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Notes de lecture 2019

Note de lecture : « 51 Antichambre de la galerie des peintres » (Charles Sagalane)

Il y a – dans cette réalité – une image qui gratte de l’ongle et se creuse un refuge : le Musée Moi poétique à la rencontre furtive de 51 œuvres picturales.

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(La galerie où vous allez pénétrer ne s’encombre pas de matière – de pigment et de peau.)
(D’où l’utilité de l’antichambre.)

Charles Sagalane, dans chaque installation du Musée Moi, titre générique qui désigne – en un étonnant condensé de registres artistiques généralement disjoints – l’ensemble de son œuvre poétique, accumule les objets (réels ou figurés), piochés à des sources aussi variées que les expériences culinaires (« 47 Atelier des saveurs », 2013), les nécessités ou les fantaisies du vêtement (« 73 Armoire aux costumes », 2016), les vertigineuses bizarreries des collections les plus baroques (« 68 Cabinet de curiosités », 2009),  ou les contenus anodins ou surprenants des remises et cabanes familiales (« 96 Bric-à-brac au bord du lac », 2019), pour en extraire une moelle langagière qui interroge en profondeur, en maniant au passage avec une grande discrétion une évidente ferveur oulipienne, notre rapport au réel, à l’art et à la marchandise, à l’intellection et à la sensation.x

(Mais n’allons pas trop vite.)
(Détachons votre chair.)
(Retournons à vos yeux, explorons votre bouche – dans la galerie, ce sont de coriaces paupières.)

Avec  » 51 Antichambre de la galerie des peintres », publié en 2011 à La Peuplade, Charles Sagalane, en utilisant cette mécanique feutrée d’invitation à la visite chuchotée entre parenthèses que l’on trouvait déjà, sous une forme proche, dans « 68 Cabinet de curiosités », propose diverses formes d’incursions dans des toiles ou des installations plastiques qu’il a lui-même, en certaines occasions, été amené à fréquenter.

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Ivan le Terrible tue son fils (Ilia Répine, 1885)

(Notre conservateur a insisté pour que votre groupe ne pénètre pas dans la galerie à l’heure où rôde cette toile.)
(L’illusion qu’elle peint a fait bien des victimes.)
(On ne songe pas toujours à bien fermer les yeux.)

Qu’il arpente plus ou moins subrepticement la Bocca Baciata de Rossetti (1859), la Compagnie des blanc-couvreurs de Bureau (2002), l’Étude de la tête de Saint-Jean le Baptiste d’Alexandre Ivanov (1837), le Portrait du poète Jeremias de Decker de Rembrandt (1666), le Jardin des délices de Jérôme Bosch (1506) ou l’Hommage à Rosa Luxemburg de Jean-Paul Riopelle (1992), Charles Sagalane observe et saisit, ce que dit l’œuvre consacrée et ce qu’elle ne dit pas, en tout cas pas immédiatement. Il y a du sourire et de la malice, du patient tissage de complicité et du jeu dans l’interstice, au cours de cette visite légèrement guidée.

(Nous ne parlons plus de tableaux.)
(Mais de convaincre au coloris.)
(Séduire à la trace.)
(Fondre en toute ligne.)
(Comme certains peintres savent l’écrire.)

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Jean-Paul Riopelle, Hommage à Rosa Luxemburg (1992)

C’est lorsqu’il évoque un peintre chan et une certaine ligne que Charles Sagalane touche de près à la furtivité paradoxale d’un Alain Damasio, lorsqu’il explore la « Maison de l’artiste » d’Arthur Villeneuve qu’il transforme la lubie en performance,  ou lorsqu’il guette l’apparition d’un graffiti de Banksy, trace fugace par essence, qu’il brouille à loisir les repères du pérenne, du consacré et de l’impromptu. Dans cette muséographie bien particulière qui naît de son travail sur le langage, les registres et les tonalités, il nous confirme que les objets, qu’ils soient classés en objets d’art ou non, ont une vie propre, et que leur nourriture étrange, une fois saisie par la poésie, constitue un carburant indéniablement essentiel.

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(Un peintre chan observe et se laisse observer.)
(Aucune ligne ne tracera la montagne tant qu’elle ne sera pas ligne montagne.)

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À propos de Hugues

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