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Notes de lecture 2019, Nouveautés

Note de lecture : « C’est à trois jours » (Florence Jou)

La souche poétique mutante d’un questionnaire de Proust qui aurait décidé de reprendre sa liberté.

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C_est_a_trois_jours

elle lui demande sa météorologie
je marche comme sisyphe dans le territoire

Comme une souche mutante d’un questionnaire de Proust, comme une enquête à propos d’enquêtes, comme une rencontre nécessaire et fortuite entre lui qui passait (mais ne faisait-il vraiment que passer ?) et elle qui doit questionner (mais d’où est née l’obligation apparente ?) : le « C’est à trois jours » de Florence Jou, publié en octobre 2018 chez Derrière la salle de bains, composante d’un ensemble inititulé « Grumes », ne laisse pas d’emblée apprivoiser ses trois pages. Si un mini-prologue en dix lignes semble nous préciser un contexte, le jeu des questions-réponses qui se déploie ensuite fait la part belle, et heureuse, à l’interrogation joyeusement ambiguë et à l’affirmation sibylline ou judicieusement décalée.

elle lui demande une figure
je me situe à un des deux foyers d’une ellipse j’entends ce que murmure l’autre

Derrière le choix méticuleux des mots opéré ici par la poète-performeuse Florence Jou, il y a la beauté intelligente, en un âge toujours davantage recroquevillé sur ses identités et sur ses anthropométries, à tenter une approche de personnalité par sa météorologie, son poids, son incertitude, son flottement, sa marche, sa carte, son détachement, son épuisement, sa disposition, son seuil, son pacte, sa touche, ou encore sa guérison. La présence mystérieuse de la très pyrénéenne Luz-Saint-Sauveur et d’une figure, qui se révèle fort logiquement ne pouvoir être que l’ellipse, ne font qu’accentuer la force de cette parole prophétique qui refuserait pourtant toute mission.

elle lui demande sa disposition
le détail prend plus d’importance que la trame

ll y a bien prouesse poétique ici : celle de mobiliser, en aussi peu de mots, autant d’imaginaires à bifurcations et de connotations ouvertes, permises par des réponses qui, sans être ouvertement à côté, n’accepteraient aucune sémiologie à sens unique, aucune limitation de force de leur pouvoir d’évocation, aucune assignation trop frileuse. C’est ainsi que Sisyphe et le territoire, des cercles concentriques, des remontées, des trajets de bergers espagnols, Brindisi et Patras, une maison de famille ou une porte d’entrée détachée devenue table accèdent à d’autres dimensions, riches de paradoxes, mais aussi de promesses et d’idéaux qui ne seraient pas trahis, cette fois.

elle lui demande son incertitude
je photographie des signes

Inattendue et superbe, cette découverte permettra de patienter jusqu’à la parution de la pièce sonore « Fordlandia », co-écrite avec Dominique Leroy, à paraître aux éditions Jou en avril 2019.

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Capture d’écran 2019-03-08 à 22.07.06

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Un lecteur, un libraire, entre autres.

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