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Notes de lecture 2018, Nouveautés

Note de lecture : « Fallait pas commencer » – Mary Lester 51-52 (Jean Failler)

Un vieil ennemi à Vannes : Mary Lester en pleine corruption trop ordinaire.

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Il arrive désormais de plus en plus fréquemment, au bout d’une cinquantaine de volumes d’enquêtes policières, parfois classiques, parfois aussi (et ce sont souvent les plus délectables) fort inhabituelles, que le commandant Mary Lester, depuis le commissariat de Quimper où elle est basée depuis un bon moment, revienne en des lieux déjà arpentés précédemment. La Bretagne, contée ainsi en toile de fond, sous une forme bien particulière – et si attachante, lorsque l’auteur Jean Failler ne se laisse pas aller à quelques poussées de bougonnement réactionnaire -, n’est après tout pas inépuisable géographiquement, et ne peut fournir systématiquement des lieux nouveaux à chaque fois.

Dans cette nouvelle enquête de l’opiniâtre et peu conventionnelle héroïne, publiée en octobre 2018 en deux volumes (n°51 et n°52) sous le titre significatif de « Fallait pas commencer », aux éditions du Palémon, le romancier a mis un soin tout particulier à créer, autour du commissariat de Vannes – qui fournit une matière première en partie issue, justement, du « Visiteur du vendredi » (n°39), que je considérais déjà comme l’un des meilleurs romans de l’auteur ces dernières années -, une toile dense, rusée et joliment oppressante, autour de la mise en coupe réglée économique et politique que certaines connivences entre « élites » développement beaucoup plus souvent qu’on ne l’imagine encore, de nos jours, à l’échelle d’un département ou d’une région.

– Je peux faire mieux que ça, assura-t-il. Quand on regarde bien, on discerne le raccord.
– C’est juste ce qu’il me fallait ! dit Mary en se frottant les mains. Tu peux m’en tirer trois exemplaires  ?
– Pas de problème, assura Passepoil.
Elle sortit de sa poche des gants en caoutchouc et en tendit une paire à Passepoil.
– Enfile ça avant de toucher à ton papier photo.
Elle-même se couvrit les mains et, quand les photos sortirent de l’imprimante, elle demanda à Passepoil de lui procurer trois enveloppes.
Toujours sans comprendre, le lieutenant informatique s’exécuta et Mary inséra chaque cliché dans une enveloppe. Puis elle prit un vieux journal qui traînait sur une chaise et emballa le tout soigneusement.
Après quoi, elle ôta ses gants et dit en souriant à Passepoil :
– Maintenant, tu n’as plus qu’à effacer tout ça de ton ordinateur et de ta mémoire, bien entendu !
Il s’exécuta sans retard et elle se redressa, satisfaite.
– Eh bien voilà, Albert, nous allons pouvoir aller faire honneur à la cuisinière !

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Conleau (Vannes)

Bénéficiant d’un congé-maladie imposé vigoureusement par son patron, le commissaire Fabien, car les suites de l’affaire de Roscoff (« Ça ne s’est pas passé comme ça », n°48-49) pèsent encore sur l’enquêtrice, dont le congé a déjà été interrompu par une excursion-éclair dans les dunes de la baie d’Audierne (« C’est la faute du vent… », n°50), Mary Lester est donc en villégiature à Arradon, au bord du golfe du Morbihan, lorsqu’un concours de circonstances, et, il faut bien le dire, le simple hasard, vont la plonger dans une affaire noire à souhait, dans laquelle un dealer arrêté, un chantage tordu, les rodomontades d’un vieil ennemi interne, les mauvaises habitudes d’un médiocre détective privé, les vices privés sans vraies vertus publiques d’un politicien, et le savoir-faire de l’équipe préférée de la policière, vont jouer leur rôle, composant une mosaïque fort bien ajustée – pour une enquête qui prend ainsi place parmi les dix ou douze meilleures de la série, me semble-t-il.

On avait osé toucher au fils du parrain ! Ce « on » n’était autre qu’un petit flic du commissariat de Vannes où Verdurin, par ses fonctions, pensait avoir ses entrées pour faire jouer son influence.
Verdurin, lui, avait évidemment pour son héritier toutes indulgences. Pour lui, cette histoire de trafic de drogue n’était qu’un anecdotique dérapage. N’avait-il pas répliqué avec rondeur au commissaire Chasségnac qui lui relatait les faits  : « Ne dramatisons pas, mon cher Chasségnac ! Ce n’est qu’une bêtise de gamin… N’avez-vous jamais été jeune ? Il faut bien que jeunesse se passe, que diable ! »
Chasségnac aurait eu beau jeu de lui rétorquer que ses inconséquences de jeunesse ne l’avaient jamais conduit devant un tribunal et que le dérapage en question n’était pas un petit deal entre collégiens, mais bien un négoce rémunérateur mené avec la rigueur qu’on demande aux jeunes cadres issus des meilleures écoles de commerce.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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