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Général, Information Charybde

En fermeture provisoire Covid, Charybde aurait bien besoin de votre soutien ces temps-ci…

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Chères amies et amis, chères clientes et clients, notre librairie Charybde, installée depuis dix-huit mois au cœur du tiers-lieu Ground Control, est directement touchée par la fermeture (provisoire, mais sans visibilité) de cet ensemble vivant.

Nos soirées sont maintenues (notez ou re-notez d’ores et déjà Sara Doke et Olivier Martinelli ce vendredi 16 octobre, et Andréas Becker jeudi 22 octobre), mais nous n’avons plus pour l’instant la possibilité de recevoir du public que dans certains créneaux mobiles relativement rares, que nous vous communiquerons au fur et à mesure, et sur demande. Les prochains sont ce lundi 12 octobre de 13 h à 19 h, et ce vendredi 16 octobre de 13 h à 19 h également, avant la soirée prévue.

Vous vous doutez que cette situation, après la longue fermeture du printemps et un été en dents de scie, constitue une menace réelle, alors que Charybde était en vigoureuse convalescence après les déboires des années 2017-2018, pour la pérennité de notre petite entreprise. Il y a bien entendu des choses autrement plus graves que l’existence ou non d’une librairie, nous sommes bien d’accord. Si toutefois vous êtes comme nous attachés à notre travail que nous espérons un peu singulier, entre défrichage et exigence sans élitisme, entre genres littéraires mixés aux frontières et éclectisme sauvage et un peu rock’n’roll, nous comptons plus que jamais sur vous.

En dehors de nos modestes créneaux provisoires d’ouverture au public, nous pouvons recevoir vos commandes (sur le site www.charybde.fr, par message ou par mail) de livres de toute nature ou presque, vous les expédier, vous les livrer ou vous les mettre à disposition. Les semaines qui viennent vont être vitales pour nous, et nous espérons que votre solidarité chaleureuse, manifestée par ces achats de livres, nous permettra de sortir de cette mauvaise passe.

Chaleureusement, littérairement, amicalement.

Les libraires de Charybde.

Crédit Photo : José Cañavate Comellas (Studio 81)

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

8 réflexions sur “En fermeture provisoire Covid, Charybde aurait bien besoin de votre soutien ces temps-ci…

  1. Cher Hugues,

    Ça pose problème un envoi au Québec et un paiement d’ici?

    Charles

    >

    Publié par Charles Sagalane | 10 octobre 2020, 14:20
  2. Bon courage à vous…

    Publié par Goran | 10 octobre 2020, 17:34
  3. soutenons, soutenons
    tien en donnant envie de lire nos voisins suisses (bien qu’ils ecrivent en bärndütsch, le dialecte bernois (et pourquoi pas)

    tout d’abord un livre superbe « La vache » de Beat Sterchi (avec une préface de Claro)

    « La Vache » de Beat Sterchi (2019, Editions Zoé, 480 p.) traduit de l’allemand par Gilbert Musy, avec une préface de C. Claro (7 pages) et une postface de Wilfred Schiltknecht (3 pages) surtout axée sur la bibliographie de Beat Sterchi. Des allusions au parler bernois, mais on ne parle pas de Bärndütsch, ni même de Plattdeutsch, le bas allemand. C’est traduit de « Blösch », le titre original, qui est, dans le patois paysan bernois, un veau né avec un pelage rouge paille et dépourvu de tachetures.

    C’est de la race bovine de Simmental, une race originaire de l’Oberland bernois. La race est d’origine Suisse et plus précisément de la vallée de la Simme. En France, on l’appelait aussi Pie Rouge de l’Est. Ces animaux étaient alors très recherchés pour leur croissance rapide, un très grand niveau de production laitière et fromagère. Un faible taux de cellule et un bon rapport protéique/butyreux en fait un lait adapté à l’industrie fromagère (gruyère, emmental). Et en plus, un très bon rapport viande/lait, avec une viande très persillée, savoureuse à souhait. Le persillage est le gras intramusculaire qui fond à la cuisson et donne du goût à la viande. Elevée sur les hauts plateaux des Alpes, elle se nourrit d’herbe riche et pure qui pousse en altitude. En hiver, elles restent en étable et sont nourries exclusivement au foin. Cette alimentation saine en fait une race à viande de très bonne qualité. « Car non seulement les Pie Rouge faisaient des taurillons bouclés, elles engendraient des filles remarquablement faciles à traire, avec un index mammaire excellent, sans compter qu’elles transmettaient une fécondité exceptionnelle ». Les taureaux, ce sont Gotthelf, l’actuel, ainsi que Jean-Jacques, le grand-père maternel de l’autre vedette, Pestalozzi. A ceci près que « Jean-Jacques n’était pas un Simmental authentique, mais un Pie Rouge, de cette race rouge et blanche donc qui est originaire du pays nanti mais qui a subi une mutation avantageuse sous un climat plus libéral et des conditions d’élevage différentes de l’étranger ».

    « Les vaches de la race d’Herens sont petites, ont le pied montagnard ? Brun foncé, presque noires, avec des reflets roux sur les flancs. Pauvres en caractéristiques propres aux animaux domestiques. Le cerveau relativement grand en proportion du corps. Les yeux vifs. Un certain nombre de vertèbres caudales non réduites. Peu de traits infantiles. […] Elles ont servi les Romains. Main d’œuvre étrangère. Le bétail romain autochtone avait des façons de rustre ».
    Donc, le livre, composé de douze chapitres, un peu comme un chemin de croix, décrit tout d’abord l’arrivée à Innerwald de Ambrosio, ouvrier paysan, venu de son village à La Corogne, pour trouver du travail et plus précisément à la ferme des Knuchel. Ambrosio ne parle que l’espagnol, quand il parle. Mais il est arrivé au « pays nanti » après « un voyage aussi épuisant que compliqué de son Sud natal vers un Nord attirant incarné seulement par quelques noms imprononçables sur des papiers officiels ». Et bientôt « il travaillerait, gagnerait de l’argent ; bientôt il pourrait envoyer ses premiers mandats : il avait réussi, lui Ambrosio, là où tant d’autres échouent ». Il arrive donc à la ferme des Knuchel, souvent qualifiée de ferme knuchelienne ou de la hiérarchie bovine knuchelienne. Aussitôt jugé par les habitants. « Les regards le jaugeaient, les fronts se plissaient, les têtes oscillèrent horizontalement » « N’a pas l’air fait pour sortir le fumier, le gaillard. N’a pas le thorax, il me semble. Est-ce que je me trompe ? ».

    Où l’on fait connaissance avec Blösch, c’est aussi le nom d’une vache « La first lady de l’étable [qui] pouvait admonester d’un coup de corne bien ajusté et à coups de sabots des génisses par trop ambitieuse ». « Ce n’est pas parce qu’une vache avait mis bas dans la nuit un veau qui mugissait dans la paille que Blösch allait renoncer à sa prérogative de quitter la première l’étable, de tremper ses naseaux frémissants dans la fontaine, d’aspirer au moins une ou deux douzaines de litres d’eau sans baver et de retourner la première sur la paille. A chacun son rang ». D’ailleurs, elle est prête à vêler « Pourvu qu’elle ne refasse pas un coillu. Avait dit le fils. Blösch avait meuglé ». Et en plus c’est dimanche. « Les bêtes n’étaient pas insensibles à ces attentions. Toutes elles tendaient leur pelage roux-blanc, dressaient les pis et battaient de la queue à en réchauffer le cœur de Knuchel qui se voyait contraint d’ajouter une poignée supplémentaire de paille friche sous chacune ».

    Ambrosio va tout de suite montrer son savoir-faire. Important pour Knuchel, et ses livraisons de lait à la laiterie. C’est sa fierté locale. Hélas pour la Blösch. « Encore un coillu. Le diable l’emporte. […]. C’est la meilleure vache de toute la Côte longue, mais bon dieu elle a le ventre plein de petits taureaux ». Mais Ambrosio montre son savoir-faire pour la grande satisfaction de Knuchel qui en retour l’habille de neuf « J’ai dit qu’il est capable, personne sur toute la Côte n’a à avoir honte quand il trait une de nos vaches ». Il est vrai que les vaches knucheliennes sont aux petits oignons. « De quelle génisse convenait-il de cimenter l’ambition naissante par une cloche plus grande, et à quelle vieille dame fallait-il rabattre un peu le caquet par une plus petite ? »
    Puis arrive le chapitre II. On est plus tard dans le temps. Ambrosio a changé de métier, le voilà à l’abattoir. Poussé en fait par Knuchel. Les chapitres suivants vont être une suite alternée des périodes à la ferme et de celles à l’abattoir. Bien sûr, il gagne plus d’argent, et il travaille en compagnie, avec Gilgen un italien, comme lui un étranger avec qui il va se lier d’amitié. Un peu en contraste avec les Uberländer, tels Rötlisberger, ou Huber et Hofer ou Hugentobler. Métier difficile, qui commence à cinq heures du matin. Dans le sang et les excréments, avec les bovins ou les porcins. Là, tout devient très technique. Beat Sterchi redevient le boucher qu’il a été, décrivant le dépeçage des bêtes avec précision.
    La narration change alors d’un simple récit plus ou moins champêtre en un récit plus précis, plus net. Mais le style lui aussi change. On passe de la simple narration aux dialogues entre les ouvriers de l’abattoir. L’univers devient social, avec des discussions à la taverne du coin. Simples discussions de bistrot, mais où pointe le malaise social. Malaise aussi vis-à-vis de l’étranger, représentés ici par Ambrosio l’espagnol ou Gilgen l’italien. Deux personnes, pièces rapportées dans ce paysage bernois. On quitte alors brutalement du monde rêvé de l’étable knuchelienne, celui d’Innerwald, havre de paix qu’est l’étable, où vivent et rêvent les vaches de Knuchel, au rythme des saisons. On passe alors au monde brutal et industriel de l’abattoir, sept ans après celui de l’étable, un monde « en bordure de la belle ville ». Et puis il y a le monde social, celui des cafés et des discussions au cours desquelles les poings s’abattent sur les tables. Les chopes et les voix s’élèvent, mais surtout les jalousies et les mesquineries surgissent, avec en toile de fond la peur de l’étranger. Du sang et de la sueur, opposés au travail champêtre qui lui aussi a bien changé. « Du lait, il faut qu’elles donnent du lait. Des baignoires de lait ! Et sans trop manger, en tout cas pas pour trop cher. Et qu’elles aient des pis comme une cornemuse et des trayons en fil de fer, ça n’a plus d’importance. Pourvu qu’elles donnent plus de lait que les autres ». Il n’y a même plus la reconnaissance de l’ouvrier paysan envers les animaux qu’il a gardé et soigné. « Je sais qu’ainsi étendue, tu ne feras plus jamais meuh, plus jamais. On va t’attacher une dernière fois avec ce licou. Je sens la sueur dessus, la salive et l’urine ; je sens l’odeur d’étable, de paille et de lait ».

    Cela devient une alternance de deux mondes que tout oppose. A l’étable et dans les pâturages, au « sol glaiseux et vert », ce « vert humide et gras ». L’ambiance est différente à l’abattoir. « A coup de hache et de scie, Luigi ouvrait les cadavres, retirait les pis les queues aussi, et fixait les pattes arrière aux crochets de lavage. / Hugli faisait léviter les troncs, sortait les entrailles, mettait à nu cœur, poumons, foie et reins. / Piccolo transférait les panses vers la triperie et ramenait des charrettes vides. / Huber et Hofer levaient les peaux avec leurs machines, arrachant les cuirs rouges et blancs des carcasses. / Entre deux couloirs, dans la salle d’attente, Krummen partageait les corps en deux. / L’Uberländer arrangeait, nettoyait, lavait ce qui restait des vaches pour la pesée ».
    Référence constante à Jeremias Gotthelf (1797-1854), auteur suisse qui a voulu décrire l’impact de la modernisation sur une société archaïque. D’où des références constantes à la modernisation, que ce soit à l’étable avec les traites mécanisées, où à l’abattoir avec ce qui se fait à Chicago, usine à produire, où les vaches entrent d’un côté et les saucisses ressortent de l’autre. Tout y passe, très vite avec l’arrivée de la reine du troupeau qu’il a gardé, la glorieuse Blösch. C’est une first lady déchue, qui n’est plus qu’une carcasse sur pattes, victime de l’industrialisation de l’élevage. « Elle était rongée jusqu’aux os, son dos droit était raccorni en une succession de vertèbres qui pointaient tels des pics ; elle était s èche comme un sarment, ses cornes étaient décalcifiées ; un coup de fourche mal cicatrisé avait laissé une plaie purulente à sa patte arrière, ses articulations étaient enflées et son crâne courbait un cou décharné ». « Elle était misérable, décharnée, écorchée, les os saillants, la peau pendante, les pis déformés par la machine à traire. Elle sentait le désinfectant à plusieurs mètres, elle sentait l’urine et la vaseline. Un squelette pitoyable qui s’arrêta une fois encore avant la balance pour pousser, dans un grand frémissement qui la parcourut de la queue à la tête, un long meuglement ». Une victime, même plus apte à la consommation, au milieu d’une cohorte d’autres victimes, mêlant indifféremment porcs, génisses, taureaux veaux et agneaux. « On a fait venir du bétail et on a vu arriver des êtres capables de peur et de souffrance ».

    Le style diffère également à l’intérieur des différents chapitres. On passe des descriptions, somme toutes champêtres, à des actes techniques de l’industrialisation. Puis d’un coup viennent des pages complètes d’une seule phase qui commence par « Et puis ce silence de chambre funéraire : ça mâche et mastique à grand bruit, ça mord dans les saucisses de porc tirées d’un seau d’eau chaude et qui craquent sous la dent ». Et qui se termine cinq pages plus loin, suivie de « Neuf heures quinze / Loin, les cigarettes / Vous comptez faire la pause combien de temps ? / On y va / M’en fous / C’était couru qu’il saute, ce boyau/ Est-ce que ça ne fait pas des semaines que ça menace, comme une roue géante qui tôt ou tard m’écrasera ? / Je déglutis / Bon, viens puisqu’il le faut, ils doivent savoir ce qu’ils veulent ».

    En résumé deux romans imbriqués l’un dans l’autre, avec ses chapitres pairs et impairs. La vie paysanne telle qu’elle se pratiquait avec une certaine fierté dans le troupeau et sa production laitière. Son respect des bêtes, avec pour ces dernières toute une hiérarchie entre les animaux. Et progressivement l’apparition de la mécanisation, avec des traites à la machine, une déshumanisation des élevages, et la relation à une nature vraie et vivante. De l’autre la rentabilité à tout prix, qui transforme l’homme en machine, la grossièreté inhérente à la pauvreté des relations humaines, des conditions de travail parfois dégradantes, dans le sang et les excréments. Tout cela dans une Suisse bernoise que l’on pourrait encore qualifier d’idyllique. Point de départ, ou d’arrivée, d’une évolution sociale à l’air industriel. Et surtout une réelle maitrise du vocabulaire, tant des traditions paysannes que de celles de l’abattoir.

    Publié par jlv.livres | 13 octobre 2020, 18:48
  4. et en prime, un autre auteur suisse Pedro Lenz (avec deux livres)

    Pedro Lenz est un écrivain suisse, de langue allemande ou plutôt du Bärndütsch, le dialecte bernois. Il ne s’’en cache pas, au contraire, situant ses livres dans la ville de Olten et alentours, tout à côté de Aarau, dont tous les suisses disent du mal. Est-ce parce que la cité a voulu afficher son indépendance face à Berne, en créant la République d’Argovie, et où les députés suisses se réunirent en 1798 pour proclamer la République Hélvétique. Donc Olten, dans le canton de Soleure (Solothurn), là où sont stockés la plupart des réserves d’or des banques suisses. L’avantage de la ville est d’être à un important nœud ferroviaire entre Bâle, Zurich et Berne. « Olten, c’est une ville triste, terriblement triste, mais Olten c’est un peu mieux que Schummertal ». Les protagonistes des romans de Pedro Lenz ne se privent pas de voyager entre ces villes. Deux ouvrages traduits donc du dialecte bernois « Faut quitter Schummertal !» traduit par Daniel Rothenbülher et Nathalie Kehrli (2014, Editions d’En Bas, 168 p.) et « La Belle Fanny », traduit (du bernois, est-il précisé) par Ursula Gaillard (2018, Editions d’En Bas, 180 p.). Les titres originaux sont « Der Goalie bin ig » (Je suis le gardien de but) et « Di schöni Fanny », c’est important dans la mesure où Goalie est le surnom du protagoniste du premier ouvrage. En fait il s’appelle Ernest. Pourquoi Goalie, simplement que, en tant qu’enfant, joueur de foot, c’était celui dont on ne voulait pas. « Quand des gamins jouent au football, j’veux dire, quand ils jouent au football pour de vrai, en formant des équipes et tout, y a personne qui veut être gardien. Des gamins normaux rêvent de mettre des buts, ils ne rêvent pas de les empêcher ». Tout est dit pour ce que sera la vie future du protagoniste qui a tendance à endosser les torts des autres et à se faire embarquer dans des coups tordus. Heureusement, il lui reste Regula, la serveuse du Central, de qui il est vaguement amoureux., mais qui vit avec Budi, une situation pas toujours pacifique.

    Dès le début du livre, on apprend qu’il sort d’un an de prison à Witzwil. C’est un établissement pénitentiaire pour peines relativement légères au bord du lac de Neuchâtel. Les conditions de sécurité sont minimales, avec possibilité de travailler dans une exploitation agricole. Et le retour à la vie quasi normale, après des soupçons de trafic de drogue, auquel il a apparemment renoncé. Enfin trafic, c’est vite dit, il a transporté de la came pour le compte d’un ami, et s’est fait poisser. Toujours la malédiction du gardien de but… Depuis, il lui reste à reprendre sa vie « À vrai dire, ça a commencé bien avant. Mais je pourrais tout aussi bien prétendre que ça a commencé ce soir-là, quelques jours après mon retour de Witz ». « C’était peut-être vers les dix heures, peut-être une demi-heure plus tard. Peu importe. En tout cas, une bise à décorner les bœufs. Schummertal. Novembre. Et moi, le cœur lourd comme un vieux torchon mouillé. Je vais donc au Central, prendre un café pomme ». D’autres fois, ce sera un café poire. « J’avais déjà claqué le fric que j’avais reçu en sortant de taule, j’sais pas comment. Donc ce soir-là, pas un rond, mais une terrible envie de café pomme, de compagnie et de bruits de voix ».
    Finalement, il arrive à emmener Regula en Espagne, où un de ses copains a hérité d’une maison. Cela fera un break dans le ménage chancelant de Regula. Mais il ne se passera rien. Tout le monde rentre à Schummertal. « Les jours passés dans la maison de Stoferli ont filé à toute vitesse. Parfois on allait simplement voir la mer. Parfois on allait simplement se promener sur les collines en tournant le dos à la mer. Entre deux, on faisait des allers et retours sur le bac, juste comme ça, pour être sur un bateau. ».
    Il finira par confier à Gross, le chef de la police locale. « Vous savez ce que je crois, chef, je crois que dans ma vie j’ai déjà eu une longue patience, une patience beaucoup trop longue, et bien peu de bonheur ».

    « La Belle Fanny », comme son nom l’indique est belle. « Belle, belle, belle, a alors dit Henry d’une langue pâteuse. Belle. Trouve un plus bel adjectif pour beau, écrivait notre belle maîtresse d’école en bas de notre composition ». Et le trio d’amis plus ou moins artistes de Olten, en est tombé amoureux, tous les trois. Il y a Gobeur, dit Jackpot, qui va bientôt être un écrivain plus que génial, dès qu’il aura fini son livre. Il y a Louis Grunder, le peintre, à qui Fanny sert de modèle. Henry Grunz, un autre peintre, plus âgé, qui partira en week-end de découverte des peintres belges avec Fanny. A coté de ce trio singulier « la jeune Madame Grunder qui compte tout au centime près sait quand même pas comment payer le loyer à la fin du mois. Je la voyais faire ses calculs pendant que son mari, qui présente bien et qui est doué, se refuse à chercher un vrai job. Je la voyais compter les sous mentalement pour vivre avec un mari qui préfère faire la fête toute la nuit avec des copains déjantés et des muses assez lègéres ».
    Jackpot vit grâce au soutien financier de son frère Antoine, cadre dans une grande industrie pharmaceutique de Bâle. Il recommande donc ses copains peintres à la commission de l’entreprise chargée de placer les bénéfices en œuvres d’art. son frère lui fera rencontrer une certaine madame Silke Borowski, des éditions Poukeno. Laquelle va publier le livre que Jackpot va bientôt finir. Que ne ferait il pas pour se rendre intéressant auprès de la belle Fanny. Il cherche même « un plus bel adjectif pour beau ». C’est dire s’il est amoureux. « There is no cure for love» comme le chantait Cohen, dont on retrouve des citations émaillées dans tout le livre, Cohen ou des autres d’ailleurs. Ceci dit il reste un parieur quasi professionnel, course de chevaux ou de lévriers en Angleterre. Sa « littérature se nourrit de la réalité, sinon il sert à rien ». On en a donc vite fait le tour.
    Quant à Fanny, jeune femme indépendante, libre de corps et d’esprit, elle pose comme modèle pour les deux peintres. « J’aime bien m’montrer, du moins à quelqu’un qui sait regarder ». Mais elle aime son statut de modèle, elle sait qu’elle est belle et cela lui suffit. « Elle a tout, Fanny, elle a la grâce, elle a la profondeur, elle a de l’humour, elle a quelque chose de mystérieux, elle a la chaleur, elle a du style ». Mais elle reste la femme de Zofingen, suivant des études. Et surtout ne supportant pas les possessions trop possessives. Pour Jackpot, ce sera un désastre. Il finira tout de même par comprendre que Fanny, c’est un peu comme pour les arts qu’il prétend pratiquer. A vouloir être seul à les posséder, ils lui échappent. « La jalousie est un poison qui se répand dans tout le corps, comme une grippe, mais en général elle y reste plus longtemps ».

    Deux livres, les seuls traduits malheureusement de Pedro Lenz, écrits dans une langue parlée, à la limite argotique, mais très efficace. En filigrane, des paroles des plus grands tubes en anglais ou français, qui rythment le discours de ce conte des temps modernes. Une sorte de musicalité ajoutée au texte.

    Publié par jlv.livres | 13 octobre 2020, 18:51
  5. la prochaine fois ce sera aussi un auteur suisse, Laurence Boissier
    avec un livre superbe « Inventaire des lieux »
    mais j’attends « Histoire d’un soulèvement » actuellement indisponible (dommage)
    j’en reparlerai

    Publié par jlv.livres | 13 octobre 2020, 18:56
  6. Soutiens

    Evidemment qu’il faut soutenir la librairie
    Il n’y a qu’a voir la situation où ils sont
    4 places assises pour 8

    Il faut croire que la librairie est régie comme la marine
    On y travaille par quarts

    Le matin ce sont les dames qui ont le banc
    L’après midi ce sont les hommes (ou l’inverse)

    Publié par jlv.livres | 15 octobre 2020, 07:48

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