☀︎
Notes de lecture 2020, Nouveautés

Note de lecture : « De rivières » (Vanessa Bell)

La poésie sourdement vibrante d’une force liquide qui va et d’une émancipation féminine toujours menacée.

x

De rivières

quels mots mâches-tu
quand j’émiette le silence
les avions s’éteignent
et tu pars

une glace dans chaque poing
tu ignores le fleuve

La Québecoise Vanessa Bell était déjà connue en tant qu’animatrice d’émissions radio littéraires et comme journaliste littéraire, avec un intérêt déjà affirmé pour la poésie. « De rivières », publié à l’automne 2019 chez La Peuplade, est sa première plaquette.

tu t’ériges en chaleur
les bras innocents les bras bien hauts
tu pourras dire que ce n’est pas vrai
ce n’est pas toi

drapeau blanc sur saison sèche
je te rends tes saignements de nez
puisque tu y tiens

Transformer, tout en puissance intime, la métaphore d’une force liquide qui va, avançant et résistant de la même vague, se dessine au fil du texte comme l’enjeu très opératoire, presque performatif, de ces 65 pages de vers libres, affûtés et subtilement obsessionnels, regroupés en quatre ensembles intitulés « En dehors de son milieu », « Ce vent », « Grosse roche » et « Jusqu’où c’est profond »., quatre parties pour distiller une évolution argumentative discrète et une progression critique dans un parcours fluvial résolument féminin et féministe.

longtemps tu as omis
les lacs les rivières
ébloui par ce qui parle fort

x

d4e2c8f3-94b0-4e46-9367-9c52f3c3334b

Comme pour subvertir davantage encore la très libertaire « Histoire d’un ruisseau » d’Élisée Reclus, et lui offrir une vibration poétique combattante, Vanessa Bell traque dans ses propres rivières la force de surmonter les obstacles dressés, toujours en nombre, sur la voie d’une émancipation féminine fallacieusement réputée acquise – par les dominants -, alors même que des luttes vitales demeurent.

n’importe que le soir tombe dans tes yeux
je te préfère
mon amour cheval
au ventre de bois gonflé

j’ai volé les papiers à l’église
ai léché toute leur encre
quelqu’un se terre derrière cette porte
je pense que tes mains y peuvent quelque chose

En une langue méticuleusement codée, mais ne perdant jamais le sens de la beauté du mot et du rythme des maillons agencés, Vanessa Bell mobilise souvenirs d’enfance et d’adolescence – sous une forme bien différente, mais convergeant pourtant à plus d’un titre avec les textes magnifiques de Marie-Andrée Gill, « Béante », « Frayer » ou « Chauffer le dehors » -, souvenirs de luttes intimes et de combats politiques, souvenirs de victoires et d’échecs, souvenirs d’amours rêches et d’amitiés heurtées, pour développer la quête fougueuse d’une sérénité inquiète, quelque part vers l’aval.

pour m’aimer
sois furieux
c’est sous l’eau que j’accepte de me rendre

Guillaume Richez en parle superbement su son blog Les imposteurs, ici.

x

vanessa-bell

Photo ® Jules Bilodeau

Logo Achat

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :