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Notes de lecture 2021, Nouveautés

Note de lecture : « 75 designers pour un monde durable » (Geneviève Gallot)

L’excellent ouvrage qui accompagne l’exposition visible tout l’été 2021 au Ground Control.

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Comment créer à l’heure de la transition écologique ? Pour quelle société ? Pour quel usager et pour quels usages ? Comment le designer peut-il aujourd’hui améliorer l’habitabilité du monde tout en contribuant à sa durabilité ? Les soixante-quinze designers réunis dans cet ouvrage affirment la force du design à relever les défis de notre époque au plan environnemental, économique et social. Chacun à sa manière interroge les menaces qui pèsent sur la Terre et sur l’homme en leur donnant une matérialité sensible.

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C’est par ces mots que Geneviève Gallot introduit ce magnifique ouvrage, publié en 2020 aux éditions de La Martinière, pour fournir en introduction un cadre théorique conséquent aux travaux des 75 designers (individus et collectifs) interrogés et convoqués pour ce véritable état de l’art de la prise en compte volontariste d’une nécessité désormais absolue, n’en déplaise aux thuriféraires divers du « tout va bien », du « ça n’est pas si grave » et du « bah, ça va surtout concerner les pauvres », celle d’un mode de vie globalement infiniment plus sobre que celui jusqu’ici promu par le consumérisme capitaliste.

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L’ouvrage accompagne l’exposition titrée « Designers par nature », visible jusqu’à la fin août 2021 à l’intérieur du Ground Control (81 rue du Charolais 75012 Paris). Une occasion à ne pas manquer pour un régal visuel et intellectuel, et une petite visite chez Charybde sur place !


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En retraçant à grands traits précis la manière dont le design (même lorsqu’il ne s’appelait pas encore ici) a travaillé à partir d’une analyse critique et éthique du monde (comme d’ailleurs ses « grands frères et grandes sœurs » de l’architecture et de l’urbanisme, dont il est particulièrement spectaculaire aussi de suivre les prises de conscience les plus récentes à travers vingt ans de Biennales de Venise, par exemple), Geneviève Gallot mobilise brièvement mais avec une réelle pertinence William Morris (1834-1896), Charlotte Perriand (1903-1999), Victor Papanek (1923-1998), pour articuler une démarche en quatre parties, « Zéro déchets ! », « Des écosystèmes solidaires », « La révolution des usages » et « Cap sur le vivant ». Jouant la carte d’une familiarisation rapide avec des concepts tels que le design thinking, le cradle to cradle, l’upcycling, le slow design, le biomimétisme, de la montée en puissance de l’écologie industrielle et de l’écologie relationnelle, des sciences citoyennes et des démarches participatives, le cadrage initial permet ensuite de se plonger passionnément dans les soixante-quinze propositions richement illustrées, parmi lesquels on citera, comme certaines des réalisations peut-être les plus excitantes, le dériveur en canne de Provence recyclée d’Antoine Boudin, les miroirs en obsidienne synthétique, obtenue à partir de déchets industriels, du Studio Drift (Lonneke Gordijn & Ralph Nauta), les éléments de mobilier créés à partir de bois récupérés parmi les déchets de Piet Hein Ek, l’utilisation des déchets naturels de l’abeille et du ver à soie par Marlène Huissoud, le réseau de forgerons, de potiers, de tisserands et de cordonniers animé par Cheick Diallo pour valoriser tout ce qui peut l’être dans la plus vaste décharge de Bamako, la micro-transformation de poulet opérée au sein du Chicken Project de Kieren Jones, la création d’un véritable matériau à partir du maïs indigène mexicain de Fernando Laposse, l’utilisation de la poussière de marbre par Mi Zhang, les « objets-enzymes » des Faltazi (Laurent Lebot & Victor Massip), les bouteilles en papier enrichi de Brook Sigal, les steaks d’algues en véritables substituts à la viande (dans leurs goûts comme dans leur texture et dans leur apparence) de Hanan Alkouh (avec le boucher André Pereira), les objets à base de mycélium de Klarenbeek & Dros, ou encore les champignons purificateurs d’Audrey Speyer.

Grâce à cet ouvrage riche et inspirant, il est impressionnant de mesurer le chemin parcouru par le design mondial – même si ce chemin demeure insuffisant au regard des enjeux urgents de la destruction écologique – depuis le « La laideur se vend mal » (1952) de Raymond Loewy et sa célébration de la beauté artistique d’un pur consumérisme à outrance, réputé « bien pensé »…

Il y a urgence ! Le système Terre est déréglé. Grâce à une sensibilité anticipatrice, un imaginaire sans limites et un bel humanisme, les soixante-quinze designers présents dans cet ouvrage apportent des réponses à l’état du monde. Inspirés par une nouvelle ère, la nôtre, celle de l’Anthropocène, soucieux de frugalité, combattant le gaspillage, la pollution et l’exclusion sociale, ces designers créent des promesses pour l’avenir.

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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