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Notes de lecture 2021

Note de lecture : « Remède de cheval » – Agatha Raisin 2 (M.C. Beaton)

Un nouvel empoisonnement foudroyant dans les Costwolds, pour la deuxième enquête villageoise, toujours en amatrice, de la redoutable Agatha Raisin.

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Agatha Raisin débarqua à l’aéroport d’Heathrow, bronzée à l’extérieur et rouge de honte à l’intérieur. Comme elle se sentait stupide en poussant son chariot de valises en direction de la sortie !
Elle était partie deux semaines aux Bahamas à la poursuite de son séduisant voisin, James Lacey, car il avait laissé entendre qu’il allait passer des vacances au Beach Hotel de Nassau, la capitale de l’archipel. Lorsqu’il s’agissait de conquérir un homme, Agatha se montrait aussi impitoyable qu’elle l’était autrefois en affaires. Elle avait dépensé beaucoup d’argent dans une garde-robe éblouissante, elle avait maigri avec acharnement de façon à pouvoir exhiber sa silhouette rajeunie de quinquagénaire dans un bikini, mais une fois aux Bahamas, aucune trace de James Lacey. Au volant d’une voiture de location, elle avait fait le tour de tous les hôtels de l’île, en pure perte. Elle s’était même rendu au haut commissariat britannique dans l’espoir qu’on y aurait entendu parler de lui. Quelques jours avant la date prévue de son retour en Angleterre, elle avait passé un appel longue distance pour parler à Mrs. Bloxby, l’épouse du pasteur de Carsely, le village des Costwolds où elle habitait, et s’était finalement résolue à lui demander où pouvait bien se trouver James Lacey.
La communication était mauvaise, et elle entendait encore la voix de Mrs. Bloxby, s’amplifiant et s’affaiblissant tour à tour, comme portée par la marée. « Mr. Lacey a changé d’avis à la toute dernière minute. Il a décidé de passer ses vacances chez un ami à lui, au Caire. Il avait annoncé qu’il partait pour les Bahamas, c’est vrai, je m’en souviens. Et Mrs. Mason avait dit : « Quelle surprise ! Exactement comme notre chère Mrs. Raisin. » Et puis du jour au lendemain, nous avons appris que cet ami dont je vous ai parlé l’avait invité en Égypte. »
Agatha n’avait plus su où se mettre, et encore aujourd’hui elle aurait voulu rentrer sous terre ! James Lacey avait changé d’avis dans le seul but de l’éviter, cela ne faisait aucun doute. Rétrospectivement, elle s’apercevait que ses manœuvres de séduction avaient été plutôt flagrantes.
Ce n’était pas la seule raison pour laquelle elle n’avait pas passé de bonnes vacances. Elle avait laissé son chat, Hodge, cadeau du sergent Bill Wong, dans une pension spécialisée mais, sans trop savoir pourquoi, elle était inquiète à l’idée qu’il ait pu mourir.
Au parc de stationnement longue durée de l’aéroport, elle chargea ses bagages dans sa voiture puis se mit en route pour Carsely, se demandant pour la énième fois pourquoi elle avait pris sa retraite aussi jeune – mais oui, la petite cinquantaine, de nos jours, c’était jeune ! – et vendu son entreprise pour venir s’enterrer à la campagne.
La pension se situait à la périphérie de Cirencester. Elle se présenta à la porte de la maison et fut accueillie avec mauvaise grâce par la grande perche qui était propriétaire des lieux. « Vraiment, Mrs. Raisin ! Je m’apprêtais à sortir. Vous auriez pu avoir la prévenance de téléphoner.
– Allez chercher mon chat… tout de suite ! répondit-elle avec un regard mauvais. Et sans traîner ! »
La femme s’éloigna avec raideur, le moindre de ses mouvements clamant son indignation, et ne tarda pas à revenir avec Hodge miaulant dans son panier. Faisant la sourde oreille à ses récriminations, Agatha régla la note.
Elle décida que ses retrouvailles avec son chat lui apportaient un grand réconfort, puis se demanda si elle en était réduite au statut de dame de la campagne, condamnée à s’extasier sur son animal domestique.
Son cottage, tapi sous l’énorme poids de son toit de chaume, l’attendait tel un vieux chien fidèle. Une fois le feu allumé et le chat nourri, un whisky bien tassé dans le gosier, Agatha sentit qu’elle survivrait. Que James Lacey aille se faire foutre, lui, et tous ses congénères !

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C’est par une amie fidèle lectrice, comme moi, de la saga Salvo Montalbano d’Andrea Camilleri (qui débutait en 1994 avec « La forme de l’eau » pour atteindre désormais 27 volumes traduits en français) que j’ai découvert Agatha Raisin, l’enquêtrice britannique résolument improbable imaginée par M.C. Beaton, l’un des nombreux pseudonymes de Marion Chesney, autrice prolifique décédée en 2019. Publié en 1993, un an après « La quiche fatale », qui m’a permis de faire connaissance avec cette « héroïne » résolument atypique, traduit en 2016 par Esther Ménévis chez Albin Michel, « Remède de cheval » est le deuxième des 31 épisodes de cette série extrêmement populaire, au Royaume-Uni et dans le monde entier.

Comme le premier volume le laissait supposer, dès lors que l’on accepte la foncière légèreté du propos sous-jacent de ces vraies-fausses enquêtes policières, il est aisé de se laisser doucement charmer par le mélange réussi (et vraisemblablement assez minutieusement fabriqué) d’une enquêtrice (pour l’instant) amatrice, jeune retraitée confortablement installée dans les Costwolds après avoir vendu son agence londonienne de relations publiques, antipathique d’une manière presque jubilatoire et bourrée d’idiosyncrasies fort peu convenables, et d’une galerie de personnages secondaires à la caricature soigneusement travaillée pour les rendre délicieusement attachants, de l’angélique Mrs. Bloxby à la solide Doris Simpson, en passant par le bienveillant agent de police Bill Wong ou l’ancien employé Roy Silver. Dans un registre de parodie parfois assez sauvage des romans les plus campagnards des années 1930 d’Agatha Christie, évoquant aussi de plus d’une manière la fort irascible Imogène McCarthery imaginée sur fond tonitruant d’Écosse d’Épinal par Charles Exbrayat entre 1959 et 1975, ce deuxième épisode creuse précocement un sillon plaisant de connivence et de jeu avec les clichés installés.

Le lendemain matin, en allant faire quelques courses et exhiber son bronzage chez Harvey, l’épicerie du coin, elle tomba sur Mrs. Bloxby. Elle était toujours aussi gênée au souvenir de son coup de téléphone, mais l’épouse du pasteur, avec sa délicatesse coutumière, n’y fit aucune allusion, se contentant de lui annoncer la tenue d’une réunion de la Société des dames de Carsely le soir même au presbytère. Agatha promit d’y assister, tout en se faisant la réflexion que sa vie sociale ne pouvait tout de même pas se résumer à prendre le thé au presbytère.
Elle avait presque envie de ne pas y aller. À la place, elle pourrait dîner au Red Lion, le pub du village. Mais d’un autre côté, elle avait promis à Mrs. Bloxby, et bizarrement, les promesses faites à Mrs. Bloxby étaient de celles que l’on respecte.

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À propos de Hugues

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