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Notes de lecture 2020, Nouveautés

Note de lecture : « Chasse royale – Deuxième branche IV » – Rois du monde 5 (Jean-Philippe Jaworski)

La guerre civile celte fait rage et rebondit dans ce cinquième volume, à la poésie hirsute intacte, mais dans l’attente d’un dénouement et d’une apothéose, désormais.

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Très droite au milieu des herbes jaunies du tertre de Cassidanos, la haute reine se détache sur le ciel. Un ciel d’été, un azur moucheté de nuages immaculés, soufflés depuis les horizons bleutés. Tandis que nous quittons la nécropole royale, je me retourne et j’adresse un geste d’adieu à la souveraine. J’espère qu’elle y devinera tous les égards que mon départ précipité vient d’écourter : l’estime, la gratitude, l’amitié, ainsi que la promesse muette de ne pas faillir. Peut-être y verra-t-elle également mes scrupules à l’abandonner ainsi au pouvoir d’un frère secourable, mais trop ambitieux.
M’attarder serait toutefois un manquement plus grave : un acte de soumission à l’étranger. J’y livrerais à la fois ma liberté et le pouvoir de la haute reine à la puissance du libérateur arverne. En l’absence du haut roi, Agomar est bien tenté de confondre les prestiges de sauveur et d’usurpateur. Les protestations et l’hostilité des hommes d’escorte de la haute reine, quand ils ont compris que je prenais congé de ma tante en me passant de l’avis de leur roi, n’ont fait que confirmer mes soupçons. Adcanaunos, le soldure d’Agomar, s’est d’abord montré surpris, puis furieux. Il n’a pu me contraindre : héros biturige, je ne dépends que de l’autorité de la haute reine. Il a néanmoins essayé de me retarder ; le devoir m’imposait de veiller sur le sort de souveraine jusqu’à son retour à l’abri des murs, m’a-t-il remontré. Je m’en suis sorti par une astuce, en lui cédant cet honneur. Il n’a rien trouvé à y répliquer : comment se prétendre insulté par quelqu’un qui t’honore ? Mais il a aussitôt dépêché un de ses ambactes pour annoncer ma défection à son maître. Ayant rassemblé en hâte mes compagnons et nos chevaux, j’ai donc dû talonner pour m’éloigner au plus vite du Gué d’Avara. Ce, en coupant court de façon cavalière avec la souveraine, que j’ai le sentiment d’abandonner à son sort, esseulée sur la tombe de ses enfants.

Publié en janvier 2020, toujours chez les Moutons électriques, le cinquième volume des « Rois du monde », la grande geste celtique concoctée par Jean-Philippe Jaworski à partir de quelques modestes lignes arrachées à Tite-Live et d’une impressionnante somme de recherches documentaires sur la Gaule du VIe siècle avant J.C., redémarre aux côtés de son héros Bellovèse quelques minutes à peine après la fin du quatrième volume. Dans ce décor étonnant et foisonnant, dont les données essentielles ont été en apparence fournies dès le premier volume, « Même pas mort », avec son cortège d’intrigues politiques et de croyances religieuses irriguant le quotidien matériel comme les rêves au bord de la folie, la guerre civile fait rage en Celtique. Déclenchée dans « De meute à mort », poursuivie dans « Les grands arrières » et ayant semblé atteindre son paroxysme et sa fin dans le volume précédent, justement, cette déchirure presque fratricide du tissu humain et spirituel du grand royaume s’est révélée peu à peu comme n’étant qu’un voile d’apparences, certes captivant, masquant avant tout sans doute le cheminement intérieur de Bellovèse, narrateur au récit décidément bien peu fiable, malgré ses grands élans d’honnêteté héroïque, narrateur dont la quête personnelle et l’introspection à tout va marquent l’histoire dite principale de tout leur poids mystérieux.

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– Une fois que j’ai choisi ton camp, forcément, j’ai misé sur ta victoire. Mais au départ, ça ne s’est pas passé comme ça.
– Ça s’est passé comment ? Voilà une chose qui m’intéresse, Bellovèse. Pourquoi te ranger de mon côté ? »
Est-ce de la complaisance dans le malheur ? Ambigat est-il tombé si bas qu’il jouit de se dénigrer lui-même ? Bien que l’idée m’effleure, je ne peux me défendre contre un mouvement d’humeur. Cette curiosité sur la nature de ma loyauté a quelque chose d’injurieux. Alors j’aboie :
« Tout ce que j’ai fait pour toi, ça ne te suffit pas ? Tu as encore trop de partisans, peut-être ? Tu veux trier le bon grain de l’ivraie ?
– Ne prends pas la mouche, mon garçon. Qui oserait contester que tu es l’un de mes champions ? Au point où j’en suis, je ne boirais pas avec toi si je ne t’accordais pas ma confiance. La question que je te pose, ce n’est ni de la défiance, ni une lubie. Essaie un peu de mettre à ma place, j’ai besoin de comprendre… Ceux que je n’ai jamais traités en ennemis ont été si nombreux à me trahir que j’aimerais apprendre pourquoi celui que j’ai traité en ennemi prend fait et cause pour moi. Ça n’a rien d’une indiscrétion : tu as une leçon à m’apporter. Rêvons un peu… Imaginons que vos péroraisons finissent par m’embrouiller et que je reprenne les armes. Est-ce que je vais massacrer tous les rebelles ? Est-ce que je vais saigner à blanc la Celtique ? Je tuerai le nécessaire, c’est entendu, mais les autres, il faudra bien les faire revenir sous ma férule. J’aurai des ennemis par centaines à regagner. Voilà pourquoi tes raisons m’intéressent. Pour ma gouverne, tu m’instruiras sur ce qu’il serait bon de répéter. »
Si irritantes soient-elles, ses vaticinations ne sont pas dépourvues de bien-fondé. Certes, je n’ai nulle envie de me découvrir complètement à ses yeux ; du reste, comme me l’a reproché Cictovanos, je ne suis pas certain d’embrasser mes motivations profondes. Toutefois, quelque chose vient de s’infléchir dans le discours d’Ambigat : n’a-t-il pas envisagé de reprendre le combat ? Si je lui fournis la réponse qu’il attend, peut-être acceptera-t-il de dessaouler et de revenir dans le jeu.

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Bien que son écriture soit à nouveau de très haute tenue (et que le maniement de différents registres ou tonalités par Jean-Philippe Jaworski maintienne intacte la troublante et inattendue poésie de la saga), ce cinquième volume souffre toutefois, à mon sens, et pour la première fois après plus de 1 000 pages, d’une étrange baisse de régime. Alors que le dévoilement (parcimonieux) de ses obsessions intérieures par Bellovèse lui-même marque le pas et ne nous dévoile ainsi pas grand-chose dans ces 250 pages-ci, les rebondissements militaires et politiques de la guerre civile peinent à maintenir la lectrice ou le lecteur en haleine, et une pernicieuse impression de déjà vu s’infiltre même par moments. Comme on ne saurait décemment soupçonner l’auteur de volontairement tirer à la ligne – et le soin apporté à donner ou redonner vie à certains personnages parfois trop vite étiquetés comme secondaires en témoignerait à lui seul -, on supposera donc que certaines péripéties guerrières devaient avoir lieu – au risque assumé du légèrement fastidieux – pour rassembler les conditions d’un dénouement spectaculaire que les trente dernières pages, ici, laissent en effet entrevoir, pour notre joie – et pour l’affreuse et délicieuse sensation de cliffhanger rarement encore atteinte à ce point-là dans la saga. Acceptons donc l’augure que ce cinquième volume n’était pas uniquement de transition, et que le sixième, impatiemment attendu, en révèlera a posteriori toute la nécessité narrative.

Quelque chose de vindicatif durcit toutefois cette figure bouleversée.
« Et pourtant je t’en veux, s’emporte-t-elle. C’est absurde, mais je t’en veux ! Je ne peux m’empêcher de penser que si tu avais accompagné Agomar au lieu de chercher Ambigat, les choses auraient tourné différemment.
– Tu me prêtes plus de pouvoir que je n’en ai.
– Allons donc ! Tu as survécu à ta capture ! Tu as sauvé cette ville ! Tu as ramené le haut roi ! Tu portes l’empreinte des dieux, Bellovèse. Je suis certaine que tu aurais trouvé le moyen de protéger le roi des Arvernes comme tu as couvert la retraite du roi des Bituriges. »
Ce grief ne me livre sans doute qu’une partie de sa pensée ; elle me reproche plus simplement d’être encore de ce monde quand ses fils et son frère ne sont plus. Bizarrement, je n’en éprouve nul sentiment d’injustice ; en fait, je partage presque sa révolte, car nous avons subi tant de pertes que je ne comprends pas très bien ce qui me vaut d’être toujours en vie. Suis-je encore marqué par le sort qui m’a jadis empêché de mourir ? Ou s’agit-il d’une malédiction subtile ? Parce que j’ai rompu un de mes interdits, peut-être me faudra-t-il souffrir la mort des autres avant d’arriver à mon propre terme. Peut-être suis-je toujours sur le chemin d’épines que j’ai emprunté à Aballo… En tout cas, je fais l’expérience d’une étrange disgrâce : voici que mes exploits peuvent devenir motifs de reproche dans mon propre camp. Si encore il ne s’agissait que de jalousie et de gloriole… Mais Cassimara est loin de nourrir des sentiments aussi bas. La prouesse que j’ai accomplie dans la forêt carnute, elle m’accuse de ne pas l’avoir réitérée sur les terres bituriges. Le prestige gagné en dépassant mes limites a changé la donne, non en m’accordant plus de pouvoir, mais en démultipliant les attentes que les miens placent en moi. Plus moyen d’être un guerrier parmi d’autres : impossible de rentrer dans le rang une fois consommé le tour de force. Il faudra désormais en faire davantage ; se contenter de succès ordinaires ne suscitera que du mépris.

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Discussion

Une réflexion sur “Note de lecture : « Chasse royale – Deuxième branche IV » – Rois du monde 5 (Jean-Philippe Jaworski)

  1. La Nuit de plomb Hans Henny Jahnn

    Tant que l’on est au chaud douillettement confiné, autant relire les bons auteurs, Hans Henny Jahnn, par exemple dont Charybde a effectué la critique il n’y a pas si longtemps (ou du moins la première partie de « Le Navire de Bois »). C’est le premier tome d’une trilogie, mais hélas il n’y a pas eu la suite avec « Les Cahiers de Gustav Anias Horn »
    https://charybde2.wordpress.com/2016/06/29/note-de-lecture-le-navire-de-bois-fleuve-sans-rives-1-hans-henny-jahnn/#comments
    Pourquoi commencer avec « La Nuit de Plomb » traduction de (1963, Le Seuil, p.), tout simplement parce que c’est le seul volume publié au Seuil, tout le reste étant de chez José Corti, avec une belle couverture jaune (qui devient plus pâle au soleil).

    Un peu de biblio avant sur l’auteur sans faire tout l’inventaire, qui est fort varié, mais qui explique en partie le personnage.
    Hans Henny Jahnn, de son vrai nom Hans Henry Jahn, est né le 17 décembre 1894 à Hambourg—Stellingen. Il ajoute un « n » à son nom de famille par égard à Jann Von Rostock, bâtisseur de cathédrales et hérétique, qu’il considère être son ancêtre. Il ajoute également cette lettre au prénom Henny par souci de féminité après sa rencontre, à 14 ans, avec Gottlieb Friedrich Harms. Hans Henny Jahnn (HHJ) est le fils d’un constructeur de bateaux qui fait ses études primaires à la Realschule de St. Pauli où il rencontre Gottlieb Friedrich Harms, puis entre à l’Oberrealschule Am Kaiser-Friedrich-Ufer où il écrit le drame « Revolution » et en 1912, déjà, il dédicace à Harms l’ensemble de son « œuvre littéraire ». Ce dernier est alors en relations avec Hannah Arnold, la fille d’un professeur de théologie à Breslau, et adepte de la secte des Herrnhuter. Cette secte, encore appelée secte des frères moraves ou « Unité des frères de la loi du Christ », fondée par des hussites modérés aux prises avec la papauté. Elle condamne la seigneurie et le servage au nom de l’égalité et de la justice sociale, exigeant une application rigoureuse des lois évangéliques. Cependant elle exclue tout recours à la force et à la violence.
    C’est le début d’une crise mystique pour HHJ. Il écrit alors « Haimo » dans lequel un groupe de jeunes gens s’insurge contre la société « Jesus Christus, Der Auszug » et deux autres pièces. Durant l’été 1913, il fait la connaissance de Franz Buse,un élève médiocre âgé dont Jahnn et Harms feront les devoirs d’école. En juillet 1913, HHJ, prétextant une randonnée dans la lande de Lüneburg, part avec Harms sur l’île d’Amrum où celui-ci fête son anniversaire avec Hannah Arnol. Le 19 juillet, il célèbre ses « noces mystico-charnelles » avec Harms. Dans sa première œuvre où intervient le royaume d’Ugrino, « Du und Ich » (Toi et Moi). HHJ dramatise ses rapports avec Harms, toujours lié à Hannah Arnold.
    En 1913 il découvre également son intérêt pour la facture d’orgues. Il sera un très bon restaurateur d’orgues, après sa découverte de l’orgue d’Arp Schnitger à la Jacobikirche de Hambourg, qui nécessite une restauration. Durant les vacances de Pâques, Harms et Jahnn font une fugue à Rostock, Stralsund, sur l’île de Rügen, visitant vieilles églises, cryptes et orgues. Il est alors atteint de typhus et hospitalisé.
    HJHJ écrit « Der Tod und die Liebe, Mysterium », « Familie Jakobsen » et « Die Mutter ». Quatre jours après le début de la Guerre, le 5 aout 14, Harms et Jahnn obtiennent leur baccalauréat et réussissent par deux fois à se soustraire au recrutement. Le 7 août, ils embarquent pour la Norvège et s’établissent à Aurland, petite localité au bord d’un fjord. De juin à décembre, il écrit « Die Mauer » dont la seconde partie se passe dans le château d’Ugrino.
    En 1916 Jahnn, adepte des théories néo-pythagoriciennes d’Albert von Thymus et de Hans Kayser, établit un projet pour un orgue qui insiste sur la proportion 5/7. Il écrit le fragment « Ugrino und Ingrabanien », « Pastor Ephraim Magnus », et la majeure partie de « Die Krönung Richards des Dritten ». Lors de leur séjour à Romedal, ils sont soupçonnés d’être des espions allemands et retournent à Aurland. Fin 1918, de retour à Hambourg, ils se retirent dans la maison de vacances de Jürgensen et Eggers à Eckel. Jahnn transforme cette maison de bois en une bâtisse solide, y ajoute une construction en pierre pour l’atelier de Franz Buse devenu sculpteur, ainsi qu’une écurie pour sa jument Tufsa. Le 2 juillet 1919 Jahnn, Harms et Buse signent un contrat provisoire, mentionnant les buts et les statuts de la communauté Ugrino. Après la mort de son frère Fritz, suite à la grippe espagnole HHJ construit le seul édifice « Ugrino » jamais réalisé : un tombeau familial.
    Jahnn quitte officiellement l’église évangélique luthérienne et la communauté Ugrino est inscrite au registre des sociétés. Buse amène sa compagne Senta à Eckel. Jahnn fait la connaissance d’une amie de Senta, Ellinor Philips qui s’installe à Eckel. Fin octobre 1926, Harms et Ellinor s’installent à Hambourg, cependant que Jahnn préfère d’abord rester, Franz Buse et Senta quittent aussi Eckel.qui sera cependant bientôt vendu. Les projets de constructions monumentales ayant échoué, Jahnn ne croit plus à Ugrino. Le 18 novembre 1926, HHJ épouse Ellinor Philips, puis s’installe à Hambourg. Le 1er juillet 1928, mariage de Harms et de Sybille (Monna) Philips, la demi sœur d’Ellinor. Dès septembre, le couple partage à Hambourg le même appartement que les Jahnn.
    En mai 1928, HHJ commence la rédaction de Perrudja. Il obtient l’autorisation de restaurer l’orgue de la Jacobikirche de Hambourg, et achète un terrain au sud de Hambourg destiné à accueillir les églises de la secte. Il fait la connaissance de Günther Ramin, qui viendra fréquemment donner des concerts d’orgue à Hambourg et soutiendra ses idées. Jahnn publie son article L’orgue et le mélange de ses sonorités (Die Orgel und die Mixtur ihres Klanges) : « L’orgue crée un espace sacré transmettant un sentiment religieux et le respect de l’univers, sans croyance en un Dieu personnel ».
    Jahnn écrit Der gestohlene Gott (Le dieu volé), qui paraîtra en 1924. Les difficultés financières obligent Ugrino à revendre bientôt environ la moitié de ces terres sans y avoir érigé la moindre construction. En 1931, il ne restera que 150 arpents qui seront perdus lorsque Ugrino est virtuellement dissout et que Jahnn quitte l’Allemagne. De mai à octobre 1925, Ellinor et Harms font un « voyage de convalescence » en Italie. En juillet, Jahnn tient la vedette au congrès d’organistes à Hambourg et Lübeck. Il publie son article Les noms des jeux et leur signification (Registernamen und ihr Inhalt). En été, il fait une refonte en vers de Medea, son chef-d’œuvre dramatique. La pièce est créée en mai 1926 au Staatliches Schauspielhaus Berlin, dans la mise en scène de Jurgen Fehling. Désormais, il consacre sa vie à l’écriture et à la facture d’orgues (plus de cent instruments construits ou rénovés). Il se rapproche du « groupe de Hambourg » une association d’artistes de cette ville.
    Jahnn écrit « Die Familie der Hippokampen » pour l’almanach « Das Mondhaus zu Bimbelim ». Signe Jahnn nait le 28 juin 1929 et Eduard Harms le 11 juillet de la même année. Jahnn écrit, sur l’île de Trischen, la pièce « Au coin de la rue » (Strassenecke), parue en 1931. Le 14 septembre 1930 est inauguré à la Jacobikirche de Hambourg l’orgue restauré par Jahnn. Harms décède le 24 février 1931. Il est inhumé le 27 dans un cercueil étanche. Jahnn termine la « Nouvelle danse macabre de Lubeck » (Neuer Lübecker Totentanz), qui paraît la même année et obtient le poste d’expert d’orgues de la ville de Hambourg qu’il occupera jusqu’en mai 1933. En novembre 1932, il rencontre Muschg puis il participe à la fondation de l’éphémère « Radikale Demokratische Partei ».
    Jahnn retrouve son filleul Jan Yngve Trede (né en 1933), qu’il adoptera en 1950, le père étant mort en 1947. Parution alors aux éditions Willi Weismann de la première partie de « Niederschrift des Gustav Anias Horn » (la seconde ne sera publiée qu’en 1951). En 1950 Jahnn retourne définitivement à Hambourg. Un extrait « La nuit de plomb » (Die Nacht aus Blei), paraîtra en 1956 comme œuvre indépendante. En 1955 il commence à écrire une pièce dirigée contre la bombe atomique, « L’arc-en-ciel poussiéreux » (Der staubige Regenbogen) achevée peu avant sa mort et parue en 1961 sous le titre « L’arc-en-ciel poussiéreux « (Die Trümmer des Gewissens). En 1957 Jahnn publie « Thesen gegen Atomrüstung » (Thèses contre l’armement atomique). Le 17 avril 1958, lors d’une manifestation de « Combat contre la mort atomique » (« Kampf dem Atomtod »), il prononce devant 150 000 participants un discours depuis le balcon de l’hôtel de ville de Hambourg.
    • Le cycle romanesque de Fleuve sans rive comprend :
    o « Le Navire de bois » (1993, José Corti, 222 p.) traduction de René Radrizzani ;
    o « Les Cahiers de Gustav Anias Horn », en deux tomes (1998 et 2000, José Corti, 758 et 658 p.), traduction de Huguette et René Radrizzani,
    • « Treize histoires peu rassurantes » (1994, José Corti, 1994, 230 p.) traduction de Huguette et René Radrizzani
    • « Perrudja » (1995, José Corti, 804 p.) traduction de Reinhold Werner et Jean-Claude Marcadé.
    • « Ugrino et Ingrabanie » (1994, José Corti, 162 p.) traduction de René Radrizzani.
    • « Pauvreté, Richesse, Homme et Bête » (2008, José Corti, 138 p.) traduction de Huguette Duvoisin et René Radrizzani.
    • « Médée » (1998, José Corti, 128 p.) traduction de Huguette et René Radrizzani.
    • « Pasteur Ephraïm Magnus » (1993, José Corti, 178 p.) traduction de René Radrizzani.
    • « La Nuit de plomb » (1963, Le Seuil, 160 p.) traduction de Henri Plard.
    On y ajoutera
    • « Entretiens avec Hans Henny Jahnn » de Walter Muschg (1995, José Corti, 138 p.) traduction de Huguette Duvoisin et René Radrizzani.
    • Splendeurs et misères de Hans Henny Jahnn (1894-1959) de Andréa Lauterwein (2000, L’Harmattan, 242 p.).

    Alors pourquoi cette biblio, non pas exhaustive, loin de là avant d’attaquer « La nuit de Plomb ». C’est un des derniers romans de HHJ, puisqu’il meurt d’une crise cardiaque en 1959, et que le roman parait en 1956 « Die Nacht aus Blei ». Après, il n’ya aura que des essais sur la possibilité de réarmement (nucléaire) de l’Allemagne. On l’a vu, sa vie est extrêmement chaotique : un exil en Norvège, un projet de vie alternative sous la république de Weimar, un exil sur l’ile de Bornholm au Danemark où il élève des chevaux, et dernier exil en Allemagne, tiraillé entre les deux RDA et RFA.
    La dernière phrase de « La Nuit de plomb » résume la situation. « Il entendit avec une précision surnaturelle le fracas du couvercle qui retombait sur le caveau muet ». Elle fait écho, ou miroir à la première. « Il faut que je te quitte à présent. Il faut que tu poursuives seul ton chemin. Tu vas explorer cette ville que tu ne connais pas ». Donc un soir d’hiver, un homme seul, Matthieu, marche dans une ville dont il ne connait qu’un boulevard et une maison à une seule fenêtre avec de la lumière « Il n’y a qu’un être humain derrière cette fenêtre. C’est une ressemblance qu’il a avec moi. Je ne le connais pas ». Le monde du rien. « Et puis tout disparut, effacé comme la voix ». Les créatures de cette maison, dont Elvire, ont une chair toute noire. « La créature était noire comme le néant, un trou dans la gravitation, existence sans forme ». Elvire qui s’offre à Matthieu, tout comme le groom, Grison ? Mais pourquoi faire ? « Quelle différence y a-t-il entre celui qui n’est jamais né et celui qui a vécu une fois ? ». Au restaurant « le restaurant reste ouvert, monsieur ; mais il n’y a plus rien à manger. […] Le pain d’hier est mangé. Il n’y a plus de soupe. Tout est mangé. Il n’y a ni huile ni vinaigre. Tout est consommé car la nuit dure déjà depuis longtemps ». On pense au « Es ist Volbracht » de la Passion selon Saint-Jean de JS Bach. « Les médecins de cette ville dorment, ils sont noirs. En outre, la neige a enseveli les rues »
    Apparait Lautrec, ou peut-être est-ce Anders, c’est-à-dire Gunther Anders l’auteur de « La Bataille des Cerises » (2013, Rivages, 215 p.) un livre de discussions avec Hannah Arendt. Lautrec, que Matthieu va presque adopter, avec ses blessures et sa quasi morbidité.

    Un roman, somme toute très déroutant. On passe de la description aux dialogues, avec en plus un narrateur plus ou moins amnésique. « Où donc se rendre, puisque cette ville m’est étrangère ». Et « je n’ai pas de maison et que je ne connais personne à qui demander conseil ? ». Des relations plus que compliquées, avec une homosexualité latente. Voir plus haut les épisodes de cohabitations de HHJ ; Harms et autres. Une ambiance glauque, morbide « Imagine, on se décompose tout en vivant – on est comme un cadavre en putréfaction et on vit ! Avec ses sentiments, on est logé dans cette chair rongée par la moisissure du cadavre ». Pour tout espoir : « Si seulement nous avions une pincée d’enfer ».
    C’est tout de même un texte superbe. Je vais m’atteler à relire « Perrudja », que je considère comme le plus beau roman de HHJ.

    Publié par jlv.livres | 31 mars 2020, 18:50

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