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Notes de lecture 2020, Nouveautés

Note de lecture : « Fabuler la fin du monde » (Jean-Paul Engélibert)

Une incursion électrique et passionnante parmi les fictions littéraires et cinématographiques de fin du monde, pour en évaluer avec justesse les dimensions critiques.

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Dans la passionnante collection L’Horizon des possibles des éditions La Découverte, où l’on pouvait déjà lire par exemple Jérôme Baschet, Benoît Borrits, Peter Wagner ou Erik Olin Wright, entre autres, Jean-Paul Engélibert, professeur de littérature comparée à l’université Bordeaux-Montaigne, que l’on avait déjà pu lire dans « La postérité de Robinson Crusoé » (1997) ou à propos de l’oeuvre de J.M. Coetzee (2003) – et surtout dans son excellent « Apocalypses sans royaume : Politique des fictions de fin du monde » (2013) -, par exemple, nous offrait en août 2019 cette stimulante incursion dans les fictions d’apocalypse, en une intelligente tentative de vue d’ensemble orientée.

Parmi les mots qui s’inscrivent avec insistance dans notre vocabulaire ces dernières années, deux forment une alliance singulière. L’apocalypse, vieux mythe qui mobilise plus que jamais philosophes, spécialistes des sciences sociales et critiques littéraires, et l’anthropocène, concept de géologie qui suscite désormais la discussion chez les historiens, les géographes, les anthropologues, etc. Le couple qu’ils forment suggère à la fois la fascination de la fin, l’idée que « l’homme » en est responsable et la banalisation d’un certain fatalisme devant l’échelle des phénomènes : comment lutter contre une ère géologique ? Comment prévenir l’apocalypse ? Et il ne s’agit pas uniquement d’une interrogation théorique : tous les champs de la culture sont concernés.
La prolifération actuelle de fictions littéraires, cinématographiques, télévisuelles, mais aussi de discours médiatiques et de publications de toutes sortes sur l’apocalypse et les catastrophes est frappante. Elle n’a probablement pas d’équivalent dans l’histoire, non pas parce qu’elle serait inédite – on sait que les représentations artistiques de l’apocalypse ont une très longue histoire -, mais parce qu’elle s’articule à un discours savant qui, pour la première fois, prend acte de la possibilité effective de la fin du monde. Au milieu du XXe siècle, avec l’arme nucléaire, est apparue la menace d’un anéantissement de la vie sur la Terre. Depuis, l’apocalypse n’est plus (seulement) l’objet d’une croyance religieuse, mais une réalité tangible dont l' »anthropocène » est devenu le nom. Les productions multiformes qui expriment cette menace sont devenues incontournables dans tous les champs de la culture et de l’art, des plus marginaux ou périphériques aux plus centraux ou légitimes. L’apocalyptisme ambiant concerne les scientifiques, les philosophes et les artistes autant que les prophètes et les gourous – et d’ailleurs il n’est pas toujours facile de séparer les uns des autres. Il faut pourtant le faire : éclairer les enjeux de ces représentations ou, si on veut, s’essayer à un apocalyptisme critique.
Il faut supposer que les fictions de la fin du monde ont quelque chose à nous apprendre. Elles ne sont pas toutes des prophéties lancées par des marchands d’apocalypse jouant sur la fascination de la terreur. D’ailleurs, elles ne racontent presque jamais des fins absolues : « Le texte apocalyptique décrit la fin du monde, mais ensuite le texte continue, et aussi le monde qu’il représente, et aussi le monde lui-même. […] L’apocalypse est le moyen de faire table rase du monde tel qu’il est et de rendre possible un paradis, ou un enfer, postapocalyptique. » [James Berger] Ces fictions ne sont pas seulement des fantasmes de destruction. Les plus sérieuses – les plus vraies – d’entre elles projettent dans le futur une pensée du présent.

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S’appuyant avec habileté sur un ensemble d’essais et d’approches théoriques de l’apocalyptisme et de l’étude de l’anthropocène contemporains, parmi lesquels se distinguent au premier rang Bruno Latour, Günther Anders, Jacques Derrida, Gilles Deleuze et Giorgio Agamben, l’auteur convoque avec passion et intelligence un corpus littéraire et artistique à la fois éclectique et pertinent, d’où se dégagent, par l’ampleur des analyses qu’il leur consacre, la trilogie du « Dernier homme » de Margaret Atwood, « Malevil » de Robert Merle, « The Leftovers » de Damon Lindelof, « La route » de Cormac McCarthy, « Le Dernier Monde » de Céline Minard, « Des anges mineurs » d’Antoine Volodine, « L’aveuglement » de José Saramago, « Cosmopolis » de Don DeLillo, « On the Beach » de Stanley Kramer, « Melancholia » de Lars von Trier, « 4:44 Last Day on Earth » d’Abel Ferrara, « L’homme vertical » de Davide Longo, « Pièces de guerre » d’Edward Bond, ou encore « Ghost in the Shell » de Mamoru Oshii, formidable corpus dont la substance est ici extraite sous nos yeux avec brio.

Giorgio Agamben, dans Le temps qui reste, tirait une leçon comparable de sa lecture de l’Epître aux Romains. Il distinguait le temps du messianisme, comme temps de la fin, de la fin des temps et voyait dans le premier un temps ramassé, contracté, qui récapitule l’histoire et anticipe le royaume, un kaïros et non un chronos : non pas « la fin chronologique du monde mais le présent comme exigence d’achèvement, comme ce qui se donne à titre de fin ». Le messianisme convoquerait donc le passé et appellerait la fin, ce serait un temps qualitativement différent : à la fois une opportunité et une exigence, une promesse et une réquisition. Dans les termes de Latour, notre « enracinement terrestre » nous requiert et l’opportunité de le cultiver constitue la seule promesse que nous puissions nous faire. L’apocalyptisme critique se situe bien là : convoquer un au-delà qui révèle la destructivité de notre histoire et symétriquement inscrire dans le temps la promesse d’un autre monde. L’anthropocène nous intime d’habiter la Terre ; il se dit en termes eschatologiques car eux seuls donnent sens en même temps à la menace et à la promesse. C’est en cela que les fictions de la fin du monde que j’étudie ici s’opposent terme à terme à l’apocalyptisme nihiliste qui consiste à tenter de faire perdurer notre monde tel qu’il va et à écarter tout discours et toute pratique visant à faire exister une promesse. En d’autres termes, un autre monde est possible, mais à la condition d’une critique radicale du nôtre.

Résolument passionnant (et source de nombreuses envies supplémentaires de lecture), fort convaincant, imaginatif et inventif, l’ouvrage aurait pu sans doute tenter de franchir davantage les frontières séparant parfois artificiellement les genres littéraires, et appliquer plus encore à l’écrit ce qu’il parvient à pratiquer pour le cinéma, en intégrant le corpus proprement science-fictif, particulièrement riche et éclairant sur cette thématique, ce qui aurait permis également de boucler encore plus solidement le retour opéré sur l’élan utopique qui continue à irriguer l’apocalyptisme critique, renouant ainsi avec la singulière analyse de Fredric Jameson dans son si décisif « Archéologies du futur ».

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Discussion

3 réflexions sur “Note de lecture : « Fabuler la fin du monde » (Jean-Paul Engélibert)

  1. Petit lapsus: le prénom de Saramago est José.

    Publié par José | 3 août 2020, 08:54
  2. Jonathan Franzen, l’écologiste (hélas)

    « Et si on arrêtait de faire semblant ? » de Jonathan Franzen traduit par Olivier Deparis (2020, L’Olivier, 352 p.). Romancier célèbre et brillant essayiste dit le quatrième de couverture. Et cela est vrai, tout y passe : récits personnels réflexions plus vastes sur l’Amérique, avec en plus le réchauffement climatique, les nouvelles technologies et la littérature. Evidemment on va vite dire que j’ai un certain parti pris envers cet auteur. De fait, je n’apprécie guère Jonathan Franzen, et cela depuis qu’il a fait la couverture de « Times Magazine » il y a une dizaine d’années, en tant que « Great American Novelist ». C’était lors de la sortie de « Freedom », après un long silence, sept ans mis à écrire ce pavé de quelques 700 pages, finalement traduit en « Liberté » par Anne Wickes (2011, L’Olivier, 718 p.). J’étais alors plongé dans les auteurs américains traduits et publiés dans la très bonne collection « Lot 49 » de Christophe Claro. Un autre monde, une autre écriture. Et puis il y a eu, toujours de Franzen « The Kraus Project » sous-titré « Essays by Karl Kraus » (2014, Picador, 320 p.), actuellement non traduit en français. Des soi-disant analyses de textes du début de Karl Kraus. Faut-il encore en reparler. Mais qu’a-t-on à faire de ses réflexions sur sa solitude à Berlin pendant sa bourse, de ses relations avec la gent féminine ou de ses cauchemars face à Pynchon ou Harold Bloom. Au fond, il était parti, pour devenir riche et célèbre. Se voyant le Karl Kraus de notre époque, il devient riche, certes, après son premier livre « Les Corrections » traduit par Rémy Lambrechts (2002, L’Olivier, 720 p.). Décidément, il ne sait pas faire court. Tout ceci pour écrire ses mémoires en 2006, il a alors 46 ans. Encore jeune, il était déjà vieux dans sa tête, mais il a eu la couverture de « Time Magazine ». On a la postérité que l’on se choisit. Et le revoilà en essayiste sur le réchauffement climatique, les catastrophes terrestres, le mode des oiseaux.

    Déjà, dans « Phénomènes naturels » (2018, L’Olivier, 655 p.) traduit par Olivier Deparis de «Strong Motion » (1992, St Martin’s Press, 508 p.) Jonathan Franzen s’attaquait aux cataclysmes qui nous menacent. C’est l’histoire de Louis Holland, technicien radio de 23 ans, qui vient de s’installer dans la région de Boston. « Il existe une odeur spécifique, une odeur ancienne, humide et mélancolique qui se dégage de Boston après le coucher du soleil, lorsque la température est fraiche et qu’il n’y a pas de vent. La convection la ramasse sur les eaux écologiquement perturbées de la Mytic et de la Charles ainsi que des lacs. Les filatures à l’abandon et les scieries en sommeil de Waltham la diffusent ». A peine installé, un séisme se produit, qui fait une seule victime la grand-mère, Rita Kernaghan, laissant une fortune estimée à 22 millions de dollars. En fait, elle est tombée de son tabouret de bar, vraisemblablement saoule. La famille comprend le père Bob, professeur d’histoire, marqué par l’époque précédente des années 60, vaguement marxiste (enfin au sens des USA), la mère Mélanie, frustrée de l’ascenseur social. La génération suivante comprend le jeune Louis et sa sœur ainée Eilen avec laquelle il ne s’entend pas trop. Etudes de commerce à Boston, elle milite plus ou moins dans un mouvement dirigé par Stites, un pasteur militant anti avortement, très actif dans le mouvement de « The Church of Action in Christ ». « J’ai du mal à concevoir un monde qui considère la croyance religieuse comme une forme de psychose mais qui pense que le désir de posséder un meilleur micro-ondes est le sentiment le plus naturel qui soit ». Elle milite dans la « sororité des porteuses d’enfants ». Et elle est maintenant entichée de Peter, dont le père est cadre chez « Sweeting-Aldren » une compagnie qui recycle des produits chimiques.
    Louis Holland rencontre alors Renée Seitcheck, sismologue trentenaire de Harvard, un peu paumée. Elle poursuit la thèse et dénonce un complot industriel à l’origine de tremblements de terre à Boston. Les répliques sismiques se multiplient, et il s’avère bien vite que les tremblements de terre pourraient être induits par les pratiques d’enfouissement illégales d’une grande usine pétro-chimique de la région. La petite ville de Peabody, au nord de Boston, devient l’épicentre, au sens propre comme au sens figuré, d’une intrigue politico-industrielle majeure. Quelques scènes d’amour virent à la description abrupte du corps humain. On est à la limite de la dissection anatomique. Avec cependant des incongruités, telles ces conversations post-coïtales sur les gouts musicaux de Renée « Lou Reed ? Roxy Music ? Waitresses ? XTC ? The Banshees ? Early Bowie ? Warren Zevon ? ». Qui s’entrecoupent avec des réflexions philosophico-entourloupées. « L’inéluctable jonction des jambes de Renée incarnait à présent en Louis une nécessaire convergence d’émotions, la chaleur de sa peau à elle se confondait avec celle ressentie par ses yeux à lui lorsque ses paupières se baissaient pour les recouvrir ». Mais il y en aura pour tous les gouts comme « le silence qui les enveloppait, flatté par leur déférence, se fit saturé et despotique » ou encore « une brise humide imprégnée d’infrastructure déplaçait des faucilles de cheveux sur son front ». Comprenne qui pourra.
    Un des problèmes du livre est sa longueur, mais il faut croire que Franzen est payé à la ligne comme les anciens feuilletonnistes. Le livre fait environ un peu moins que 700 pages, mais il faut arriver à la moitié, vers les 378 pages pour, à la fois comprendre les finalités du livre et attendre qu’il se passe enfin quelque chose. Entre temps, on a eu des commentaires sur Donald Trump, bien que le livre date de 1992. « Ah, dit Louis. Me voilà donc avide de consommation. Je suis un Donald Trump comme tous les autres. C’est ça mon problème : je veux avoir un appart de luxe comme celui d’Eileen, je veux avoir mon magnétoscope et ma BM, je suis en colère contre Maman parce qu’elle refuse de me les donner. C’est ça ta conclusion ? » ou encore « Je parle des bonnes intentions de ces gens. Parce que, croyez-moi, personne n’en est plus pétri que dans l’industrie chimique. D’accord, ils sont riches comme Crésus, mais ce n’est pas pour ça qu’ils sont dans ce secteur. Ils y sont pour servir la société. Ils rendent le monde plus agréable à vivre. Ils font toutes ces petites choses pratiques que la nature ne sait pas faire toute seule. C’est quoi, quatre millions de litres de déchets toxiques déversés annuellement, comparé au confort de ne jamais trouver un ver de terre dans sa laitue ? Voilà de quoi je parle. Voilà pourquoi j’attends le grand séisme, juste pour voir toute cette merde leur revenir dans la gueule ».
    Il y a tout de même un problème de taille, et il est majeur : il faut tenir jusqu’aux pages 378 et suivantes pour comprendre l’intérêt de l’histoire et qu’il commence à se passer (enfin) quelque chose. Faites le calcul, sur 681 pages, c’est plus que la moitié. Alors que se passe-t-il dans les 370 premières pages ? Rien ! cela fait à la fois peu et beaucoup pour un roman, fût-il d’un « Great American Novelist ». Un remplissage avec des thèmes dans l’air du temps, la bonne société WASP de Boston, les débats écologiques qui démarrent. En fait qui datent de plus longtemps, avec les premiers séismes induits par injections de déchets chimiques, éventuellement radioactifs dans la région de Denver entre 1961 et 1966.
    « Et si on arrêtait de faire semblant ? » traduit par Olivier Deparis de « The End of the End of the Earth» (2019, Fourth Estate Ltd, 230 p.). Le dernier roman écolo de Franzen, sur un marché porteur. En fait tout part d’un article dans « The New Yorker » du 8 septembre 2019 intitulé « What If We Stopped Pretending ? ». Lequel suscite immédiatement un article du « Scientific American » du 11 septembre 2019 « Shut Up, Franzen ». C’est dire si l’article initial, pamphlet au petit pied, a fait mouche.
    Sa position est la suivante : « Considérez-moi comme un pessimiste ou un humaniste, mais je ne vois pas la nature humaine changer de manière fondamentale dans un futur proche. Je peux bien passer au crible de mon modèle dix mille scénarios, il n’y en a pas un seul où l’objectif des deux degrés est atteint ». C’est son grand adversaire : les deux degrés qui conduisent quasiment au point irréversible où le climat terrestre bascule dans la catastrophe.
    Et il est temps d’agir « Si vous êtes plus jeune que soixante ans, vous avez une bonne chance de voir la déstabilisation de la vie sur Terre – avec des récoltes désastreuses, des feux apocalyptiques, des économies qui implosent, des inondations impensables, des centaines de millions de réfugiés fuyant des régions devenues inhabitables par l’extrême chaleur ou la sécheresse permanente. Si vous avez moins de trente ans, vous êtes tous certains de voir tout cela ».

    Non content de s’appuyer sur des données scientifiques, Jonathan Franzen explique utiliser la seule force de son cerveau de romancier pour envisager les différents scénarios possibles. « En tant que non-scientiste, je fabrique mes propres modèles » (« I do my own kind of modelling »). C’est révélé par « The Guardian ». Suivant comme cela peut être interprété, l’article ne préjuge rien qui vaille de l’auteur et de ses théories. « Il ne se passe pratiquement pas un jour sans que je lise que le moment est venu de ‘‘retrousser nos manches’’ et ‘‘sauver la planète’’ ; que le problème du changement climatique peut être ‘‘résolu’’ si nous mettons nos efforts en commun ». C’est d’une indigence rare. Et Franzen poursuit. « Si vous êtes préoccupés par la planète et les humains et animaux qui la peuplent, il y a deux façons de voir les choses. Vous pouvez continuer à espérer que la catastrophe peut être empêchée, et sentir la frustration monter en vous devant l’inaction du monde. Ou bien vous pouvez accepter que le désastre va survenir, et repenser ce que cela signifie que d’avoir de l’espoir ». Reste à se retrousser les manches. « Vous pouvez continuer d’espérer que la catastrophe est évitable, et éprouver toujours plus de frustration et de colère face à l’inaction du monde. Ou vous pouvez accepter que le désastre est pour demain, et commencer à reconsidérer ce que cela veut dire d’espérer ».
    Dans la première partie du pamphlet, le profond pessimisme de Franzen nous pousse à faire le deuil de tout espoir. La seconde partie est plus intéressante. Admettons que la partie était perdue d’avance pour le changement climatique ? Franzen recommande de placer son espoir dans des objectifs plus facilement atteignables sur le court terme. Il se moque tout d’abord des énergies nouvelles, biofuel ou ethanol. De même que voter pour des candidats verts, ou aller travailler en vélo, et éviter les voyages en avion. Ce ne sont pas en soi des idées révolutionnaires. Tout au moins qui nous sauverons de la limite des deux degrés. Par contre, il propose des actions dans l’environnement immédiat. Par exemple, il propose de s’engager pour la protection des espèces, en particulier les oiseaux. Un interview dans « L’Observateur » en parle sur près d’une page. Ou alors aider les personnes sans abri et les plus démunis, comme il s’y est engagé. Il cite le programme « Homeless Garden Project » à Santa Cruz, où il vit. « Une petite ferme à l’ouest de la ville qui offre emploi, éducation et aide à une communauté membre de la cité et aux sans-abris ».
    Son profond pessimisme nous enjoignant à faire le deuil de tout espoir, la seconde partie de l’article est loin d’être inintéressante. Que faire quand on a admis que la partie était perdue d’avance face au changement climatique ? Franzen ne croit pas qu’il ne faille rien faire, au contraire. Il recommande de placer son espoir dans des objectifs plus facilement atteignables sur le court terme, en s’impliquant dans des actions dans son environnement immédiat. Par exemple, s’engager pour la protection d’une espèce en particulier ou aider des personnes sans abri.

    Passons aux critiques, qui n’ont pas manqué. Première, et pas forcément la plus idoine. « Franzen est un romancier, pas un scientifique, alors pourquoi devrions-nous accorder de l’attention à son analyse de la crise climatique ? ». Comme si les scientifiques étaient seuls agréés pour débattre du problème. Reste à débattre entre pessimisme et défaitisme. « L’espoir, tel que Franzen le définit, est une chose petite et fragile. Il le fragilise plus encore avec son propre pessimisme […]. Le pessimisme est la réaction que nous ne pouvons pas nous permettre ». On lui reproche de s’intéresser plus « aux oiseaux qu’à l’homme futur ». Ce qui n’est pas faux. Quant à so obsession à propos des 2 degrés… Pourquoi pas viser 2.1 ou 2.2 °C.
    Son approche politique, via le « Green New Deal » est vite démontée par des politiques et des scientifiques. « Il n’a pas lu le Green New Deal, ou n’y a rien compris ». C’est sans appel. Enfin son approche psychologique de l’humain est aussi vite rembarrée. Voir les remarques à propos des votes pour des candidats verts, ou aller travailler en vélo, et éviter les voyages en avion. Bref on ne peut dire que l’accueil soit enthousiaste. Sigal Samuel, dans « Vox » du 11 septembre 2019, finit de clouer le cercueil « Franzen is, well, Franzen ».

    Publié par jlv.livres | 13 août 2020, 21:42

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