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Notes de lecture 2019, Nouveautés

Note de lecture : « Le bruit des tuiles » (Thomas Giraud)

À partir d’une utopie franco-texane totalement ratée en 1860, une somptueuse poétique de l’échec annoncé et de la technocratie présomptueuse.

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Un livre qui démarre, ou presque, avec pour un tiers de son exergue la fabuleuse citation de Julien Gracq, dans « Un balcon en forêt » : « Cela faisait partie des choses qui, trop minutieusement prévues, n’arrivaient pas. », par ailleurs signé par Thomas Giraud, qui nous avait déjà régalés de son « Élisée – Avant les ruisseaux et les montagnes » (formidable ré-imagination de l’enfance et de la jeunesse du grand géographe anarchiste Élisée Reclus) et de son « La ballade silencieuse de Jackson C. Frank » (impressionnante saisie de l’effacement du « plus célèbre des musiciens inconnus »), est un livre dont la lecture s’annonce bien. Cette fois-ci, pour nous raconter sa version de l’histoire du phalanstère texan de Victor Considerant et de ses amis, l’auteur est allé, en quelque sorte, plus loin, tordant certains éléments historiques avec ingéniosité, sans se contenter d’habiter les interstices laissés ouverts par les compte-rendus officiels, pour mieux nous faire pénétrer, plus totalement, dans cette chronique d’un échec annoncé.

Au bout du trajet, une petite vingtaine de minutes après Dallas, il y a, au pied de la lettre, un champ de ruines. Un champ très grand, quoiqu’il soit difficile de délimiter la taille du champ tant l’espace des ruines, ce fantôme de pierres absentes, se mêle dans un camaïeu de jaune, au soleil, au ciel, au sable, à la poussière dans l’air, au reste du désert. Il y a seulement de gros tas de pierres et de bois qui permet d’imaginer des maisons. Partout un mélange de sable et d’une terre légère qui s’envolerait si l’on soufflait dessus, juste bon à fabriquer de la chaux. Ça crisse sous les dents. Des restes de cheminements plutôt que de chemins, là où la terre et le sable sont plus écrasés. Des pierres qui ne sont pas déjà dans les murs de la maison d’un autre au milieu de rien si ce n’est ces petites touffes vertes. À partir des décombres on devine des maisons resserrées autour de deux ou trois bâtiments plus grands, éventrés, sans toitures. Plus loin, plus au sud, d’autres maisons mieux alignées. Des restes dispersés. Une organisation demeure identifiable, les murs, même tombés, continuent de faire parler, même si c’est très peu, ceux qui étaient là : comme si, malgré l’absence de toute trace écrite, on pouvait encore les entendre dire j’ai été là. Il y a les traces du passage d’une vie habitée mais pas celle de la mort qui serait restée. Pas de cimetière, seulement une croix. Il y a des ustensiles variés, incompréhensibles, de cuisine ou de bricolage, probablement, un amoncellement de bois, de vaisselles salies par les années à prendre la pluie, le sable et le soleil. On devine des sentiers que la végétation au sol, même rase, même si elle a repris largement à son compte l’espace, n’a pas encore recouverts. Du vide avec pourtant des souvenirs apparents. Quelques murs qui tiennent encore permettent de penser les portes inutiles de plusieurs petites maisons tassées. Les oiseaux font vraiment beaucoup de bruit ou alors c’est à cause du silence du lieu ? On ne vit pas ici, sur ce plateau de sable, on ne peut pas y vivre, c’est impossible, comme si l’impossibilité de le faire était plus encore, une interdiction, de celles innées, enfermées dans les os et dans le sang, pour vous obliger à vivre ailleurs, sauver l’espèce, sauf, bien sûr, s’il ne s’agit que de survivre. Et encore. Car comment respirer ? On doit se prendre tout le vent dans la figure, un vent bien rempli de sable. Car comment manger ? Car à qui parler ? Tout ce ciel, tout ce sable, cela a dû être simple d’avoir peur de vivre ici, d’avoir peur en vivant ici.
Fin 1860, ces ruines, c’est tout ce qu’il reste de Réunion, initiative de la Société de la colonisation dont Victor Considerant était sur place l’exécutant, les bras et les jambes pour parler comme les publicités anthropomorphistes du XVIIIe siècle mais dont il fut, en amont, la tête, l’âme. Celui qui avait élaboré tout ça. Ce naufrage aussi bien sûr.

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Victor Considerant, Idée d’un phalanstère, 1836

Dans une langue subtile épousant à merveille les différents point de vue possibles sur le déroulement de ce désastre colonial, Thomas Giraud, qu’il se concentre sur la vision prophétique initiale de Considerant, sur sa tournée de levée de fonds et de volontaires, sur le voyage vers la Terre promise ou sur les déboires du phalanstère de Réunion eux-mêmes, nous offre une subtile plongée dans l’âme technocratique, lorsque la raison souveraine se transforme mystérieusement en une foi quasi-religieuse échappant doucement au réel. De quêtes larvées de boucs émissaires (les habitants hostiles et profiteurs du village de Dallas ou de la petite ville d’Austin, le prospecteur François Cantagrel et son achat malencontreux de terres impropres à la colonisation, les dissidents précoces du groupe assemblé par le polytechnicien fouriériste, les sauterelles,…) en obstinations déconnectées de ce qui se passe pourtant clairement sous les yeux de toutes et de tous, le déroulé terrifiant d’une métaphore inéluctable étend ses ravages intellectuels et humains, jusqu’à ce que l’intuition initiale de l’échec, celle des tuiles tombant d’un toit en cascade, de plus en plus vite, vienne occuper l’ensemble de la scène.

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Victor Considerant (Gravure de Charles Carey, 1858)

Il a été prévu que Considerant soit reçu chez un sympathisant, un ami de la cause fouriériste, abonné aux revues, un type qui n’est un ami surtout que parce qu’il partage les mêmes vues sur le sens des choses à accomplir pour améliorer la vie des autres et la sienne. C’est avant tout un inconnu, dévoué admiratif révérencieux, avec un solide sens de l’organisation, qui a rabattu pour cette réunion tout ce que le canton compte de socialistes et de fouriéristes, c’est-à-dire de bibliothécaires, de journalistes sans emploi, de petits entrepreneurs aux idées larges, de médecins qui éradiquent gratuitement les maladies le dimanche, de ces avocats qui se croient connaisseurs des hommes d’avoir été commis d’office. Il a aussi repoussé les chaises et les bancs contre les murs, mis la table dans un coin avec des carafes de vins, des verres et de quoi manger un coup.
Considerant connaît son public et avant même d’y être, il imagine sans effort ceux qui seront là, sages et attentifs, raides comme beaucoup de ceux qui ont des valeurs auxquelles ils tiennent, l’élégance élimée dans leurs vestes de laine et de velours un peu flasques, presque débraillés, des moustaches, des cheveux épais et longs, des chapeaux tenus respectueusement à la main comme le font les paysans à la messe. Si seulement c’étaient des paysans ou des ouvriers agricoles. Ce sont ceux-là qu’il lui faudrait. Ou bien des menuisiers, des charpentiers, des maçons, des cuisiniers, des hommes et des femmes qui savent faire pousser, construire, bâtir à partir de rien, à partir du vide. Mais ceux-là sont occupés ailleurs par leurs mains, leurs bras, leurs jambes ou épuisés, couchés, endormis par la fatigue de la journée, de leurs bras, de leurs jambes. Ceux qui vont l’écouter ce soir ne souffrent pas de la faim. Si devant Considerant ils seront dans leurs petits souliers, ils ont cette solide assurance qui naît en dessous du menton et qui s’étale jusqu’au mollet de ceux qui font trois bons repas par jour. Ils auront le teint vif. Considerant regrette l’homogénéité de son public ; il aimerait que ce soit un peu plus bigarré, plus représentatif des différentes catégories de la société, car c’est pour tous qu’il écrit et qu’il pense. Non pas qu’il espère créer une société nouvelle où toutes les anciennes catégories sociales seraient représentées, mais plutôt que sa foi dans sa vision prophétique et rationnelle serait mieux récompensée si ses raisonnements séduisaient au-delà des habituels intéressés. Il fera avec ce qu’il a : ceux qui le lisent ; ceux qui lui ressemblent. Ce n’est déjà pas si mal.

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À lire en résonance avec le mythique « Les dépossédés » d’Ursula K. Le Guin, et à la lumière palpitante des « Archéologies du futur » de Fredric Jameson, « Le bruit des tuiles » (publié dans la collection La Sentinelle des éditions La Contre-Allée en septembre 2019) construit subrepticement une puissante poésie, jouant de ses personnages pour contourner et effriter la muraille intellectuelle de l’utopiste, jouant de sa langue horlogère pour traquer le religieux qui s’insinue dans le réel et dans le raisonnable, jouant des légères torsions à infliger à l’histoire officielle pour mieux bâtir ici une véritable poétique de l’échec annoncé et de la technocratie présomptueuse (quelle que soit, en réalité, son idéologie sous-jacente).

Quelques instants de satisfaction intérieure et puis, repoussant une mèche de cheveux ou se frottant les yeux avec la paume des mains, il retrouve des pensées plus mélancoliques, presque sinistres, qui lui permettent progressivement de chasser l’enthousiasme de mauvais aloi, la vision et l’intuition du bonheur achevé pour parvenir à la difficulté, à tout ce qu’il faudra faire. Les choses concrètes qu’il faut dire. Il manœuvre avec lui-même, marmonne et s’enjoint silencieusement à de l’austérité, de la sobriété avec quelques petits trucs qui produisent toujours chez lui un vif effet : les sermons des prêtres sur les tombes des enfants morts, la brume, le souvenir de certains cours magistraux faits par de vieux enseignants chevrotants et en habit, leurs mains tremblantes. Et surtout, ne pas se laisser aller à ce qui fait les miracles, le scintillement, les solutions aux problèmes trouvées dans un écart de la pensée, par hasard. Ne pas oublier le bruit de tuiles que l’on brise une à une, ces bruits de toits qui s’écroulent.

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Discussion

Une réflexion sur “Note de lecture : « Le bruit des tuiles » (Thomas Giraud)

  1. Joseph Boyden (le Canada et les Nations Premières)

    « Wenjack » est un tout petit livre (2017, Hamish Hamilton, 104 p.), petit également par le format (16 * 11 cm), mais superbement illustré par Kent Monkman. L’auteur, Joseph Boyden est surtout connu par sa trilogie sur sa famille indienne Wasauksing dans laquelle il raconte tout d’abord « Le Chemin des Ames » (2006, Albin Michel, 391 p.) traduit par Hugues Leroy de l’original « Three Day Road » le pénible retour de son grand père de la guerre en 1918. Incorporé avec son cousin, il revient seul, attendu par sa vieille tante. Un long retour parmi les siens après avoir été tireur d’élite dans son régiment, poussé par son aptitude à la chasse et au camouflage. Long retour durant lequel il lui faudra oublier ce qu’il a vu pendant la guerre, dans de longues sessions dans les cabanes de sudation. Puis ce sera « Les Saisons de la Solitude » (2009, Albin Michel, 4008 p.) traduit par Michel Lederer de l’original « Through Black Spruce » et « Dans le Grand Cercle du Monde » (2014, Belfond, 610 p.) traduit par Michel Lederer de l’original « The Orenda ». Un recueil de nouvelles « Là-Haut vers le Nord » (2008, Albin Michel, 275 p.) traduit par Hugues Leroy de l’original « Born With a Tooth » est en fait son premier ouvrage.

    Le premier roman est raconté avec beaucoup de sensibilité. Peut être due à l’histoire de Jo Boyden, et de Xavier, le grand-père de l’auteur (j’y reviendrai plus loin). En plus de ses origines et affinités indiennes, son grand père a combattu en 1915 dans la Somme, et son père a été un des médecins militaires les plus décorés, en particulier à Monte Cassino en 1944. En fait, le roman est inspiré pour partie de l’histoire de Francis Pegahmagabow et de John Shiwak, tous deux indiens des Premières Nations. Donc la descendance de Xavier Bird… Et Bird, (l’oiseau), de « Dans le grand cercle du monde » est un lointain cousin. L’histoire de sa tante, Niska, (l’oie, en cree) qui est une « hookimaw » (femme-médecine), est également romancée. Jusqu’ici, tout va bien. L’histoire, très bien écrite, est assez poignante. Les deux romans qui suivent sont de la même veine, on se plait à lire les aventures de ces générations successives.

    Recherchant un peu d’informations sur Jo Boyden et « Wenjack », la lecture du « Globe and Mail », le journal de Toronto, apporte une toute autre lumière. Le récit est tiré d’une histoire banale, superbement illustrée par Kent Monkman. Chacun des 12 chapitres est sous-titré du nom d’un animal, lequel est finement dessiné. Cela sert de trame à l’histoire qui se veut un lien entre les Premières Nations et la Nature. On a ainsi le corbeau, le colibri (« nenookasi ») la chouette, la tique, ou l’araignée (« asabikeshii ») ainsi que le castor (« amik ») dont le grand père faisait cuire la queue. C’est une histoire survenue à des gamins en rupture d’écoles de réhabilitations, sortes de pensionnats, chargés de remettre ces enfants des Premières Nations dans un contexte occidentalisé plus propre à les intégrer dans le monde actuel. On est alors progressivement immergé dans cette culture, avec les noms indiens des parents « nindede et nimaamaa » (père et mère). En plus des animaux, il y a la flore, comme « Gaawaandag » (épicéa) et « azaadi » (peuplier), tout comme on apprend à compter, en descendant depuis cinq « naanan, niiwin, niswi, niizh, bizhig ».

    On comprend mieux cette intrusion du vocabulaire qui sert de refuge à Chanie. L’enfant n’est plus seul dans la forêt, il est entouré par la flore et la faune qu’il a appris à connaître et à apprécier. Malheureusement ils ne sont pas de grand secours pour Chanie. Il ne lui reste qu’un bout de carte, dont il ne sait plus trop dans quel sens la regarder. Au début, en octobre, ils étaient trois, lui le plus âgé et deux frères. Au fur et à mesure, il se retrouve seul. Et surtout, ils n’ont pas les moyens de survivre, c’est à dire de manger dans cette forêt qui leur est pourtant presque familière. De fait l’histoire reprend une histoire vraie, celle de Chanie Wenjack Fund, un ojibwe de 12 ans qui s’est évadé de la « Cecilia Jeffreys Industrial Indian School », une école de réhabilitation presbytérienne de Shoal Lake, près de Kenora, à la frontière avec le Manitoba, soit à 1900 km au NNW de Toronto, où il était placé de force, le 22 octobre 1966. On le retrouve mort, ainsi que ses deux compagnons, frères, le long de la voie ferrée qu’il devait suivre pour rentrer chez son père à Ogoki Post, à 600 km, au NE de là. Cette affaire avait, à l’époque eu peu d’écho dans la presse, mais elle ressurgit sous l’action du frère d’un chanteur d’un groupe pop « Tragical Hip ». Le jury, entièrement blanc de l’époque avait conclu en « The Indian education system causes tremendous emotional and adjustment problems” et il demandait que « a study be made of the present Indian education and philosophy » (le système d’éducation indien provoque d’énormes problèmes émotionnels et d’adaptation, demandant que « une étude soit effectuée sur l’éducation et la philosophie actuelle indienne). Il a tout de même fallu plus de 30 ans après la mort de Chanie pour que le gouvernement ferme la dernière école de réhabilitation. A la suite de cette reprise par le groupe pop, une pièce « Secret Path » a été montée par Gord Dewie et un album illustré par Jeff Lemire a diffusé la pièce.
    La reprise de la pièce « Secret Path » est très bien acceptée par le public. Elle est diffusée par le magazine Maclean qui lui assure une large audience. Un projet s’engage alors via les médias (www.macleans.ca/therunaways) qui prend corps en 2016, au vu de l’émotion que suscite la disparition des enfants indiens. Cela d’autant plus que d’autres cas sont recensés et quel la « Truth and Reconciliation Commission of Canada (TRC) » s’en mêle, lors de sa fondation en 2008, qui aboutit à la fermeture de ces écoles et pensionnats indiens pour les torts causés aux survivants. Après des débuts difficiles, marqués entre autres par la démission de nombreux membres et au manque de moyens, le rapport final en 2015 « Honorer la vérité, réconcilier pour l’avenir », documente les expériences tragiques d’environ 150 000 élèves ayant fréquenté les pensionnats indiens au Canada. il faut aussi reconnaître que le nombre de jeunes retrouvés ainsi en pleine nature, le ventre vide, après avoir fugué de des écoles a significativement augmenté dans les années 60-80, à en émouvoir la population.

    Il est intéressant de noter, sur le même sujet les deux articles parus dans la revue « Literary Review of Canada (LRC) » de deux articles dans le numéro d’octobre 2019 intitulés respectivement « No Genocide » et « Yes Genocide » (http://reviewcanada.ca/magazine/2019/10/no-genocide/, http://reviewcanada.ca/magazine/2019/10/yes-genocide/ . Les titres parlent d’eux-mêmes. Mais il est intéressant de remonter à la lecture de ces deux articles consacrés à l’action des pensionnats indiens (Indian Residential Schools), si justement mis en cause. La dialectique en particulier du premier article (« No Genocide ») conclue à ce non évènement. En effet les auteurs, Donald S. Smith et J.R. Miller, placent en sous-titre de leur article « It’s not the right word for the history books» (ce n’est pas le mot exact pour les livres d’histoire). S’ensuit alors une dialectique tordue visant à démontrer qu’il n’y a pas eu volonté de mort physique sur une population, fait qu’ils assignent aux autres canadiens comme n’étant pas « certainly not outright genocide » (certainement pas un génocide pur et simple). C’est tout l’art de faire porter le panache de plumes aux autres. Et ils concluent avec cet argument sublime « If Canada had wanted to destroy them, it would not have devoted so much effort to trying to turn them into Euro-Canadians » (Si le Canada avait voulu les détruire, il n’aurait pas fait tant d’efforts pour essayer de les transformer en euro-canadiens).

    Pour en revenir à Joseph Boyden, mais rester tout de même assez proche du sujet, il faut noter la controverse qui a surgi, après le succès de ses 4 livres, sur sa véritable origine indienne. Là encore, le journal « The Globe and Mail » est à la pointe, avec une série d’articles de Eric Andrew-Gee « The Making of Joseph Boyden » relayés par le magazine « Maclean » (https://www.theglobeandmail.com/arts/books-and-media/joseph-boyden/article35881215/ . On découvre que l’origine ethnique de Joseph Boyden, si bien léchée dans ses livres, est en fait une pale copie de son passé en tant que métis (tel qu’il se définit officiellement à travers la « Ontario Métis Aboriginal Association »), et n’est pas reconnu par les autorités autochtones. Se greffe là-dessus une sombre histoire d’achat d’une grande ile (Sandy Island) dans la Georgian Bay, revendue quelques années plus tard avec un confortable bénéfice. Bref son identité, ou celle de son oncle « Injun Joe » (Erl Boyden) tient plutôt du folklore que de la stricte vérité, de même que son appartenance au peuple Wasauksing. Il s’avère que son père Raymond était un médecin catholique irlandais marié à Blanche Gossling, beauté bien plus jeune que lui. Le jeune Joseph Anthony Boyden nait en 1966, un jour d’Halloween et la famille vit à Willowdale, dans la banlieue nord de Toronto, au nord de l’actuel Highway 401 qui courre d’ouest en est. Par la suite Jo Boyden a été élevé dans une école catholique dans la banlieue de Toronto. Il se défend de tout cela et dans ses premières biographies, il se définit comme descendant des Mikmaq, une nation basée dans les Provinces Maritimes, avant de changer ce nom en Nipmuc, une tribu du Massachussetts. Il fréquence assidument des descendants des ojibwe, souvent provenant de la Georgian Bay et dont il peint les traits dans son recueil de nouvelles « La haut vers le Nord ». C’est moins avéré pour « Born with a Tooth » et « Painted Tongue », deux figures qui hantent les rues de Toronto. Par la suite, et avec le succès de son roman « Three Day Road » (Le Chemin des Ames) dans lequel l’histoire du sniper est celle de Francis Pegahmagabow, un réel ojibwe, il s’implique dans la renaissance et la reconnaissance de la culture indienne.

    Quoiqu’il en soit, on ne peut que se féliciter de voir ce réveil (certes tardif) du colonisateur anglais vis-à-vis des populations autochtones. On en attendrait autant des autres restes de l’Empire (Australie, Inde, RSA), voire même de la Grande Bretagne (une fois ses préoccupations européennes dignes de cour de récréation assouvies), ou d’autres états européens (France, Allemagne, Belgique) faire de même vis-à-vis de l’Afrique. ceci dit l’écriture de Joseph Boyden est remarquable de sensibilité. Il faut lire (ou relire) ses romans. dans le genre cela vaut largement du Yann Moix.

    Publié par jlv.livres | 6 novembre 2019, 08:41

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