmoins acérées d’accentuer un trouble, un chemin de quête demeurant mystérieux. Et comment rendre compte de « Un nuage blanc », ouvrant le recueil et traitant notamment, là aussi aux confins du paradoxe, d’une photo dénudée jetée sur Instagram depuis l’Italie et vue ailleurs ?

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images

petits seins
(sous le pull blanc)
petites fesses et
petite bouche

des notes
dans un carnet

Artiste plasticien célébré (on pouvait encore tout récemment admirer son dernier travail à la galerie Valentin, à Paris), Hugo Pernet conduit son exploration poétique dans un jeu subtil de mises en résonance inattendues et de mystères diaphanes qui n’en demeurent pas moins coupants. « Perles de bois » est ainsi peut-être le plus subtilement emblématique des cinq poèmes proposés ici, avec sa rêverie apparente sur la beauté personnelle et sur l’identité afférente, devenant presque brutalement politique au détour inattendu d’une strophe pourtant presque bucolique. Nappes de brumes champêtres suggérant une toxicité à peine effleurée, souvenirs d’enfance nimbés de non-dits et de suppositions secrètes, minces touches de réel jetées sur le songe, ou insondables vengeances de la pelouse que ne renierait certainement pas, dans un tout autre secteur pourtant du spectre poétique, un Richard Brautigan : comme le très bref « Poème sans titre » disposé au centre du recueil, Hugo Pernet use à merveille du puissant pouvoir de suggestion de ses mots à l’agencement faussement innocent.

une pie sur le dos
du cheval
voyage au bout du champ

la montagne se promène
dans le ciel

le linge sèche
au soleil

un autre jour
la pie arpente
les pelouses fraîchement tondues

les enfants jouent
avec un escargot

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Discussion

Une réflexion sur “Note de lecture : « Nicolas Poussin » (Hugo Pernet)

  1. encore un cadeau pour noel

    « Paradis » de Abdulrazak Gurnah

    « Paradis », c’est bien, un titre court, de Abdulrazak Gurnah, Tanzanien, récent prix Nobel en 2021, traduit par Anne-Cécile Padoux (2021, Denoël, 384 p).
    « D’abord, le garçon. Il s’appelait Yusuf ; il avait quitté brusquement sa famille dans sa douzième année ». Ce sont les premières phrases. Non sans ressemblance avec le « Appelez-moi Ismaël » qui entame « Moby Dick » de Herman Melville traduit par Philippe Jaworsky (2006, Gallimard, La Pléiade, 1456 p). On rentre directement dans l’histoire. Surtout que celle-ci se passe en Tanzanie, bien que Abdulrazak Gurnah se réclame comme étant de Zanzibar.
    Abdulrazak Gurnah est né sur l’île de Zanzibar, il appartient à une communauté arabe, donc musulmane, persécutée. Il part à 18 ans pour l’Angleterre, change de langue en passant du swahili à l’anglais, langue de son écriture. Il obtient un doctorat à Université of Kent avec une thèse « Criteria in the Criticism of West African Fiction ». Une dizaine d’ouvrages publiés, dont trois traduits, qui traitent tous de ses thèmes préférés : l’appartenance, le déracinement et les migrations, suite au colonialisme, que de la mémoire.
    « Paradis » narre l’histoire de Yusuf, sans être forcément un roman d’initiation, ni de voyage. Il y a bien ces deux thèmes, mais en fond de roman, il y a la décolonisation, quoique l’histoire se déroule dans un Tanganika encore colonie allemande, donc avant 1914. Elle se termine d’ailleurs sur le départ des allemands « La colonne de marche était encore visible lorsqu’il entendit un bruit comme le verrouillage des portes derrière lui dans le jardin. Il a jeté un coup d’œil tour rapide puis courut après la colonne avec les yeux en feu ».

    A lire l’histoire de Yusuf, soit Joseph, ou Yosseph, on retrouve très vite l’histoire du prophète, telle qu’est décrite dans les 111 versets de la sourate 12 du Coran. Dans la Genèse, Joseph est le fils de Jacob, tout comme ses 11 frères. Brave petit garçon, très beau et aimé de son père. On peut lire les deux versions, en vo ou sous-titrée. Pour les puristes, on peut aussi lire l’histoire en Hébreu. C’est un peu plus corsé car Al-Aziz se traduit en Putiphar, et Zouleïkha, sa femme devient la non-moins célèbre Madame Putiphar, dont Pétrus Borel fit le sujet d’un des premiers « roman frénétique » en 1839. Republié dans la superbe collection « La Bibliothèque Noire » éditée par Régine Desforges (1972, Régine Desforges, 440 p), avec par la suite des étonnants titres « Le Nécrophile » de Gabrielle Wittkop (1972, Régine Desforges, 168 p) ou « Pauliska ou la perversité moderne » de Jacques-Antoine de Révéroni Saint Cyr (1976, Régine Desforges, 203 p).
    Trêve de romantisme exacerbé, Dieu, le tout puissant, que ce soit celui de la Bible ou du Coran, lui fait faire un rêve, qu’il raconte ensuite à son père. « Ô mon père ! J’ai vu, en rêve, onze étoiles, et aussi le soleil et la lune ; je les ai vus prosternés devant moi ». Jacob lui demande de garder ce rêve secret pour ne pas accentuer la jalousie de ses frères. Mais ceux-ci sont tout de même jaloux et l’emmènent au puits pour l’y jeter en espérant qu’on le trouve et qu’on le vende comme esclave. Ils prirent un habit de Joseph et égorgèrent une chèvre de leur troupeau pour faire semblant qu’un loup les avait attaqués et qu’il avait dévoré leur petit frère. Au lever du Soleil, une caravane qui se dirigeait vers l’Egypte s’arrête pour puiser de l’eau du puits. Joseph s’agrippe au seau et est remonté
    Pris par Al-Aziz, un proche des Pharaons, Joseph se retrouva esclave. Sa beauté tellement époustouflante aiguillonne la femme d’Al-Aziz qui le désire. Une fois qu’elle lui courait après, elle l’attrape par la chemise (dans le dos, c’est important). Les autres femmes de la ville furent invitées pour voir à quel point Youssef était beau. Elles le décrivent comme un ange Noble, en oubliant les couteaux dans leurs mains, si bien que quelques-unes d’entre elles se coupèrent les doigts (et non la langue). Pour récompenser Joseph et le libérer des tentations, le Dieu tout-puissant lui pardonne et met Joseph en prison. Par la suite toute la famille de Joseph rejoint l’Egypte et, à leur arrivée, ils trouvèrent Joseph assis sur le trône car Pharaon lui a donné le commandement de l’Égypte et qui leur dit : « Entrez en Egypte en toute sécurité ».
    Bref, tout est bien qui finit presque bien puisque Joseph meurt à 110 ans. Thomas Mann fournit cependant une explication à la légèreté de Madame Putiphar dans « Joseph en Egypte » traduit par Louise Servicen (1980, Gallimard, L’Imaginaire, 518 p) en suggérant que Al Aziz était en fait eunuque. Ce qui coupe court à toute velléité amoureuse.
    Cette histoire est importante dans les trois religions, chrétienne, musulmane et judaïque car elle relie la chronique d’Abraham, d’Isaac et de Jacob en Canaan à l’histoire ultérieure de la libération des Israélites de l’esclavage en Égypte.

    Par ailleurs, le livre est plein d’allusions explicites à Bartleby dans la nouvelle éponyme d’Herman Melville « Bartleby » traduite par Michèle Causse (2012, Flammarion, 201 p). C’est l’histoire d’un employé qui commence à travailler dans un bureau, puis refuse d’effectuer diverses tâches, puis tout son travail, et enfin décide de rentrer chez lui en disant à chaque fois « I would prefer not to » (Je préférerais ne pas). C’est ainsi que Aziz reprend souvent la phrase « Je ne sais pas » en haussant les épaules avec indifférence ».
    Pour en revenir à « Paradis », la narration suit d’assez près celle de la sourate « Yusuf », c’est pourquoi j’ai préféré la mettre en introduction. C’est bien sûr, beaucoup plus romancé, et transposé entre un Zanzibar musulman et un Tanganika plutôt hindou, avec des caravaniers égyptiens et musulmans. Pourquoi ce titre de « Paradis », simplement parce que pour le jeune Yusuf, c’est l’espoir de voir autre chose, tout content que son père (Ba) lui offre de partir séjourner quelques temps chez son oncle Aziz. Sauf que ce n’est par un séjour, mais une vente, et que l’oncle ne l’a jamais été. Mais il est souvent question d’appeler oncle, un homme en relation avec la famille. J’ai moi-même été désigné ainsi plusieurs fois en Inde, invité par des collègues, en famille et présenté ainsi aux enfants. Cela évite des ronds de jambes.
    Donc c’est tout d’abord l’émerveillement du jeune garçon qui découvre son pays. « C’était à cette époque qu’il avait aperçu deux Européens sur le quai de la gare – les premiers qu’il eût jamais vus. Il n’en avait pas eu peur tout d’abord. Il venait souvent là regarder les trains entrer bruyamment et majestueusement en gare, et il attendait le moment où ils s’ébranlaient au signal du maussade chef de gare indien, muni de son fanion et de son sifflet ». Par opposition, la maison familliale lui semble terne et étriquée, mangée par les termites. « Lorsque Yusuf frappait les piliers, ils rendaient un son sourd et creux, et il en sortait des miettes granuleuses de bois pourri. Quand il criait famine, sa mère lui disait de manger des termites ».
    Arrive l’oncle Aziz « C’est aussi à cette saison qu’Oncle Aziz venait les voir. Ses visites étaient brèves et espacées. Il était habituellement accompagné d’une suite nombreuse de porteurs et de musiciens. […]. Il emmenait souvent avec lui des joueurs de tambour, de tamburi, de cor et de siwa ; quand le cortège entrait dans la ville, les animaux affolés s’enfuyaient et les enfants se précipitaient à sa rencontre ».
    Très vite, il découvre que son père, en fait, l’a vendu comme esclave. « Il n’éprouvait aucun remords envers ses parents ; ils l’avaient abandonné autrefois pour payer leur propre liberté, maintenant c’était à lui de les abandonner. L’aide que leur avait apportée sa captivité aurait une fin puisqu’il partirait vivre sa vie ». Il fera cependant des voyages, ou expéditions, dont certaines dans la région des lacs. L’une de ces expéditions caravanières le mène à l’intérieur des terres au nord vers le lac Victoria, vers la Kenya avec son maitre. L’expédition se trouve être un désastre, aussi bien sur le plan économique que physique. On a parlé, à propos de ces épisodes, que le roman faisait évidemment référence à Joseph Conrad dans son portrait du voyage du jeune héros innocent Yusuf d’après « Au cœur des Ténèbres » (2003, Gallimard Quarto, 1503 p). je ne trouve pas, ce seraitplus en rapport avec les premiers romans des années 30 de George Simenon, comme « Le Coup de Lune » ou « Un Crime au Gabon » ressortis sous le label de « Roman Durs » (2012, Omnibus, 1024 p).
    Il découvre le pays et la région des lacs. « Des cascades qui sont plus belles que tout ce que nous pouvons imaginer. Encore plus beau que celui-ci, si tu peux l’imaginer, Yusuf. Sais-tu que c’est là que toutes les eaux terrestres ont leur source ? Les quatre fleuves du Paradis. Ils courent dans des directions différentes, nord-sud-est-ouest, divisant le jardin de Dieu en quartiers. Et il y a de l’eau partout. Sous les pavillons, le long des vergers, dévalant les terrasses, le long des allées du bois »
    Mais Yusuf apprend à respecter son maître, le « seyyid » Aziz. « Tu ferais bien de te dépêcher d’apprendre ça, c’est important pour toi. Il n’aime pas que des petits va-nu-pieds l’appellent Oncle par-ci, Oncle par-là. Il veut que tu lui baises la main, et que tu l’appelles seyyid. Au cas où tu ne saurais pas ce que ça veut dire, ça signifie « maître ». Tu m’entends, kipumbu we, petite couille. Tu dois l’appeler seyyid ». C’est Khalil, autre jeune esclave, dans la même situation sue Yusuf, qui va l’affranchir.
    Se greffe alors sur cette histoire la convoitise de la femme d’Aziz, avec un Yusuf qui a grandi. Finies les racontars que « les bébés vivaient dans les pénis. Quand un homme souhaitait avoir un enfant, il mettait le bébé dans le ventre d’une femme, où il avait plus de place pour grossir ». Il va s’enticher de Amina, la demi-sœur de Khalil et qui tient lieu de femme de chambre de la maîtresse. Amina dernière a été adoptée par la famille de Khalil après avoir été sauvée comme esclavage, mais pour pouvoir ensuite être vendue comme une enfant mariée pour payer leurs dettes de ses parents adoptifs.
    Alors, on peut se demander pourquoi Yusuf et Amina qui disposent d’une grande maison, d’un jardin bien entretenu avec des fruits, et une nourriture abondante. Etait-cela que les autres appellent le paradis ?
    Tout d’abord, il y a la découverte du pays et la région des lacs. Et ceci lors de son expédition caravanière avec Mohammed Abdalla, le chef d’expédition¸ « mnyapara » (chef de caravane), plutôt cynique et cruel. Le paradis peut-il exister dans la réalité, demande Yusuf, avant de tomber sur une cascade et un lac probablement près du Kilimandjaro. « S’il y a un paradis sur terre, c’est ici ». Et Mohammed de poursuivre, en enjolivant. « Des cascades qui sont plus belles que tout ce que nous pouvons imaginer. Encore plus beau que celui-ci, si tu peux l’imaginer, Yusuf. Sais-tu que c’est là que toutes les eaux terrestres ont leur source ? Les quatre fleuves du Paradis. Ils courent dans des directions différentes, nord-sud-est-ouest, divisant le jardin de Dieu en quartiers. Et il y a de l’eau partout. Sous les pavillons, le long des vergers, dévalant les terrasses, le long des allées du bois ».
    L’étranger passe sa tête sous forme des Allemands qui arrivent pour faire le tri et le marchand récupère une bonne partie de sa marchandise. L’expédition est bien entendu, une catastrophe.

    Au retour de cette expédition ou « Voyage à l’intérieur du pays » comme tête de chapitre, Yusuf, maintenant un bel adolescent, prend conscience qu’il est un esclave et qu’il a peu de chance de s’échapper. Mais Khalil lui présente les deux épouses de l’oncle Aziz. Toutes deux convoitent Yusuf mais ne sont pas autorisées à quitter la maison derrière le jardin. Yusuf commence à rêver d’évasion. On retrouve le thème du « Jardin Clos » titre du premier chapitre du roman. Ce sera alors « Le Bosquet du Désir ». C‘est beau jardin clos qui appartient à Aziz, et est en grande partie interdit à Yusuf. C’est la cage dorée réservée aux femmes d’Aziz, soit Zuleïkha et Amina. Pour la première, c’est en quelque sorte une façon de se guérir d’une défiguration faciale. « Elle dit que tu es un beau garçon. Elle vous regarde dans ses miroirs dans les arbres lorsque vous vous promenez dans le jardin. Avez-vous vu les miroirs ? ». La guérison par le prophète, bien que cela ne soit pas dit explicitement.
    A la découverte de l’étranger, qui tout d’abord, fait peur et inquiète. Il faut dire que l’épisode de l’expédition au Lac Victoria ne rassure pas. « Yusuf avait entendu dire que les Allemands pendaient ceux qui ne travaillaient pas assez dur. Aux plus jeunes ils se contentaient de couper le nez. Les Allemands n’avaient peur de rien ; ils agissaient comme bon leur semblait et personne ne pouvait les en empêcher ». S’ajoute à cela des pouvoirs supposés mystérieux, ou diaboliques. « L’un des garçons racontait que son père avait vu un Allemand plonger sa main dans un brasier sans être brûlé, comme s’il était un fantôme ».

    A la découverte également de l’étranger, en tant qu’allemand au Tanganika, il faut ajouter les anglais au Kenya et les belge au Congo. Tout cela au milieu d’un important métissage avec des arabes égyptiens ou soudanais caravaniers ou encore des indiens commerçants. Comme le dit Kalasinga, un cheikh indien local « En Inde, ils règnent depuis des siècles. Ici, vous n’êtes pas civilisé, comment peuvent-ils faire de même ? Même en Afrique du Sud, il n’y a que l’or et les diamants qui valent la peine de tuer tous les gens là-bas et de prendre la terre. Qu’est-ce qu’il y a ici ? Ils se disputeront et se chamailleront, voleront ceci et cela, se livreront peut-être une petite guerre après l’autre, et quand ils seront fatigués, ils rentreront chez eux ». A quoi Hussein, commerçant vivant dans un village éloigné en montagne lui répond. « Vous rêvez, mon ami. Regardez comme ils se sont déjà partagé les meilleures terres de la montagne. Dans les montagnes au nord d’ici, ils ont chassé même les peuples les plus féroces et pris leurs terres. Ils les ont chassés comme s’ils étaient des enfants, sans aucune difficulté, et ont enterré vivants certains de leurs chefs. Ne le savez-vous pas ? Les seuls qu’ils autorisaient à rester étaient ceux qu’ils transformaient en serviteurs. Une escarmouche ou deux avec leurs armes et la question de possession est réglée. Est-ce que ça sonne comme s’ils étaient venus ici pour une visite ? Je vous dis qu’ils sont déterminés. Ils veulent le monde entier ».
    Un peu de pessimisme quant au futur de la décolonisation, tout de même. « Je redoute les temps à venir Tout est en effervescence. Les Européens sont très déterminés, ils se battent pour nous arracher les richesses de notre terre, et ils nous écraseront tous. Tu serais un imbécile si tu croyais qu’ils sont venus pour notre bien ; ce n’est pas le commerce qui les intéresse, mais notre terre, tout ce qu’elle contient, et nous avec ».
    Yusuf décidera tout de même d’abandonner Amina, la femme qu’il aime, pour rejoindre l’armée allemande qu’il méprisait auparavant

    J’ai découvert lors de cette lecture, et de l’attribution du Nobel, que la décision pour Abdulrazak Gaurnah avait été chaudement disputée avec l’auteur kenyan Ngugi wa Thiong’o, déjà nominé en 2010 lors de l’attribution à Mario Vargas Llosa.
    Ngugi wa Thiong’o a été l’un des premiers écrivains africains à tenter de vivre de ses romans, écrits dans leur langue originale. En effet, limiter son audience immédiate aux locuteurs Kikuyu était à la fois révolutionnaire et ridiculement courageuse. Mais cela ressemblait à un suicide commercial. Il a dédié son roman « Matigari » de 1987 à « tous ceux qui aiment une bonne histoire ». Mais le livre a été interdit et détruit au Kenya, mais une édition anglaise existe (1998, Africa Research & Publication, 158 p), également traduite en allemand.
    Son second roman « Weep Not, Child » a été publié en 1964 puis en poche (2012, Penguin Classics, 174 p) et traduit par Dominique Lanni en « Ne Pleure pas, mon enfant » (2019, Passages, Caen, 256 p). Le roman retrace l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte de Njoroge dans les dernières années du Kenya sous domination coloniale, après la révolte des Mau Mau et des espoirs charriés par Dedan Kimathi, le héros de la lutte pour l’Indépendance.
    Il me parait intéressant de pouvoir comparer les effets et les conséquences de l’occupation et colonisation allemande et anglaise entre la Tanzanie et le Kénya.

    Publié par jlv.livres | 11 décembre 2021, 13:32

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